« les Canadiens sont une majorité dans le Bas-Canada ;
ils n’ont pas le droit de bloquer le développement
d’une majorité générale plus nombreuse qu’eux… »
***
Dans son étude du rapport Durham, Maurice Séguin présente d’abord l’état de la situation perçue par le gouverneur général (cf. no 39, paragr. 1 à 4). L’analyse et les explications sur la pensée de Durham suivent. Il ajoute au besoin ici et là ses propres commentaires que nous signalons en italique.
Durham constate que le gouvernement de Londres est exaspéré par l’attitude des Canadiens-Français, que des idées circulent à propos d’Union et d’assimilation et que la crise parlementaire autour de la liste civile et des subsides ne se règle pas, au contraire, elle s’amplifie. Comment expliquer cette situation et quelles en sont les causes.
Il observe un point essentiel de la crise qu’il qualifie de lutte sans merci entre deux nations dans le Bas-Canada. D’une part, les Britanniques du Bas-Canada aspirent à devenir la majorité. D’autre part, comme majorité, les Canadiens sont prêts à rendre justice aux Anglais à condition de gérer eux-mêmes la colonie. La coupe déborde. C’est alors que Durham comprend nettement qu’il s’agit d’une lutte de nation contre nation au sein d’un même État. Durham veut bien satisfaire les Canadiens, mais il ne peut ignorer les aspirations des Montrealers, des Britishers et des Loyalistes du Haut-Canada. Il est conscient que :
– « Si l’on cède aux Canadiens (sans union ni confédération) le self-government, ce qui équivaut à une république française… » (cf. paragr. 10) ;
– « …les Britanniques du Bas-Canada, qui ne se soumettront jamais aux Canadiens… » (cf. paragr. 11) ;
– les Britanniques du Haut-Canada, qui ne pourront endurer la présence d’une république étrangère entre eux et la mer » (Ibid.) ;
– « Mieux vaut pour la Grande-Bretagne intervenir immédiatement… (cf. paragr. 12). Ce sont ces fondements qui, hier, ont sous-tendu la pensée politique du Canada-Anglais dans cette « querelle nationale ». Or, aujourd’hui, c’est le gouvernement fédéral et la Cour suprême du Canada qui se sont substitués au gouvernement impérial, à l’oligarchie de l’extérieur et à l’exécutif colonial.
Le Canada-Anglais s’est bâti progressivement sur l’inclusion des Canadiens-Français à défaut de les assimiler complètement. Toutefois, ces derniers seront définitivement mis en minorité et ils ne devront plus entraver le développement et le progrès du Canada d’un océan à l’autre. C’était vrai hier (cf. paragr. 7 et 9) et c’est encore le cas aujourd’hui. Le Bloc québécois ne peut que se faire dire ce que nos ancêtres, les Canadiens (français), les nationalistes ou les patriotes, se sont fait dire depuis 1800 et même depuis 1760 jusqu’à 1800. La nouvelle « conversation nationale » annoncée par Pauline Marois ne peut être qu’un pis-aller. Que de naïveté ! Ce n’est pas la première fois dans notre histoire. Quelle pauvreté intellectuelle !


