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Quand la révolte gronde chez les esclaves, le maître sort le fouet. Quand la révolte est si grande que le fouet n’y peut rien, le maître, craignant plus que jamais de perdre sa dominance, tente autre chose : il se fait plus doux et essaie alors d’amadouer ses esclaves. Il commence d’abord par les complimenter, vante les caractéristiques du remarquable groupe qu’ils forment, leur donne à l’occasion une double ration, leur promet éventuellement trois rations par jour, plus une collation en soirée, et, finalement, les assure qu’un jour, un jour propice, il agrandira leurs chaînes et leur donnera de quoi s’acheter à chacun une cabane.
Chez les esclaves en révolte, deux groupes se forment alors : les mous et les durs.
Devant l’ouverture manifestée par le maître, les mous estiment que celui-ci a entr’ouvert la porte et qu’il faut entreprendre et poursuivre un dialogue avec lui pour qu’il l’ouvre totalement. Se forment alors chez ces derniers des leaders qui viennent haranguer leurs camarades en leur affirmant qu’ils sont devenus copains avec le maître, qu’ils s’entendent très bien avec lui, et que, si on leur fait confiance, ils viendront éventuellement à le convaincre de les libérer de leurs chaînes. Le maître en est heureux : il a désormais des petits copains qui, qu’ils le veuillent ou non, l’aideront à maintenir sa domination sur ses esclaves.
Quant à eux, les durs, devant le nouveau discours du maître, qui se fait maintenant plus doux, presqu’accommodant, affirment qu’il s’agit là d’un subterfurge, que le maître n’entend pas cesser de l’être, et que, même si, un jour, il coupait leurs chaînes, il n’entendrait pas pour autant les libérer de son joug, qu’il fallait donc continuer le combat pour se libérer à la fois des chaînes et à la fois de l’emprise du maître.
Le propre du maître est de l’être et de vouloir le demeurer. Le propre de l’esclave est d’être dominé et de vouloir cesser de l’être.
Dans cette perspective, le maître a pour avantage la domination, et, les esclaves, eux, ont celui que procure l’énergie générée par l’immense désir de s’affranchir, de retouver la liberté de leurs mouvements et tous leurs pouvoirs, dont celui de décider par eux-mêmes.
Le maître est comme le barrage qui retient l’eau, mais le barrage lui-même accroit l’énergie générée par le désir et la volonté des esclaves de se libérer de la domination du maître, et, un jour, la pression sera telle, que le barrage cédera !
Gaston Boivin (Baie-Comeau)
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