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Le dur des durs
Jean Chrétien semble encore convaincu qu’il a représenté un atout pour les forces fédéralistes !
Jean-Marc Salvet
Éditorial - Le Soleil
mardi 16 octobre 2007


Jean Chrétien semble encore convaincu qu’il a représenté un atout pour les forces fédéralistes ! Il ne comprend toujours pas (ou feint de ne pas comprendre) pourquoi le camp du Non dirigé par Daniel Johnson fils l’a laissé sur la touche en 1995...

C’est tout simple : c’est parce que le fédéralisme inflexible qu’il a pratiqué a affaibli les assises de la fédération.

L’ancien premier ministre a refusé l’asymétrie comme il a nié l’existence d’un déséquilibre fiscal entre les provinces et le fédéral.

Voit-il que les plus grands tourments du Bloc et du PQ viennent actuellement du fédéralisme moins rigide qui s’exerce un peu plus à Ottawa depuis qu’il a quitté ?

La fédération canadienne a davantage évolué ces quatre dernières années que pendant les 10 ans de son règne comme chef de gouvernement.

On ne peut pas dire non plus qu’il a contribué à sauver la fédération avec le Programme de commandites ! Son obsession antiréférendaire et son désir d’accroître la visibilité du gouvernement fédéral au Québec se sont transformés en gaspillage éhonté de fonds publics. Des millions de dollars ont été accordés à des firmes de communication en violation de toutes les règles d’attribution de l’administration publique fédérale.

L’ancien premier ministre passe malheureusement à côté du sujet dans son autobiographie Passion politique, dont tout le monde a pu lire de larges extraits dans les journaux. Il se contente de critiquer la décision de son frère ennemi, Paul Martin, de lancer une commission d’enquête publique sur ce scandale. Bref, il critique l’accessoire !

La sortie de son livre rappelle qu’il convient de réinstaller quelques balises à l’intention des fédéralistes les plus militants et des souverainistes les plus acharnés : un Oui qui l’emporterait par une très faible marge dans un référendum sur la souveraineté forcerait toutes les parties à ouvrir des négociations. Il serait juridiquement acceptable.

C’est la première balise.

Mais comment ne pas voir en même temps qu’une victoire à seulement 50,1 % des voix serait politiquement fragile pour les souverainistes - beaucoup plus friable qu’un gain à 55 %, par exemple ?

Dans son autobiographie, Jean Chrétien affirme qu’il ne se serait pas senti contraint de négocier quoi que ce soit avec le gouvernement du Parti québécois si le Oui l’avait emporté par une "mince majorité" en 1995. Un peu plus et il nous dirait que tout aurait été pareil le lendemain... C’est faux.

D’abord, si le Oui avait gagné, même par une très mince marge, Jean Chrétien ne serait probablement pas demeuré longtemps en poste. Ensuite, son successeur se serait assis avec son vis-à-vis québécois pour discuter. La question ne se pose même pas.

Aucun gouvernement canadien n’aurait pu ignorer un Oui gagnant, même un tout petit Oui.

Mais avec seulement 50,1 % d’appuis (pour rester avec cet exemple), le gouvernement québécois n’aurait pas bénéficié d’un important rapport de forces, c’est le moins qu’on puisse dire. N’écoutons pas les souverainistes qui prétendent que la portée d’un Oui à 50 % et des poussières et d’un Oui à 58 % est la même. Ça aussi, c’est faux.

En politique, c’est le rapport de forces qui permet de faire avancer les choses. Et il en faut un pour négocier le passage d’un État fédéré à un État souverain.

Quand on parle de référendum, il y a deux notions à considérer. La notion juridique et la notion politique. Elles sont indissociables.

En jonglant avec la première comme si elle lui appartenait en propre, Jean Chrétien fait comme certains souverainistes qui préfèrent ignorer le poids de la seconde.

La preuve, peut-être, que les "durs" s’alimentent souvent entre eux...

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