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Le drame de Monique Jérôme-Forget
Se renier pour contribuer à la réélection de Jean Charest
Robert Barberis-Gervais
Tribune libre de Vigile
jeudi 9 avril 2009      348 visites      1 message


J’entendais Marie-Grégoire au club des ex tracer un portrait de Monique J-F en disant : elle avait son franc-parler ; elle a été un bon soldat ; sans se rendre compte que ces deux caractéristiques se sont opposées dans les faits. Laissons de côté la ridicule intervention de Liza Frulla récusant le terme de “soldat” pour le remplacer par le mot “générale” pour essayer de noyer le poisson comme elle en a pris l’habitude.

Le soldat, notion assez peu féministe, est celui qui marche dans le rang, reste fidèle, obéit aux ordres et se sacrifie. La ministre des Finances voulait ne pas se présenter aux élections du 8 décembre 2008. Jean Charest lui a demandé de rester. Pourquoi ? Parce qu’il savait qu’elle pourrait l’aider à gagner les élections et tenir le fort sur trois fronts : la péréquation, le déficit du budget et les pertes de la Caisse de dépôt.

Sur ces trois sujets, pour rassurer l’électorat, comme Jean Charest, elle a menti. Avec la péréquation, le Québec perdait un milliard : elle a dit quelques centaines de millions. Elle a soutenu Jean Charest disant qu’il n’y aurait pas de déficit budgétaire. Elle a prétendu ne pas connaître les pertes de 40 milliards encourues par la Caisse alors que son sous-ministre recevait un rapport mensuel. Tout cela pour rassurer les électeurs.

Elle a été un bon soldat en défendant les trois graves mensonges de Jean Charest qui, aux yeux de nombreux analystes et de très nombreux citoyens, remettent en question la légitimité de son élection. En étant un bon soldat, elle a sacrifié son franc-parler, son intime conviction de devoir dire la vérité en tout temps. Tel est le drame de Monique Jérôme-Forget qui apparaissait dans le sourire tendu de ses interventions annonçant son départ de la vie politique à l’âge de 68 ans.

Pour se justifier, elle a remercié Jean Charest de lui avoir donné la job de sa vie : ministre des Finances. En échange, elle lui a sacrifié son intégrité et son indépendance, ce qu’ont refusé de faire Yves Séguin et Thomas Mulcair. Qu’on présente ce reniement de soi comme un progrès pour les femmes du Québec, cela me dépasse.

Qu’une femme, pendant les quatre derniers mois de sa carrière, ait joué le rôle de paratonnerre ou de bouclier pour protéger la carrière politique d’un politicien sans envergure et sans éthique comme Jean Charest, cela me désole. Parlant d’éthique, le Parti libéral du Québec donne un salaire annuel de 75,000 $ à Jean Charest depuis 1997 : son salaire de premier ministre de 180,000 $ ne lui suffit pas pour maintenir son train de vie. On apprend que Monique Jérôme-Forget posséde “une somptueuse résidence à Merida au Mexique” (Tommy Chouinard, “La Presse”). Le parti libéral du Québec n’aurait-il pas dû payer à la dame de fer, docteure en psychologie de l’Université McGill, un salaire de 50,000 $ par année pour services rendus ! N’a-t-elle pas, elle aussi, un train de vie à maintenir !

On est donc encore loin de l’égalité homme-femme dans le monde soi-disant égalitaire de Jean Charest et du Parti libéral du Québec. C’est un message aux ministres du cabinet Charest : le prix à payer pour être ministre est très élevé, qu’on soit une femme ou un homme. A moins d’être servile comme Jacques Dupuis, le ministre de la police.

Bon apprentissage de l’espagnol et bonne retraite madame la fédéraliste qui n’a reculé devant aucune négation de son parler franc pour faire gagner son mâle de chef. Vous avez suivi les traces du camp du NON en 1995 avec Option Canada et le scandale des commandites. Il nous reste la sacoche à double et triple fond qui contenait moins d’argent que vous ne le disiez et la métaphore vaguement érotique du syndrome de la pépine dont vous avez affublé les mâles qui avaient hâte à la première pelletée de terre pour la construction du CHUM, par exemple, en PPP ou non. Et vivent les infrastructures qui donneront l’occasion à Jean Charest de se montrer trois fois pour le même projet.

Des journalistes disent que vous n’étiez pas d’accord avec le choix de Michael Sabia à la tête de la Caisse de dépôt. En annonçant avant les élections que vous vouliez quitter, vous vous êtes sortie vous-même du jeu. Jean Charest et son cabinet ont fait comme si vous n’existiez plus. Ce doit être difficile pour l’ego. Vous avez même accepté d’aller en commission parlementaire sur les pertes de la Caisse de dépôt comme un bon soldat. Rappelons le dernier épisode pénible pour vous des 863,000 options d’achat d’actions de BCE qui mettaient Michael Sabia en conflit d’intérêts. Après s’être servi de vous pour gagner l’élection, Jean Charest vous a ignorée. N’y a-t-il pas là une leçon pour les hommes et les femmes qui veulent faire de la politique et exercer le pouvoir, celui que le premier ministre daigne bien vous prêter à sa convenance et dans ses intérêts à lui, avant tout.

Vous avez quitté dignement et sereinement avec le sourire pour rejoindre votre famille et jouer pleinement votre rôle de grand-mère. Bien que je regrette ce que vous avez sacrifié de vous-même dans les quatre derniers mois, sur le plan humain, je vous souhaite bonne chance. Bona fortuna. Mais j’ai trouvé que votre sourire était un peu forcé. En terminant, je rappelle qu’Yves Michaud considére que vous avez été une bonne ministre des Finances...dans le cadre du Canada actuel. J’espére que soit réalisé le protocole que vous avez signé lors de votre dernière journée de travail sur l’harmonisation des taxes TVQ et TPS qui donnerait plus de deux milliards au Québec qui a droit au même traitement que l’Ontario. Mais on n’a pas à s’inquiéter. Comme l’a dit l’obséquieux ex-ambassadeur Benoît Bouchard, cela finira par se régler, “comme toujours” a ajouté le fédéraliste conservateur jovialiste qui nous gratifie au club des ex de sa pesante et morne expérience résignée.

Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, 9 avril 2009




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Vos commentaires:
  • Le drame de Monique Jérôme-Forget
    12 avril 2009, par Jean-François-le-Québécois

    Elle n’aurait peut-être pas dû le remercier trop chaleureusement (je veux dire, John James Charest), de lui avoir donné la « job » d’être à la tête du ministère en question, car Johnny, assez rapidement, s’est mis à se servir d’elle à la façon d’un bouclier humain, en quelque sorte...

    Enfin... il est vrai qu’elle était déjà presque en fin de carrière, alors que lui, si l’on se fie à certaines opinions, semblerait caresser le projet de faire un retour en politique fédérale, pour briguer le poste de Prime minister of Canada, rien de moins... Alors John James a su protéger (dans une certaine mesure) son image.

    Il reste que tout ça finit par nous en dire assez long, sur le courage de Charest, comme sur la transparence de Mme Jérôme Forget.



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