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« On dit, chez les fédéralistes, que la province peut bouger et qu’elle n’a pas à attendre d’être prise en main. En fait, le Québec ne bouge que dans le sens prescrit pour ne pas être accusé de provoquer des crises inutilement. Si le Québec ne peut rien instituer qui serve sa souveraineté sur son territoire, c’est que son gouvernement n’est pas pleinement responsable. Le Québec est gouverné par organes fédéraux interposés. »   André Savard
             
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Le français, une priorité à l’école
Le Soleil
mercredi 6 février 2008


« No­tre lan­gue, c’est l’âme de la na­tion qué­bé­coi­se, mar­tè­le la mi­nis­tre Cour­ches­ne. Il ­faut don­ner un ­coup de bar­re. » (Le Soleil, Erick Labbé)

Isabelle Mathieu - Foi de Mi­chel­le Cour­ches­ne, le fran­çais de­vient une prio­ri­té de l’éco­le qué­bé­coi­se. Les élè­ves, ­tant au pri­mai­re qu’au se­con­dai­re, de­vront écri­re un tex­te par se­mai­ne, fai­re des dic­tées ré­gu­liè­re­ment, li­re ­tous les ­jours et su­bir da­van­tage d’exa­mens d’écri­ture.

La mi­nis­tre de l’Édu­ca­tion a pré­sen­té mercredi une sé­rie de 22 me­su­res, éva­luées à 40 millions $ par an­née, ­pour re­dres­ser un na­vi­re que plu­sieurs ju­gent en per­di­tion. « No­tre lan­gue, c’est l’âme de la na­tion qué­bé­coi­se, mar­tè­le la mi­nis­tre Cour­ches­ne. Il ­faut don­ner un ­coup de bar­re. »

Le pro­blè­me ap­pa­raît crû­ment aux exa­mens du mi­nis­tè­re de l’Édu­ca­tion, où 50 % des élè­ves de cin­quiè­me se­con­dai­re ­échouent au vo­let or­tho­gra­phe. Un élè­ve sur ­deux ­fait ­plus de 14 fau­tes ­dans un tex­te de 500 ­mots, et ce, mê­me s’il a ­droit au dic­tion­nai­re et à la gram­mai­re.

Se ba­sant sur les re­com­man­da­tions du co­mi­té d’ex­perts me­né par ­Conrad Ouel­lon, pré­si­dent du ­Conseil su­pé­rieur de la lan­gue fran­çai­se, la mi­nis­tre Cour­ches­ne ­veut re­haus­ser les exi­gen­ces en fran­çais.

« No­tre ob­jec­tif n’est pas que ­tous les élè­ves ­échouent, pré­ci­se la mi­nis­tre. ­Mais si, ­dans un tex­te ­écrit de 300 ­mots, fai­re 30 fau­tes est ju­gé sa­tis­fai­sant par l’en­sei­gnant, est-ce que ­vous ju­gez ça sa­tis­fai­sant ? Pas moi. »

Les pro­gram­mes de fran­çais se­ront ­tous re­vus de ma­niè­re à sou­li­gner au ­crayon ­gras les connais­san­ces en or­tho­gra­phe et en syn­taxe qui de­vront ­être ac­qui­ses par les élè­ves à la fin de cha­que an­née. « ­Dans le pas­sé, il y a eu une vo­lon­té de don­ner de la mar­ge de ­manœuvre aux en­sei­gnants, in­di­que Clau­de Moi­san, ­sous-mi­nis­tre ad­joint au mi­nis­tè­re de l’Édu­ca­tion. Ré­sul­tat, on est al­lé ­trop ­loin. Les cho­ses ­étaient im­pli­ci­tes, el­les ­vont ­être ex­pli­ci­tes. »

Aux exa­mens de fran­çais de sixiè­me an­née du pri­mai­re — une nou­veau­té de l’an der­nier — et de cin­quiè­me se­con­dai­re — qu’on ­fait pas­ser de­puis 20 ans —, le mi­nis­tè­re de l’Édu­ca­tion ajou­te­ra ­pour ­juin 2009 un exa­men de fran­çais à la fin de la qua­triè­me an­née du pri­mai­re et de deuxiè­me se­con­dai­re. Ces exa­mens don­ne­ront un por­trait de si­tua­tion ­plus fré­quent, pré­ci­se le mi­nis­tè­re.

La mi­nis­tre a lour­de­ment in­sis­té sur le ­fait que ­tous les pro­fes­seurs et les mem­bres du per­son­nel des éco­les doi­vent se pré­oc­cu­per du fran­çais. El­le ne va tou­te­fois pas jusqu’à exi­ger que les élè­ves ­soient pé­na­li­sés ­pour ­leurs er­reurs de fran­çais com­mi­ses en his­toi­re, en géo­gra­phie, en scien­ce.

