« Pour les Canadiens-Français, historiquement parlant, ce fut une tragique réalité. Abandonnés par leur métropole, ils étaient destinés à l’esclavage ou voués à jouer un rôle d’appendice… »
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Le sommaire du cours de Maurice Séguin pourrait se visualiser en onze énoncés. Chacun possède sa particularité propre, mais l’ensemble suggère une lecture d’un autre niveau plus global. Ainsi, le premier met en cause le sort des deux Amériques. « Il aurait pu y avoir deux nations : une anglaise, l’autre française… mais ce n’est pas ce qui est arrivé. » Le deuxième énoncé clarifie le sort de l’Amérique française par l’existence de deux nations anglaises dont l’une pratique un « séparatisme artificiel » (c’est-à-dire, le Canada-Anglais). Mais à partir de 1850, les Canadiens (français) sont mis en subordination politique ET économique (3e énoncé). Et, pour le Canada-Anglais, il existe deux époques contrastées de leur histoire économique, l’une après 1850 et, l’autre, après 1920 (4e énoncé).
Le cinquième énoncé est percutant : « Le séparatisme nous a été nié et refusé à partir de 1760… dépendance minoritaire démographique à partir de 1840. À la conquête, un autre peuple s’est installé qui avait le pouvoir et l’argent (cf. Maria Chapdelaine). » Malgré tout, vient la « survivance canadienne-française » (6e énoncé) qui s’accompagne d’une existence séparée dans le Bas-Canada (7e énoncé).
Le huitième concerne « le statut provincial » et cette « très forte subordination politico-économique » parce qu’il est impossible d’« ignorer une minorité de 45 % de la population à l’Union » (9e énoncé). Pour toutes sortes de raisons et de causes, il est très difficile d’analyser le « miracle de la survivance » et de connaître « exactement ce qui s’est passé » (10e énoncé). Malgré cette survivance, le Québec n’en est pas moins placé « dans un état d’infériorité et d’annexion ». S’en rendre compte ne supprime pas pour autant la « maladie » (11e énoncé).
Le bloc majoritaire de Canadiens-français demeure encore aujourd’hui, plus fort et en même temps plus fragilisé. Ce qu’il a perdu en 1760, il ne l’a jamais retrouvé et ce qu’il a gagné au cours de son existence le maintient en permanence dans un statut d’« autonomie inférieure à l’autonomie coloniale » (cf. paragr. 78 de la chronique no 326). Aussi passionnant qu’ils soient, les débats de société dans le genre de ceux du rapport Bouchard-Taylor, par exemple, ne changeront jamais d’un iota la question fondamentale qui se pose aux Québécois-Français. Pas plus que cette généreuse idée d’une constitution provinciale dans un État fédéré qui centralise à peu près tout ne changera grand chose à la maladie grave et chronique qui afflige un peuple annexé (cf. 11e énoncé). Il faut chercher ailleurs pour résoudre le problème de l’ANNEXION. Or, le contraire, c’est le non-remplacement par un autre, c’est-à-dire l’INDÉPENDANCE. Ce que l’on sait, c’est que les nations indépendantes s’ouvrent sur le monde avec tous les moyens complets dont un État souverain.


