« l’Amérique du Nord est anglaise et tout ce qui n’est pas anglais
paraît y vivre dans un état d’infériorité. »
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Si l’on se place dans la peau d’un impérialiste britannique, ce qui est le cas de Durham, il est assez facile d’admettre le jugement qu’il porte sur la société canadienne-française du Bas-Canada dans les années 1830. Par contre, vu sous l’angle des canadiens-français comme groupement humain ou comme nationalité, le jugement paraît terriblement sévère. Maurice Séguin nous donne l’explication suivante dans Histoire de deux nationalismes au Canada (p. 286) :
Cette nationalité canadienne-française, devrions-nous chercher à la perpétuer (même si nous pouvions le faire) ? Durham répond qu’il ne connaît pas de distinctions nationales entraînant une infériorité plus désespérée. L’Amérique du Nord est anglaise et tout ce qui n’est pas anglais paraît y vivre dans un état d’infériorité. C’est pour faire sortir les Canadiens-Français de cet état d’infériorité que Durham désire donner au Canada-Français dans le Bas-Canada le caractère anglais. Il souhaite l’assimilation autant pour les classes inférieures que pour les classes instruites. Il souhaite l’assimilation pour les classes instruites parce que les hauts postes, les grandes carrières, leur seraient fermés si elles continuaient à parler seulement le français ; il la souhaite aussi pour les classes inférieures parce qu’elles sont destinées à devenir des prolétaires au service des capitalistes anglais. Durham voulait ainsi prévenir des conflits qui seraient à la fois sociaux et nationaux.
Le gouverneur Durham avait des objectifs clairs. Il devait parvenir à trouver des solutions à la crise des Canadas comme Colonies de l’empire britannique. Il est évident qu’il a cherché à sauvegarder le British North America des pressions en provenance du Republican North America, c’est-à-dire des États-Unis. Les Canadians de l’époque le voulaient ardemment. Ils étaient prêts à faire la lutte armée contre les French Canadians. D’ailleurs, ils ont été les premiers à organiser la révolte de 1837. Ce passé est particulièrement lourd dans l’histoire canadienne en ce qui a trait à la position qu’adopteront les Canadiens-Anglais pour la suite de l’histoire des Québécois-Français ou de la nation québécoise.
Les extraits que nous présentons du rapport Durham (cf. DOCUMENT) sont très révélateurs des grands problèmes vécus par la société québécoise d’hier à aujourd’hui. Ce serait se leurrer que d’occulter de notre conscience historique la crise nationale des années 1830 et le coup de force de 1840 qui ont conduit à l’Union. À partir de cette date inoubliable, les Canadiens-Français ont été mis irréversiblement en minorité.
Prétendre qu’une « conversation nationale » agrémentée de petits gestes de souveraineté de gouvernance « provinciale », par-dessus le marché, ouvrira les portes de l’indépendance du Québec, ou c’est une fumisterie ou c’est le coup de la pensée magique.