Da­niel Ger­main, en­sei­gnant de fran­çais au Col­lè­ge de Lé­vis et mem­bre du co­mi­té d’ex­perts, a tou­jours re­fu­sé que ses élè­ves lais­sent ­leur ­lourd dic­tion­nai­re ­dans l’éta­gè­re de sa clas­se, au qua­triè­me ­étage. Les ­gros li­vres ­sont en­tre­po­sés ­dans les ca­siers, au ­sous-sol. « Je ne ­veux pas qu’ils pen­sent que c’est jus­te ­pour le ­cours de fran­çais, dit M. Ger­main. C’est un ou­til qui ­doit ­leur ser­vir ­tout le ­temps, ­dans ­tous les ­cours. »

Res­ser­re­ment ­pour les fu­turs ­profs

Pas ques­tion de fer­mer la por­te des fa­cul­tés d’en­sei­gne­ment aux étu­diants ­plus fai­bles en fran­çais. ­Mais ils de­vront pren­dre les bou­chées dou­bles et mê­me tri­ples s’ils veu­lent ob­te­nir ­leur per­mis d’en­sei­gner. « Ceux qui se des­ti­nent à en­sei­gner le fran­çais de­vront, en ter­mi­nant ­leur bac, ­être ex­cel­lents en fran­çais, pas jus­te ­très ­bons », exi­ge Mi­chel­le Cour­ches­ne.

À l’heu­re ac­tuel­le, un ­tiers des étu­diants en en­sei­gne­ment pri­mai­re et se­con­dai­re à l’Uni­ver­si­té La­val n’ob­tien­nent pas la no­te de pas­sa­ge de 60 % à l’exa­men de fran­çais qu’on ­fait pas­ser à l’ar­ri­vée ­dans le pro­gram­me. Ils doi­vent sui­vre ­deux ­cours d’ap­point.

Les profs crient à l’ingérence

La Fé­dé­ra­tion des syn­di­cats de l’en­sei­gne­ment (FSE-CSQ), qui re­pré­sen­te 60 000 en­sei­gnants, ap­prou­ve le ­train de me­su­res, ­mais consi­dè­re que la mi­nis­tre ­fait de l’in­gé­ren­ce ­dans la pra­ti­que pro­fes­sion­nel­le en im­po­sant la ré­dac­tion d’un tex­te par se­mai­ne et l’em­ploi ré­gu­lier de la dic­tée. « Ce n’est pas de la res­pon­sa­bi­li­té de la mi­nis­tre de ­nous don­ner des in­di­ca­tions aus­si pré­ci­ses, ju­ge Jo­han­ne For­tier, pré­si­den­te de la FSE. De tou­te fa­çon, c’est mis­sion im­pos­si­ble de contrô­ler ça. »

Si le mi­lieu de l’édu­ca­tion de­vient ­plus exi­geant ­avec les élè­ves, il de­vra ­être ­prêt à vi­vre ­avec ­l’échec, sou­li­gne Ré­jean Pa­rent, pré­si­dent de la CSQ. « C’est ­beau de di­re qu’on va ­être ­plus exi­geant, ­mais les élè­ves ne de­vien­nent pas sou­dai­ne­ment ­plus ­brillants, dit-il. Il ­faut pré­voir des ­moyens ­pour ai­der ­ceux qui ­vont ­échouer. »

La FSE au­rait sou­hai­té que le nom­bre d’heu­res à consa­crer à l’en­sei­gne­ment du fran­çais ­soit dés­or­mais im­po­sé aux éco­les et non ­plus seu­le­ment don­né à ti­tre in­di­ca­tif. « On ­voit que ­dans des éco­les, beau­coup d’heu­res de fran­çais pas­sent ­dans des pro­jets spé­ciaux, sou­vent sé­lec­tifs », glis­se Jo­han­ne For­tier.

L’Ac­tion dé­mo­cra­ti­que du Qué­bec ap­prou­ve les me­su­res qui au­ront un ef­fet di­rect en clas­se com­me les dic­tées et le ­temps de lec­ture. « ­Mais ce ­dont on a be­soin, c’est d’or­tho­pé­da­go­gues et de ­plus de pro­fes­seurs de fran­çais ­pour di­mi­nuer le ra­tio d’élè­ves et ça, le ­plan n’en ­fait pas men­tion », re­gret­te Fran­çois Des­ro­cher, cri­ti­que de l’ADQ en édu­ca­tion et ex-en­sei­gnant.

- source




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