« Comment s’assurer que toutes les Québécoises et tous les Québécois, y compris les personnes issues de l’immigration, maîtrisent l’anglais ? ».
Cette phrase est la deuxième piste de solution suggérée au chapitre « Éducation » dans le cahier d’animation, « Un Québec en marche », proposé aux membres en vue du prochain conseil national du PQ. Cette phrase n’est pas anodine, elle a même causé un certain désarroi auprès de la plupart des membres du PQ consultés sur ce sujet, puisque nulle part dans le même chapitre, il n’est fait mention d’un meilleur apprentissage du français par tous les Québécois de toutes les souches. Rien sur l’apprentissage de notre langue commune, le français ! Voilà ce qui a vraiment choqué les membres.
Après avoir rappelé à l’ordre les Landry, Facal, Lisée et Rebello, Mme Marois a tenté elle aussi, par « Devoir » interposé, d’influencer le Conseil National au sujet d’un élément prévu au cahier d’animation qui avait déjà fait sursauter plusieurs membres lors des consultations préliminaires dans les comtés. Elle a décidé d’utiliser l’artillerie lourde pour pousser sur l’enseignement de l’anglais, alors que nous avions questionné cette piste, alors que nous souhaitions tous discuter, dans le contexte de la très préoccupante perte de vitesse du français au Québec, de l’enseignement du français aux Québécois de toutes les souches. Toute une douche d’eau froide pour les membres d’entendre plutôt parler de l’apprentissage de l’anglais comme langue commune des Québécois de toutes souches, puisque c’était là le sens que nous décodions dans ses propos malhabiles.
L’idée de mieux enseigner l’anglais aux jeunes Québécois francophones n’est pas nouvelle et relève moins du politique que du pédagogique. Loin de choquer, elle rassure. Cependant, il n’y a pas suffisamment de professeurs d’anglais qualifiés pour enseigner cette matière à tous les jeunes québécois, voilà le véritable problème. Si madame Marois avait proposé d’augmenter le nombre de professeurs d’anglais qualifiés pour enseigner l’anglais aux élèves du deuxième cycle du primaire et au « bain linguistique », tout le monde aurait compris qu’elle était sérieuse, cela aurait été suffisant et approprié. Si elle s’était questionnée sur la meilleure façon d’atteindre l’objectif d’un meilleur enseignement de l’anglais langue seconde, probablement l’immersion, nous aurions compris. Or, elle nous a mis devant le fait accompli de ses conclusions personnelles, sans trop y réfléchir, elle a voulu en faire un nouveau dogme comme cette idée de citoyenneté à deux vitesses. Avait-elle réellement testé ces idées avant de nous les présenter ? S’était-elle sérieusement préparée ?
D’où la prochaine question. À l‘image de ses prédécesseurs, Mme Marois est-elle mal conseillée et mal entourée ? Bernard Landry regrette encore d’avoir démissionné comme on le lui conseillait ce fameux soir de juin 2005. Rétrospectivement, André Boisclair aurait certainement aimé être mieux entouré. Si cela n’avait été de ses légendaires gaffes à répétition, il serait probablement premier ministre d’un gouvernement minoritaire ou chef de l’opposition officielle. Mme Marois suit actuellement le même chemin que ses prédécesseurs. Landry était un bon premier ministre, Boisclair avait toutes les qualités pour le devenir, personne ne peut le nier. Mme Marois pourrait devenir notre prochaine première ministre si elle s’entourait d’une équipe forte et compétente déterminée à l’aider à le devenir.
Or, le PQ est à l’image de nos médias. Ouvrez votre journal, votre radio ou votre télévision et vous verrez toujours les mêmes analystes avec leurs bonnes vieilles grilles d’analyse. C’est la même chose au PQ. Ce sont toujours les mêmes personnes qui ont accès au premier cercle, elles se relaient dans les hautes sphères. Ce petit club est jaloux de sa relation privilégiée avec le chef et ne veut surtout pas se faire damer le pion par le premier venu avec une nouvelle vision, de nouvelles idées. En cela, la culture du PQ se rapproche beaucoup de la culture des médias, en particulier celle de la SRC avec ses divas. Les recettes sont les mêmes.
Entre autres, lorsqu’on veut monter dans les sondages, on se retourne vers l’information spectacle ! Comment interpréter la sortie des Landry, Facal, Lisée et Rebello, sinon comme un désir de briller pendant quelques minutes à la TV. Comment interpréter les improvisations de Mme Marois au sujet de la citoyenneté et de la langue commune, sinon comme le même désir de marquer rapidement des points dans les sondages. Si une équipe aguerrie l’avait aidée à réfléchir aux conséquences de ces sorties publiques mal planifiées, elle aurait certainement agi avec plus de circonspection. À trop vouloir marquer des points, on finit par tirer dans ses propres buts !
Louis Lapointe
Brossard
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