En 2003, au moment où j’étais moi-même aussi candidat aux élections provinciales, j’avais rencontré notre actuelle aspirante Première ministre Pauline Marois à la soupe populaire « Le Resto Plateau » situé dans la circonscription de Mercier, en plein coeur du plateau Mont-Royal...
Tous deux assis face à face autour d’une table en pliante brune « Arborite » et entourés de 3, 4 gros « bodygard » à cellulaires... et des dizaines d’indigeants du plateau Mont-Royal…
Je lui avais alors posé la question suivante :
…« Expliquez-moi donc ça… Vous… Madame Marois... Comment vous feriez pour manger avec une prestation d’aide sociale de 500 $ par mois.... alors que le prix moyens des loyers au Québec est de 500$ par mois ?
...Madame Marois m’avait alors expliqué à voix basse que... « …Les prestataires avaient le droit de gagner jusqu’à $200 par mois, pour compléter leur revenu… »
Interloqué… J’ai alors réfléchis à ce qu’elle m’avait dit... et alors
entrepris de faire le petit exercice administratif suivant…
Ventiler $700 pour un mois… Tout un contrat… !
En admettant qu’il soit réaliste de trouver un travail aussi irrégulier de une journée par semaine à $50 la journée… Cela laissait donc effectivement $200 par mois pour vivre pour une personne seule.
…Soit 50$ par semaine, moins les frais de transport aller-retour - 4$ = 46$ et les autres frais inhérents à ce travail comme par exemple : 3.50$ pour le lunch : prix solidaire du « Resto Plateau » = 42.50$.
Puis, de ce 42.50$ par semaine, en déduisant 10$ par semaine d’électricité et de chauffage, et 7$ par semaine pour le téléphone, pour chercher du travail, recevoir et retourner les appels… cela laissait donc un revenu net de $25.50 par semaine…
25.50$ par semaine pour payer : vêtements, bouffe, papier de toilette, médicaments, savon, transport pour aller voir sa famille, ou chercher du travail etc.… Cela me semblait bien trop peu…
Dans mes savants calculs, afin de parvenir à équilibrer ce budget, j’ai décidé de couper, comme plusieurs sont contraints de le faire, dans la passe d’autobus, (environ 60 $ par mois / tarif 2003) et donc, bien malheureusement, dans le transport pour aller voir la famille ou chercher du travail…
De ce $25.50 net par semaine, j’ai dû retirer un incompressible $11.50 pour des médicaments.,.
Il restait donc alors $14 par semaine pour les besoins quotidiens…
De ce $14 par semaine, j’ai déduis $2 de savon par semaine, pour se laver et laver le linge… Puis, un $3 de machines à laver pour la buanderie : - Une laveuse à $1.50 et… - Une sécheuse à $1.50… ( blanc et couleurs mélangés, bien naturellement…)
Ce qui nous laisse donc au net, un revenu de $9 par semaine pour manger et le papier de toilette…
En étirant la sauce… Je pense qu’il est possible de s’en sortir avec 4 rouleaux de papier de toilette par semaine à $2 le paquet de 4, de celui pas trop rêche… et pour la visite… c’est … - Apportez votre rouleau !
Ce qui nous laisse donc un grand total de « $7 » par semaine pour la bouffe, les dépenses quotidiennes et les imprévus…
Et donc, pour conclure…
Une belle piasse par jour toute neuve et toute rutilante, pour manger, sortir, s’organiser, acheter des crayons et du papier, chercher d’la jobe à pied, se mettre cute, faire des contacts, être dynamique, souriant, rose et en santé et… aller se faire couper les cheveux au Pet Shop… !
Jusque-là… Le calcul tient toujours…
…Mais évidemment... En autant qu’on ne s’habille pas et qu’on se promène tout nu, (mais pas l’hiver)… saison durant laquelle, il est largement préférable d’habiter dans son sac à couchage... comme par ailleurs, fort nombreux le font actuellement à Montréal…
Selon mes derniers chiffres, étant donné que la liste d’attente pour
obtenir un HLM à Montréal est de 15,000 personnes...et conséquemment, d’un
minimum de 5 années d’attente…
Cela fait nous fait donc 60 coupes de cheveux au Pet Shop à attendre, avant de finir par pouvoir obtenir un logement abordable, et conséquemment… un peu d’argent pour les vêtements… et enfin pourvoir sortir du sac du sac à couchage...
Comme au Parti vert du Québec… on m’a maintes fois qualifié de « bulldog de Québec solidaire » ...Je tente donc ici, d’utiliser un style un peu plus humoristique…
Mais dans les faits, ce qui se passe, c’est que les gens qui vivent dans de telles conditions au Québec, un pays pourtant aussi opulent que le nôtre, tombent finalement bien souvent malades…
Malades… de maladies physiques et mentales…. insécurité… inquiétudes, stress financiers… dépression… anxiété... Et finalement, isolement…Parfois Itinérance et plus souvent qu’on le pense… décès…
Les plus chanceux et les plus débrouillards, s’ils sont tenaces et qu’ils frappent à plusieurs portes avec insistance, finiront par se trouver un médecin suffisamment humain pour leur signer le certificat de maladie qui leur permettra d’obtenir le montant pour « soutien financier » de $875 par mois de prestations pour contraintes sévères à l’emploi…
Mais entre vous et moi, il me semble qu’il serait pas mal plus intelligent, plus humains et plus charitable, de simplement leur accorder tout de suite ce montant, avant qu’ils ne commencent à éprouver de sérieux problèmes de santé… Parce qu’en agissant comme nous le faisons actuellement, cea pesonnes finissent de toutes manières par coûter plus chers à la société...
Car trop souvent les gens ne comprennent pas que le système de santé et le système social sont des vases communicants, et que les budgets que l’on n’accordent pas à l’aide sociale se retrouveront presque inévitablement sur la facture de du système de santé ; qui plus est, beaucoup plus onéreux pour l’État....
qui revendique désespérément ce montant minimum de $875 pour
« tous » les prestataires de la sécurité du revenu…
…Et ainsi faire en sorte qu’il n’y ait plus, dans ce pays béni des dieux, de « bons » et de « mauvais » pauvres…
...Mais simplement des gens qui, pour toutes sortes de raisons et de difficultés personnelles, auraient bien besoin de notre compassion et de notre solidarité.
Christian Montmarquette
Membre fondateur de Québec solidaire
Militant pour l’éradication de la pauvreté et l’indépendance du Québec

