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INDÉPENDANCE DU QUÉBEC 324
Le deuxième Canada (24/29)
Une province administrée par des gouverneurs-premiers-ministres britanniques
Bruno Deshaies
Chronique de Bruno Deshaies
jeudi 8 mai 2008      136 visites


« Metcalfe n’en a pas contre les Canadiens-français,
mais il est opposé aux partisans du self-government. »

Quels que soient les événements vécus, le legs des gouverneurs généraux pèsera lourd sur l’avenir du Canada-Anglais. Au moment des rébellions, Gosford tente par tous les moyens d’établir la conciliation que demande Londres mais il échoue ; Durham, pour sa part, doit enquêter dans le but de proposer des solutions qui permettront de baliser les grandes décisions impériales – ce sera l’union ; Colborne s’assure de maintenir l’ordre et la paix avec l’aide de l’armée pour mâter les insurrections dans le Bas-Canada ; Thomson-Sydenham travaillera a établir les premiers grands programmes politiques du Canada-Uni mais sans parvenir à l’harmonie entre l’exécutif et le législatif ; Bagot donnera juste à temps l’impulsion de la coopération en s’efforçant de concilier l’harmonie avec la réalité politique, il réussira à faire entrer LaFontaine au Conseil exécutif en tant que procureur-général ; Metcalfe maintiendra le rythme en appliquant l’esprit des résolutions Harrison au sujet de la nature ambiguë du gouvernement responsable mais il ne parviendra pas à diriger une coalition parlementaire majoritaire non-partisane ; finalement, lord Elgin parachèvera l’œuvre de Durham malgré les résistances des Britanniques de Montréal qui s’attaqueront à sa voiture et délibérément iront incendier les édifices du Parlement. (VOIR : « Liste des gouverneurs généraux au Canada 1835-1854 », dans DOCUMENTS, No 1). Sans être un gouvernement militaire, le pouvoir civil a besoin en permanence des effectifs réguliers de l’armée britannique. Les Canadiens-Français n’ont aucune parité avec les Britanniques sur la maîtrise de la situation. Ils doivent se limiter au domaine local.

La Grande-Bretagne avait trois problèmes majeurs à résoudre. Le premier : trouver une solution fonctionnelle au cas des Canadiens-Français ; le deuxième : répondre aux exigences de plus en plus pressantes en ce qui concerne l’établissement du responsible government ; le troisième : s’assurer que ses colonies de l’Amérique du nord demeurent dans l’Empire. Compte tenu que la situation générale au Canada était sous l’emprise d’une insurrection toujours latente depuis 1828, que les idées de la liberté des peuples était dans l’air après la Révolution française, que la fin des guerres napoléoniennes ouvrait la porte à des changements dans la politique internationale, que le développement et l’expansionnisme étasuniens étaient aux frontières du Canada et que l’évolution du parlementarisme britannique et le système démocratique américain influençaient les habitants du Canada, il était impossible pour la Grande-Bretagne de ne pas intervenir dans le fonctionnement du gouvernement du Canada. Ce fut donc le régime du gouverneur-premier-ministre qu’elle a appliqué, doublé d’une protection militaire par un commandant en chef des forces armées dans les deux Canadas et donc de l’Amérique du Nord britannique (cf. DOCUMENTS, No 1).

L’inquiétude au sujet des frontières (cf. DOCUMENTS, No 2) et les craintes d’une insurrection demeuraient vives. Les effectifs réguliers de l’armée de l’Amérique du Nord britannique s’élevaient à plus de 12 000 hommes au début de janvier 1842. C’est dans cette atmosphère que les gouverneurs généraux auront à diriger le Canada au cours des dix premières années de l’Union (cf. DOCUMENTS, No 1). Les libéraux reprendront le pouvoir en Grande-Bretagne (cf. paragr. 71). Ce sera la fin du gouvernement du gouverneur-premier-ministre au Canada dans les affaires intérieures de la colonie.

Bruno Deshaies


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