Texte publié dans Le Soleil du mercredi 31 octobre 2007 sous le titre "Bernard Landry fait le jeu des adversaires du PQ"
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Partons des caractéristiques de la dernière intervention de Bernard Landry sur la loi sur l’identité québécoise de Pauline Marois. C’est une prise de position très rapide qui a fait la première page de La Presse ; elle critique le projet de loi sur le point le plus controversé : la nécessité pour un immigrant de parler français de façon convenable pour obtenir la citoyenneté québécoise, condition pour pouvoir se présenter comme candidat aux élections scolaires, municipales et provinciales : Landry a la même position que les fédéralistes et le Canada anglais et ce, avant d’avoir lu l’opinion des constitutionnalistes Henri Brun et Jacques-Yvan Morin.
Cette prise de position accélérée pour faire la manchette permet à tous les journalistes et commentateurs de dire que le Parti québécois, encore une fois, est divisé ce qui est une des causes des deux dernières défaites électorales. Mais la vanité de Bernard Landry est satisfaite. Il intervient encore une fois dans l’intérêt supérieur du Québec parce que la nation québécoise est menacée dans ses fondements mêmes à cause d’une erreur grave de Pauline Marois qu’elle doit corriger immédiatement et ça presse.
Je continue ma réflexion. Pendant la dernière campagne électorale, à un moment crucial au début de la campagne, Bernard Landry a passé une journée entière à se répandre dans les médias contre André Boisclair. Ce dernier, en annonçant qu’il quittait la politique, n’a pu s’empêcher de dénoncer les attaques vicieuses de Landry contre lui à un moment où ça faisait le plus mal de manière à miner son leadership déjà fragile. Landry n’est pas un joueur d’équipe a dit André Boisclair et il avait raison.
Troisième exemple, le plus grave. Pendant le débat des chefs quand Jean Charest a attaqué en disant que Jacques Parizeau avait repris sa déclaration sur “l’argent et les votes ethniques”, tout ce que Bernard Landry a trouvé à répondre c’est le célèbre “audi alteram partem”. Il a ainsi laissé entendre qu’il était possible que Parizeau ait dit une autre connerie comme le soir du référendum perdu de 1995. Il aurait dû dire à Charest : Ecoute Jean Charest, quand tu auras fait le dixième de ce que Jacques Parizeau a fait pour le Québec, tu pourras te permettre de le mépriser comme tu viens de le montrer ce soir.” Pour planter Charest comme il le méritait, il aurait fallu que Bernard Landry ait un minimum d’admiration et de respect pour Jacques Parizeau. Il l’aurait alors défendu spontanément et vigoureusement même s’il ne savait pas exactement ce qu’il avait dit.
Je suggérerais à Bernard Landry de réfléchir sur ses motivations personnelles et politiques quand il intervient dans le débat public. Son gros ego lui a déjà joué un tour quand il a démissionné suite à un vote de 76% des militants du Parti québécois. Tout le monde sait qu’il admet aujourd’hui qu’il a commis une erreur.
Pauline Marois, son éternelle rivale, est maintenant chef du Parti québécois. J’ai une question à poser à l’ex-premier ministre qui a déjà subi une défaite électorale cuisante en 2003 où il n’a obtenu que 33.24% du vote : allez-vous faire à Pauline Marois ce que vous avez fait à André Boisclair et à Jacques Parizeau ? Allez-vous continuer longtemps à faire le jeu de nos adversaires en contribuant à projeter une image de division qui nous a tant nui dans un passé relativement récent ? Et pourquoi ? Par pure vanité, pour satisfaire un ego qui vous empêche de comprendre que s’il y a quelqu’un à qui s’applique le devoir de réserve, c’est bien à vous. Et le devoir de loyauté. Quand on vous entend parler, on aimerait bien avoir à l’esprit autre chose que cette pensée qui vous est funeste : là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie.
Robert Barberis, Vieux-Longueuil, 28 octobre 2007
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