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« Les gens ne sont pas prêts à se faire proposer des projets collectifs parce qu’ils ont perdu confiance dans les politiciens. » François Legault
Selon mon humble avis, le diagnostic de M. Legault est en partie juste et avisé. Nombre de commentaires de cet article du Blog Patrick Lagacé dans Cyberpresse qui en fait état, tendraient à le démontrer. Les commentaires désobligeants à l’égard des « Péquisses » en sont un exemple. Le fait de subordonner le plein exercice de la souveraineté démocratique du peuple du Québec à l’intérieur ou à l’extérieur du cadre Canadien, le fait de subordonner l’accession du Québec à la souveraineté politique à la bonne performance d’un parti politique, à l’irréprochable personnalité des membres et des représentants de tel parti politique, en témoigne éloquemment.
Si le diagnostic est bon, ( en partie ), je pense cependant que le remède n’est pas l’attentisme, comme semble vouloir l’induire M. Legault. En effet, s’il faut réagir à ce qu’il identifie comme un fait, cela, en mettant en veilleuse différent sujets concernés pas la « désillusion » de la politique, c’est tout le système politique et démocratique canadien qu’il faudrait mettre en veilleuse... dont aussi le système politique fédéraliste... Or, celui-là... n’est pas remis en question, au contraire... il ne faudrait surtout pas y toucher, en « mettant en veilleuse » le projet de souveraineté de l’État du Québec... qui justement se trouve à questionner les élites politiques canadiennes... Beau paradoxe...
Dès lors, pourquoi faudrait-il ne remettre en question que la validité du seul avènement de l’État souverain, cela en s’abstenant de remettre en question le statut quo canadien... ?
À défaut de trouver le remède, pourquoi faudrait-il prescrire un isolement de la seule partie du corps social qui voudrait se sortir de l’enfermement canadien ? Pour soigner une maladie... ne faut-il pas d’abord la bien circonscrire, la bien comprendre et ce, dans son ensemble, dans la connaissance du terrain qui la fait naître et se propager. Cela, de manière à trouver la bonne cause, ou l’ensemble que plusieurs causes peuvent former pour favoriser l’émergeance et la persistance de la maladie, et partant, de manière à rechercher et trouver le bon remède, associé à la bonne posologie. Cela, tout en prévoyant prodiguer un ensemble de soins de manière à ce que l’action curative ne soit pas délétère, ou pire, qu’elle empire le mal, comme les médecines anciennes ou modernes ont toujours tenté de le faire pour y échapper, pas toujours avec succès, ( surtout pas dans les phases d’expérimentations ), cela, en se gardant loin des conséquences de la Némésis médicale ou de la dérive nosocomiale ( maladies engendrées par la médecine ou ses soins ).
À qui profite la déconsidération des élites québécoises ? Certainement pas au peuple du Québec...
Ce qu’il faut dire aussi, me semble-t-il dans ce contexte, c’est que la « désillusion » récente ou plus large qu’antérieurement à l’égard de la politique, n’est qu’apparente et incomplète. La « désillusion » en question ne concerne pas que LA politique, que les politicien(ne)s, que LE politique, que les partis politiques. Elle concerne toutes les élites. Les sondages le démontrent bien... les gens des médias par exemple, ne remportent pas beaucoup plus de suffrages, et toutes les professions y passent... Cette « désillusion » face aux élites a déjà été identifiée en 1927 par Julien Benda dans son ouvrage intitulé la « Trahison des clercs », la trahison des élites intellectuelles. Ici, cette « trahison » s’est manifestée d’une autre manière et dès la Conquête. Une grande partie des élites, dont les élites militaires et aristocratiques, après la défaite, sont retournées en France laissant ici un peuple complètement ou à peu près, laissé à lui-même, alors qu’il avait vécu jusqu’alors dans une société où l’autorité des élites ne souffrait aucune contestation. Même si le « peuple » de Nouvelle-France elle avait appris avec le commerce avec les Premières nations à fonctionner autrement... ( elles fonctionnaient par consensus démocratiques ), le brusque changement de statut, de composition du corps social, a créé un choc extrême. Ce qui participait au désir des Britanniques de nous voir assimilés à leur propre structure sociétale, elle aussi extrêmement sophistiquée et hiérarchisée, société dans laquelle l’autorité n’entendait pas à rire. Ce qui du reste étaient une manifestation de leur supposée supériorité nationale, morale et impériale. Les batailles rangées réglées comme du papier à musique, au son des tambours, en n’étaient que la plus éclatante manifestation du reste, du Parc des Champs de batailles, à la Révolte des patriotes, cela a toujours payé.
