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Le grand nez du fédéral
Jean Charest a eu raison de bloquer les discussions sur le sujet au Conseil de la fédération. Son principal atout est probablement qu’Ottawa ranimerait la flamme souverainiste s’il osait mettre son grand nez dans l’hydroélectricité.
Gilbert Lavoie
Le Soleil
samedi 11 août 2007


Pas question de construire des lignes de transmission d’électricité pancanadiennes », titrait hier la presse québécoise, en citant la position énoncée par Jean Charest à la rencontre du Conseil de la fédération, à Moncton. Un projet mort-né, si on se fie au premier ministre. Est-ce vraiment le cas ? Ce n’est pas évident.

Il faut d’abord comprendre que cette question, même si elle a fait les manchettes au Québec, n’était pas encore vraiment dans l’écran radar des premiers ministres des autres provinces à Moncton. À preuve, le Globe and Mail et le National Post n’avaient pas une ligne sur le sujet dans leur numéro d’hier. Si le Canada anglais avait tenu mordicus à cette idée, la presse anglophone se serait déchaînée contre le Québec.

Le silence d’hier ne signifie pas pour autant que le projet n’existe pas. On le sait déjà, le gouvernement fédéral a l’habitude de se fourrer le nez un peu partout. Or, l’idée d’une telle ligne existait déjà dans le discours du budget prononcé le 19 mars par le ministre fédéral des Finances, James Flaherty. « Nous disposons aujourd’hui de nouvelles occasions de relier notre pays, écrivait le ministre. Par exemple, la construction d’une grille hydroélectrique est-ouest procurera une énergie plus propre, stimulera notre économie et renforcera notre position de chef de file mondial pour la production d’énergie hydroélectrique. » Le projet était lancé. Le fédéral comptait alors utiliser « l’écofiducie Canada pour la qualité de l’air et les changements climatiques », un fond annoncé par le ministre de l’Environnement John Baird, pour financer cette « grille hydroélectrique ». Après le Canadien National, Air Canada et Petro-Canada, les fonctionnaires fédéraux avaient finalement trouvé un autre moyen de relier le Canada from coast to coast, d’un océan à l’autre. Le gouvernement du Québec ne pouvait avaliser une telle idée, et M. Charest a donné la bonne réponse.

Le vrai débat qui nous attend est beaucoup plus insidieux. Ce à quoi Ottawa pourrait acquiescer, sans l’autorisation du Québec, serait de financer la construction de lignes hydroélectriques dans les autres provinces, pour les aider à vendre leur énergie. Le Manitoba est un bel exemple. La province a une capacité de production de 5000 mégawatts, mais elle pourrait doubler cette capacité si elle avait accès à un marché d’exportation rapidement. Manitoba Hydro tire actuellement 25 % de ses revenus de ses ventes au Minnesota. Même si la demande américaine est à la hausse, elle n’est pas suffisante pour justifier le développement immédiat d’autres grandes centrales. La demande ontarienne pourrait justifier de tels projets, mais la construction de lignes de transmission jusque dans le sud de l’Ontario demanderait des fonds importants. C’est là que l’Ontario et le Manitoba rêvent de voir le gouvernement fédéral intervenir. Le premier ministre de Terre-Neuve, Danny Williams, aimerait également un appui du fédéral pour permettre à sa province de développer le Bas-Churchill, sans avoir à passer par le Québec. Hydro-Québec se méfie comme la peste de telles interventions, qui constitueraient une intrusion du fédéral dans la vente de l’électricité.

Le Québec a développé seul ses ressources hydroélectriques, pendant qu’Ottawa subventionnait à grands frais l’énergie nucléaire en Ontario. L’intervention d’Ottawa dans l’électricité viendrait concurrencer Hydro-Québec dans ses exportations en Ontario et aux États-Unis.

Jean Charest a eu raison de bloquer les discussions sur le sujet au Conseil de la fédération. Son principal atout est probablement qu’Ottawa ranimerait la flamme souverainiste s’il osait mettre son grand nez dans l’hydroélectricité.

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