« S’accrocher jour après jour, semaine après semaine, pour prolonger un présent qui n’avait pas de futur, était un instinct qu’on ne pouvait vaincre, comme on ne peut empêcher les poumons d’aspirer l’air tant qu’il y a de l’air à respirer. »
George Orwell (1984)

Le déclin du Parti libéral du Canada

lundi 16 novembre 2009

Michael Ignatieff, chef du Parti libéral du Canada. PHOTO : ARCHIVES REUTERS

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Texte publié dans Le Devoir du mercredi 18 novembre 2009 sous le titre "Parti libéral du Canada - Un parti en lambeaux"

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Les récentes élections partielles ne sont guère réjouissantes pour le Parti libéral du Canada et n’augurent rien de très bon dans la perspective d’élections générales au printemps.

Certes, il faut toujours se montrer prudent dans l’interprétation du résultat des élections complémentaires puisque le taux de participation est rarement représentatif et que les enjeux ne sont pas aussi clairement identifiables que lors des campagnes électorales nationales. Néanmoins, en terminant troisième dans chacune des quatre circonscriptions, il semble évident que l’arrivée encore récente de Michael Ignatieff à la tête du parti n’a pas suscité l’engouement tant espéré. Ces résultats sont fort inquiétants, puisqu’ils confirment le déclin du PLC dans les intentions de vote depuis quelques mois.

Pire encore, le chef libéral n’est pas en mesure de proposer une alternative crédible au gouvernement conservateur, prouvant par là que les déboires de Stéphane Dion étaient peut-être davantage symptomatiques d’un parti en déclin que d’un manque de leadership et de charisme.

En ces circonstances, le Parti libéral aurait peut-être avantage à entreprendre une véritable réflexion sur les raisons qui poussent les Canadiens à se détourner d’un parti qui est pourtant au coeur de la construction identitaire canadienne.

Des luttes fratricides et stériles

À l’origine de ce déclin, il y a sans doute cette image négative qui est maintenant associée au Parti libéral, image qui est, en partie, le résultat du fameux scandale des commandites. À y regarder de près cependant, cette perception est aussi la conséquence des luttes fratricides que se livrent les différentes factions qui divisent le parti depuis plus de 25 ans.

Ces guerres internes ont débuté à la fin du règne de Pierre E. Trudeau, à l’époque où John Turner et Jean Chrétien ambitionnaient de remplacer l’instigateur du rapatriement de la Constitution et de la Charte canadienne des droits et libertés. Elles ont ensuite opposé pendant plus de 10 ans le premier ministre Chrétien à son très populaire ministre des finances, Paul Martin. D’ailleurs, les courtes années où Paul Martin a été à la tête du parti ont été largement minées par la volonté de l’ancien premier ministre d’affaiblir son éternel rival.

Par la suite, les tensions se sont amplifiées avec le résultat surprenant de la course à la direction qui a consacré Stéphane Dion à la tête du Parti libéral. À partir de là, on a pu assister à une descente aux enfers qui semble s’accélérer à mesure qu’un nouveau chef prend les commandes du parti. En somme, les intérêts personnels prennent le pas sur les intérêts supérieurs du parti, ce que prouvent avec éloquence la démission récente de Denis Coderre et la candidature controversée de Martin Cauchon dans la circonscription d’Outremont.

Ces luttes stériles ont pour résultat, bien sûr, de miner la crédibilité du Parti libéral, favorisant du même souffle un Parti conservateur pourtant affaibli par les crises politiques et par sa situation minoritaire.

À ces problèmes de nature interne s’ajoutent d’autres facteurs venant expliquer les difficultés du PLC. Par exemple, la loi sur le financement des partis politiques adoptée par Jean Chrétien a modifié les sources de financement et les conservateurs, de toute évidence, ont su mieux s’adapter aux nouvelles règles en vigueur.

Par ailleurs, la droite canadienne est aujourd’hui plus disciplinée et mieux structurée que dans les années 90, de sorte qu’il est plus difficile pour le Parti libéral de dominer l’Ontario. Privés d’une division du vote qui lui permettait de rafler la presque totalité des sièges ontariens, les libéraux doivent aujourd’hui affronter une concurrence féroce qui prive le parti d’une cinquantaine de sièges. En ces circonstances, le PLC devra revoir sa stratégie, particulièrement en ce qui concerne le Québec.

Un Québec délaissé ?

Si la situation du Parti libéral est plus difficile en Ontario, elle est littéralement dramatique au Québec. Pourtant, il n’y a pas si longtemps, le PLC était considéré comme le grand parti des provinces centrales, dominant largement l’Ontario et le Québec et assurant, par le fait même, de larges majorités aux gouvernements libéraux.

Au Québec particulièrement, le Parti libéral traîne encore la réputation d’être un parti fortement centralisateur et la cicatrice du rapatriement unilatéral de la Constitution reste encore largement associée au grand héritage libéral. Sans ce lourd héritage, le Bloc ne serait sûrement pas la redoutable bête politique qu’il est depuis plus de 15 ans sur la scène québécoise.

En outre, la performance étonnante de l’ADQ aux élections provinciales de 2007 est venue rappeler qu’il y a au Québec un vieux fond conservateur qu’on ne peut négliger. La déroute récente de l’ADQ signifie donc que le seul mouvement politique capable de véhiculer les valeurs québécoises de droite se trouve maintenant concentré entre les mains du Parti conservateur fédéral. Bref, en dehors de la grande région de Montréal, le vote fédéraliste pourrait facilement basculer vers les conservateurs, marginalisant ainsi la place traditionnelle du PLC.

Pour reconquérir le Canada, le Parti libéral doit peut-être rompre définitivement avec l’héritage trudeauiste qui voit le Québec comme l’éternel insatisfait du régime fédéral. Pour ce faire, il faut bien sûr recentrer le discours sur les valeurs libérales, mais il faut aussi, et peut-être surtout, offrir une véritable ouverture au Québec.

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Antonin-Xavier Fournier

L’auteur est professeur de science politique au cégep de Sherbrooke.


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