Les élites britanniques coloniales qui dans cette absence d’élites « autochtones » en Nouvelle-France conquise, ont remplacées les nôtres, n’étaient pas vraiment au service du peuple Québécois, ce peuple, partie intégrante du peuple de France dans la Nouvelle-France du Régime français, désormais abandonné par son Souverain et partant, devenu dès lors, distinct du peuple de France. Ce peuple sans Souverain, donc peuple souverain, 30 ans avant la révolution Française, devait ainsi ne désirer que s’en remettre à ces nouvelles élites...britanniques... et être vite assimilé aux populations britanniques que l’on s’est empressé de faire immigrer ici.
Or, ce projet britannique n’a pas vraiment fonctionné. Défier l’autorité des élites britanniques nous est apparu être la meilleure des vengeances... ne pas la respecter, la déconsidérer, devenait dès lors une manière de nous manifester comme peuple, comme étant hors de son emprise, hors de son autorité, dès lors perçue comme illusoire. Toute autorité du reste, puisque celle qu’on avait avant, n’était pas meilleure, elle nous avait abandonnée. L’irrespect à l’égard des élites, nous vient de là... Cela nous a servi à nous faire survivre, hors l’assimilation prônée par Durham et les autorités britanniques. Ce vacuum des élites civiles et aristocratiques qui structurait jusqu’alors notre société, a fait naître et prospérer ici les élites cléricales religieuses. Qui en menaient large, non sans être aussi l’objet derrière son dos, du même mépris et de la même délinquance... On nous interdisait de danser... pas de problème... on dansait en cachette... Mais cela n’a duré qu’un temps... Jusqu’à plus soif... La Révolution tranquille nous a libéré de cette emprise religieuse à la faveur de la constitution lente mais certaines d’élites instruites par ces mêmes religieux et qui ont bien senti le ras-le-bol du peuple. Cela fut l’une des rares connivences entre le peuple du Québec et ses élites. Une grande partie des technocrates et de ces nouvelles élites québécoises ont été cependant les curés et religieux défroqués... de jadis... et formés par des... religieux et religieuses... On n’a pas pris beaucoup de temps pour se rendre compte qu’ils avaient conservés, outre les qualités acquises à leur contact, bien des travers des religieux d’autrefois... dont, la suffisance, le mépris du peuple, les règles tatillonnes, la complexité des structures, et moult comportements et partis-pris qui ont tôt fait de désenchanter le peuple...
Les élites éclairées. Le paradigme britannique fondé sur la méfiance à l’égard du peuple.
L’ironie de la chose, c’est que le mépris du peuple nous vient en grande partie de la culture élitiste britannique. En effet, cela est constitutif du système de monarchie constitutionnelle... le peuple n’est pas apte et capable de se gouverner, seule une élite éclairée est en mesure de le faire. Après la Révolution française, les monarchies voisines ont dues pour survivre, se démocratiser... peu à peu... en faisant du Souverain, de la Souveraine, non plus un décideur, pas un chef d’État qui nommait les gouvernements, mais en conservait la maîtrise. Par la suite le gouvernement est devenu responsable, ici, toujours en retard de plusieurs années sur la métropole de l’Empire... Ensuite... le peuple, enfin... une partie du peuple, les hommes, les hommes propriétaires d’immeubles, ont été autorisés à voter pour élire des députés, mâles comme de bien entendu... toujours cette méfiance à l’égard du peuple... considéré comme un mineur, un enfant, comme les femmes l’ont été pendant longtemps du reste... Cette méfiance, cette déconsidération du peuple est paradoxalement le pendant de la déconsidération des élites québécoises. En effet, ces élites sont récentes, elles sont parties du peuple, pas très loin dans l’arbre généalogique de ces élites, le père ou le grand-père, n’était que ouvrier, voire fermier... Comment peuvent-elles être dignes de confiance... comment peuvent-elles parvenir à structurer, encadrer, diriger, guider le peuple ? Suspicion d’incompétence donc. Trudeau, l’aristocrate, ne se gênait pas pour mépriser le gars du peuple qu’était Robert Bourassa, le mangeur de hot-dog, le jour où ce fédéraliste fatigué ne se résolvait plus à n’être que le pantin des fédéraux, seuls compétents en ce pays...
