La bataille de la langue est perdue. Les chiffres qu’on a, comme sans doute ceux qu’on nous cache, ne viennent que confirmer ce que n’importe quel observateur sensible à la condition linguistique du Québec sait déjà depuis longtemps. On a beau essayer de camoufler ces chiffres, comme l’OQLF, d’en trahir la vérité comme le fait plus pernicieusement aujourd’hui dans La Presse Yves Boisvert, ou encore de plonger jusqu’au cou dans la pensée magique comme le faisait hier sa consoeur Lysiane Gagnon, les faits demeurent, évident et impitoyables. La réalité est peut-être même pire, si on considère les efforts faits par ceux qui contrôlent l’information pour éviter de plonger le Québec dans une autre crise linguistique.
Dans un article de l’Actualité paru il y a peu, l’écrivain Jacques Godbout prédisait la disparition de la culture québécoise fonctionnelle d’ici 2070. Les dernières données permettent de croire qu’il était très optimiste. Les plus jeunes, privés de références historiques, acculturés, plongés bien malgré eux dans un univers globalisé et une mondialisation imposée, voient bien que, de Pékin à Washington en passant par Bruxelles, le pouvoir, économique ou politique, s’exerce en anglais. Les plus vieux, fatigués par tant de batailles toujours à recommencer, épuisés par une société avide de productivité et de performance, dégoûtés par les mensonges et les trahisons des gouvernants et autres puissants, ont perdu le peu le confiance qu’ils s’étaient un jour donné et ont pris refuge dans un cynisme des plus improductifs. Rien qui permette d’espérer.
Le frisson linguistique qui fait aujourd’hui trembloter le Québec illustre bien cette situation. Au lieu d’agir, au lieu d’intervenir rapidement, fermement, avec la détermination de vouloir changer les choses, on se bat sur fond d’études et de chiffres déjà bien connus. La logique de réflexion a remplacé la logique d’action. Que ferons-nous quand tous les chiffres auront été dévoilés ? On en débattra pendant des mois et cela mènera éventuellement à la mise sur pied de comités et commissions, puis on attendra leurs recommandations. Ensuite, on discutera de celles-ci, longuement. Puis on créera un organisme gouvernemental qu’on mandatera pour développer un plan d’action. Éventuellement, cela mènera à des projets de loi, puis à des règlements d’application, mais surtout à …dans bien longtemps.
Le problème est bien plus profond que celui de la langue d’affichage ou du commerce chez le petit dépanneur. Le problème est lié à l’effritement de la culture, à la disparition du sentiment d’appartenance, à l’affaiblissement des nationalismes (ici comme ailleurs). Il est surtout lié aux volontés du grand commerce international de niveler et d’aplanir les différences toujours trop coûteuses à gérer, et à nos gouvernements non représentatifs, trop faibles, et peut-être parfois un peu corrompus, toujours trop enclins à céder devant le poids des lobbys.
Si on pense changer les choses, il faut passer à l’action, vite, très vite, et avec la dernière des énergies. De plus il faut que le traitement soit comme le mal : invasif et global, transformant à la fois tous les aspects de notre société. Et cela commence d’abord par prendre le contrôle de notre destinée, à tous points de vue.
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