Une des conséquences logiques de l’élection d’un Bloc fort à Ottawa est de conclure spontanément que cela protège le Québec contre d’éventuelles intrusions fédérales dans ses champs de compétences, alors que tout au plus, cela ne contribue qu’à maintenir le statu quo, comme nous l’avons vu avec la coquille vide de la reconnaissance de la nation québécoise par le gouvernement conservateur de Stephen Harper.
Nul doute que l’élection de trois gouvernements minoritaires successifs à Ottawa, grâce à l’élection d’une forte majorité de députés du Bloc québécois au Québec, n’a fait que renforcer davantage ce sentiment de fausse sécurité chez les Québécois et a paradoxalement contribué à la réélection d’un troisième gouvernement libéral de Jean Charest à Québec. Un gouvernement qui a adopté un immobilisme inquiétant dans la promotion des demandes traditionnelles du Québec auprès du gouvernement fédéral.
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C’est parce que, contrairement à Robert Bourassa, Jean Charest n’a rien d’un réformateur que le Plan Marois a l’air si révolutionnaire aux yeux de nombreux Québécois qui confondent le chemin qui mène à la réforme de la constitution canadienne et celui qui conduit à l’indépendance. Délaissant la proie pour l’ombre, le PQ a malheureusement trop vite sauté dans le vide laissé par Jean Charest qui a abandonné toutes velléités de réformer le Canada parce que le fruit ne serait toujours pas mûr. Un piège béant que les stratèges péquistes n’ont pas vu tant ils étaient aveuglés par la conviction que la règle non écrite de l’alternance allait leur donner le pouvoir aux prochaines élections.
Conséquences : en subordonnant le projet indépendantiste au Plan pour un Québec souverain, le PQ dépolarise le débat sur la place du Québec dans le Canada et affaiblit le Québec, laissant par le fait même Jean Charest plonger le Québec dans l’affirmationnisme tranquille, un terrain que l’ADQ prépare déjà depuis plus de 15 ans et que les libéraux viennent tout juste de leur ravir avec l’élection d’un député dans Rivière-du-Loup, l’ancien comté de Mario Dumont.
Cette victoire fut d’autant plus décisive qu’elle a permis l’élection d’un candidat libéral qui n’avait rien d’une vedette et tout du délinquant. Un sérieux indice que la clientèle adéquiste est plus à l’aise avec la mollesse libérale que la chicane péquiste. Le message ne peut être plus clair, même si le Plan Marois vise les mous, il est encore trop agressif pour rassurer les Québécois qui préfèrent leurs pantoufles aux espadrilles, et ils sont nombreux.
Comment ne pas constater que Pauline Marois a déjà atteint les extrêmes limites du grand écart ? Si elle s’aventure au-delà de la fragile position qu’elle a adoptée depuis qu’elle est devenue chef du PQ pour ravir quelques votes adéquistes de plus, il y a un sérieux risque de déchirement au sein de sa propre formation politique. On peut d’ores et déjà lui prédire qu’en décidant d’aller encore plus loin dans le compromis, elle tombera à coup sûr dans le vide laissé entre les deux chaises sur lesquelles elle tente vainement de se maintenir en équilibre depuis qu’elle est chef du PQ.
Elle ne pourra donc plus, bien longtemps encore, continuer de tenir ce double discours qui consiste à prétendre que le Plan pour un Québec souverain améliore la position du Québec dans le Canada et conduit à l’indépendance. Ce discours fait peur aux Québécois les plus prudents et déplaît aux plus engagés. Un problème que n’a pas Jean Charest qui a choisi un siège unique, celui du confort que procure l’immobilisme et qui sied non seulement aux fédéralistes qui se satisfont du statu quo, mais également aux affirmationnistes qui estiment que le Québec peut progresser dans la fédération canadienne sans qu’il soit nécessaire d’établir un rapport de force avec le reste du Canada. Jean Charest le sait d’expérience, il n’y aucun risque d’accident lorsqu’on est au volant d’une voiture qui n’avance pas.
Une stratégie que Pauline Marois ne peut tout simplement pas adopter pour faire plaisir aux anciens adéquistes, puisqu’elle risque de disloquer le PQ et compromettre le projet d’indépendance. Si elle veut prendre le pouvoir, elle doit donc adopter une position contraire à celle de Jean Charest et avancer vers un objectif clair et bien défini, l’indépendance du Québec. Pauline Marois doit avoir l’honnêteté d’offrir aux Québécois un véritable choix. Ceux qui veulent avancer embarqueront dans le train de l’indépendance, les autres demeureront sur le quai de la gare.