Une grande partie de nos élites, dès la Conquête, forcée par la soumission obligée à ce nouveau pouvoir colonial britannique, s’est convaincue qu’il fallait maintenant prendre acte de leur mainmise et se résoudre à tenter de collaborer selon leurs critères et règles, à la société aristocratique et monarchique extrêmement hiérarchisée et respectueuse des institutions et de l’autorité, qu’était la société coloniale occupante. Ces élites québécoises ont ainsi prospéré peu à peu, parvenant tant bien que mal à commercer avec les autorités britanniques, puis canadiennes. Cela se manifeste toujours. Une partie de nos élites choisit le Canada et ne considère pas le peuple du Québec, pas davantage que ses élites qui choisissent de ne pas s’inféoder aux élites canadiennes, comme étant aptes et capables de se constituer en société évoluée, structurée, hiérarchisée, respectueuse de l’autorité, seules conditions permettant de se constituer en État valide et autonome selon le paradigme britannique. Pierre Elliott Trudeau, partie des deux élites québécoises et britanniques a incarné, avec le French Power, (dans le giron de Power Corporation et la nouvelle élites d’affaires québécoise), cette option de la canadianisation de nos activités économiques, financières, culturelles et politiques. C’est de cette même mouvance canadienne qu’émane la déconsidération, l’encouragement à la déconsidération de cette partie de nos élites, qui à la faveur du mot d’ordre « Maîtres chez nous » du Libéral et fédéraliste Jean Lesage, a peu à peu fait naître l’idée de prolonger cette philosophie de la maîtrise de notre destin de peuple, dans l’ordre Étatique et de proposer la souveraineté de l’État du Québec. Ce que René Lévesque a endossé après sa rupture d’avec Jean Lesage.
Comme quoi, nous étions maintenant suffisamment structurés, dotés d’élites capables de mener à bien ce projet. Pour le contrer, il fallait au contraire, déconsidérer la valeur de ces « prétentions ». Les succès de la nationalisation de l’électricité nous a permis de comprendre que nos élites non inféodées aux pouvoirs de la finance canadienne pouvait parfaitement se débrouiller dans le monde, de façon autonome... En effet, quand René Lévesque, ministre de la nationalisation s’est heurté au refus des banquiers canadiens de Montréal et de Toronto pour le financement d’Hydro-Québec il a demandé au grand technocrate Jacques Parizeau, d’aller voir ailleurs... Pas très loin du reste... New York a ouvert ses coffres sans problème... Ce qui par la suite a participé à la conversion souverainiste de notre illustre Premier ministre qui a presque réussi à gagner son référendum sur l’accession à la souveraineté de l’État du Québec.
Depuis, cela a été vécu, comme une nouvelle défaite, une autre... après la Conquête, la Révolte de patriotes, la Loi sur les mesures de guerre, les malversation fédérales, parvenaient encore à nous humilier, à nous soumettre... S’est peu à peu réimposer, après avoir un temps rêver à l’affranchissement, l’idée d’une fois encore, s’imposer le fait de nous en remettre au bon vouloir canadien... L’idée de conspuer ces élites qui ne sont pas parvenues à nous affranchir, qui n’auraient pas su être à la hauteur et capable de supplanter les élites canadiennes, qui elles non seulement ont le pouvoir, mais qui savent vaincre... La loi et la prime du vainqueur... Les autres sont des perdants... Cela bien sûr est encouragé par les forces canadianisatrice... elles déconsidèrent les élites québécoises, mais cette déconsidération n’est encouragée qu’ici. Ailleurs au Canada, à la faveur du néo-conservatisme, c’est tout le contraire qui se passe. L’Autorité, la hiérarchie, les élites sont respectées, ce sont les délinquants qui sont l’objet de blâmes, pas les élites. Ici, on encourage la délinquance en encourageant la déconsidération des élites, de l’autorité morale et politique des élites qui aspirent à s’affranchir de la mainmise canadianisatrice...
La radio-poubelle à Québec a fait son fond de commerce le dénigrement des élites souverainistes. L’un des ses chantres est devenu par la suite député fédéral... comme quoi son dénigrement est parfaitement partial et asymétrique et son populisme, un dénigrement du peuple, en fait, qu’il voue pieds et poing liés, à la mainmise canadianisatrice. Cela n’est pas étranger au remplacement de la classe politique au pouvoir à Québec et ce qui s’est passé lors du 400e où l’on a tout fait pour cacher les couleurs du Québec, fussent-elles celle du Québec, qui ne sont pas l’apanage des souverainistes, mais bien de toutes et tous les Québécois(es). La canadianisation de la fête n’a pu être possible que grâce à ces nouvelles élites qui se sont hissées là grâce à une long, patient et systématique dénigrement des élites... quelles qu’elles soient, culturelles, politiques, technocratiques, sauf celles qui, économiques et fédérales, se rangeaient du côté du plus fort... Chercher l’erreur !
Ainsi, ce qu’il faudrait choisir de faire serait tout le contraire que d’abandonner notre désir d’affranchissement. Le dénigrement des élites, est un désir d’affranchissement du peuple. Il désire s’affranchir, désire être considéré, pris en compte par les élites, plus qu’ailleurs, parce qu’habitué à la délinquances et au dénigrement des élites britanniques qui n’étaient pas les siennes. Cela ne peut se faire qu’en s’attaquant au problème d’affranchissement que ne parvient pas à canaliser pour lui, notre peuple. S’il y parvient il ne se voit pas autrement approuvant des élites, que dans l’assujettissement à la loi du plus fort, en l’occurrence, celle que le Canada s’évertue à promouvoir, non sans menaces de représailles, ou de trafics illégaux grassement commandités, s’il le faut...
Cela en remettant sur le métier notre ouvrage d’élite au service du peuple... en ne baissant pas les bras qu’en ce qui a trait à notre capacité de renouer avec le peuple, dans le respect et la dignité, toutes élites confondues. La dignité de ce peuple n’est certainement pas du côté de l’abandon, du repli, de la mise en veilleuse. Il est plutôt question de mériter la confiance d’un peuple à bon droit méfiant, tant de fois trahit par ses élites l’ont soit dénigré, abandonné, manipulé, commandité, ou trahi. Cela en nous montrant solidaire du peuple du Québec, en lui manifestant notre confiance, en déconsidérant le mépris de certaines élites à l’égard du peuple, en mettant le peuple au centre des préoccupation des élites souverainistes, celles qui sont le plus souvent attaquées, en plaçant le peuple au cœur de l’aspiration souverainiste, en faisant du peuple démocratique et souverain du Québec le fondateur de l’État qu’il désire. Et non pas, en posant l’avènement de l’État souverain que nos élites souverainistes espèrent, comme seul capable de faire naître ce peuple en le mettant au monde en quelque sorte. Or ce n’est pas l’État qui reconnaît l’existence du peuple, c’est le peuple souverain qui fonde et reconnaît l’État démocratique dans lequel il veut incarner sa souveraineté de peuple.
Il ne s’agit pas bien sûr dans cet exercice de tancer le peuple, de le blâmer de l’assujettir aux élites éclairées. Il n’est pas question de le voir soudainement donner sa totale confiance à qui que ce soit, surtout pas à des chefs charismatiques, comme nous les aimons bien. Mais il s’agit plutôt de revaloriser la fonction, le sens des responsabilité, le sens du devoir, la compétence, le dialogue, l’exigence, le désintéressement, la probité, le dévouement, l’écoute, l’ouverture, la discipline, le sens de l’honneur et les qualités humaines des élites. Ce qui du reste est le lot de la plupart d’entre elles, tous partis confondus. Du reste, le dénigrement inconsidéré des élites doit être dénoncé par toutes les tendances politiques. Ses manquements aussi.
Bref... même s’il est trop tard pour l’être, la question soulevée par François Legault mérite d’être considérée, même si elle de doit pas supposer qu’il faille mettre en veilleuse quoi que ce soit. Le problème que pose la déconsidération des élites, qu’elles soient, politiques, intellectuelles, économiques et culturelles, est un problème qui engage toute la société. Un peuple qui ne parvient pas à faire confiance à ses élites, des élites qui se méfient du peuple alors qu’elles sont l’objet d’un tel discrédit et manque de respect, forme des sociétés tronquées dont le peuple lui-même est la première victime. Les sociétés qui souffrent de tels syndromes, sont dysfonctionnelles et déficientes, et leurs peuples sont les premiers à en souffrir et plus gravement que leurs élites. Ce qui du reste peut les inciter à baisser les bras... or c’est de manière tout à fait contraire à la démission, au report qu’il faut qu’elles se comportent. Ce pourquoi, madame Marois a tout à fait raison de dire que si le problème existe, il ne faut pas s’abstenir de continuer à faire valoir de à quoi adhèrent les élites, peu importe les différentes convictions qui coexistent en leur sein, souverainisme compris.

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