|
|
| Vigile.net a besoin de votre appui financier. N’hésitez pas à contribuer à sa production. | |||||
| Financement 2008 |
| Objectif : 20000$ | |||
« Mais les partis appelés à durer vieillissent généralement assez mal. Ils ont tendance à se transformer en églises laïques hors desquelles point de salut, et peuvent se montrer franchement insupportables. À la longue, les idées se sclérosent, et c’est l’opportunisme politicien qui les remplace. Tout parti naissant devrait, à mon avis, inscrire dans ses statuts une clause prévoyant qu’il disparaîtra au bout d’un certain temps. Une génération ? Guère davantage, ou sinon, peu importe les chirurgies plastiques qui prétendent lui refaire une beauté, ce ne sera plus un jour qu’une vieillerie encombrant le paysage politique et empêchant l’avenir de percer. »
René Lévesque, Attendez que je me rappelle, 1986
Retour sur la campagne électorale
La campagne électorale, force est de le constater, a permis de révéler au grand jour quelques caractéristiques résolument contemporaines de la politique québécoise. Le vacuum du discours politique de notre élite politique s’avère manifeste. Comment l’expliquer ? Est-ce que ce sont les enjeux qui manquent, ou est-ce que ce sont les politiciens qui manquent les enjeux ?
Le cynisme, développé année après année par la population à l’égard de la politique, incontestablement, est symptomatique de cette vacuité. L’usage de la langue de bois est non seulement généralisé à la classe politique dans son ensemble, mais il fait partie de sa stratégie électorale.
Or, justement, l’échéance électorale fait partie intégrante du problème. Les partis, plutôt que de proposer des visions à long terme à partir d’enjeux sociaux réellement primordiaux, s’occupent de leur réélection en misant sur des enjeux à court terme. Peu importe que les solutions proposées soient irresponsables, irréalisables ou tout simplement irréalistes ; l’important, c’est d’obtenir le mandat !
Le premier réflexe est évidemment d’inculper l’électeur et l’abstentionniste. En votant pour un des trois grands partis, le citoyen donne son aval au discours. S’il ne vote pas, il donne carte blanche à celui qui obtiendra les règnes de l’assemblée nationale.
Désir de changement
On s’en souvient, l’élection de 2003 a été celle où s’est exprimé le désir du changement. Les analystes, journalistes ou éditorialistes se sont entendus pour affirmer que l’électorat avait clairement envoyé un message à toute la classe politique. Ce message est resté sans réponse.
En conséquent, ce désir est toujours insatisfait et reste observable dans les intentions de vote. Ce que la population veut, c’est une vision qui détonne des orientations habituelles. Aucun des trois partis (ADQ, PQ et PLQ) n’incarne une alternative à l’exercice traditionnel du pouvoir. Reporter l’opportunisme au pouvoir, à tous les quatre ans, peut devenir rapidement lassant lorsqu’on espère le changement.
Taux de participation et enjeux électoraux
À ce sujet, le site Internet du Directeur Général des Élections du Québec nous informe sur le taux de participations des dernières élections.
Dans la période couverte, le taux de participation le plus élevé à une élection générale est celui de 1976, soit l’année de la première prise de pouvoir par le PQ. Depuis, la tendance est manifestement à la baisse. Le niveau le plus bas est celui enregistré lors de la dernière élection, celle-là même qui a porté Jean Charest et son parti au pouvoir. Doit-on pour autant en conclure que le citoyen moyen n’est plus conscient de l’importance de voter ? Rien n’est moins sûr.
La première conclusion que l’on peut tirer de ce graphique est la suivante : les électeurs sont plus ou moins touchés par les enjeux des campagnes électorales depuis 1985. Bien qu’un léger gain soit identifiable lors de l’élection de 1994, il n’est pas durable dans le temps.
Par contre, lorsqu’il s’agit de s’engager sur des enjeux cruciaux – par exemple sur l’avenir du statut de la province du Québec – le taux de participation monte drastiquement. Même en comparant le taux de participation du référendum de 1995 à celui de 1980, on remarque une hausse significative du taux de participation. Le cynisme n’explique pas tout : le graphique démontre incontestablement que la population se rend volontiers aux urnes lorsqu’elle se sent concernée ; même si elle doit s’exprimer à travers un référendum « indésirable »…
La proportionnalité garante de la représentativité
L’élection du 26 mars présente toutes les caractéristiques d’une élection qui aura un faible taux de participation : les enjeux essentiels sont tout à fait évacués au profit des controverses hebdomadaires. Dans cette conjoncture, donner une tribune aux partis marginaux présentant une réelle vision (ou, du moins, une alternative louable) pourrait intéresser le citoyen à l’exercice démocratique. Or, si on se fie au système électoral présentement en vigueur, on risque peu d’entendre ces alternatives. Selon la règle informelle, seuls les partis représentés à l’Assemblée nationale sont invités au débat des chefs. On comprend rapidement le problème des chaînes de télédiffusion ; inviter les partis marginaux voudrait dire inviter l’ensemble des partis. Autrement dit, il faut fixer une limite.
Pourtant, un parti récoltant une marge significative des votes (disons 5%) ne peut aucunement débattre en assemblée. Ainsi, un mode de scrutin proportionnel permettrait deux choses : la représentation effective du désir d’une partie importante de la population et le renouvellement des débats et des idées à l’intérieur de la politique québécoise. Le corollaire de ces deux effets serait, inévitablement, une hausse de l’intérêt pour l’exercice électoral accompagné, évidemment, d’une hausse du taux de participation aux exercices électoraux ; le tout dans une perspective de légitimation du processus démocratique…
Bref, ce n’est pour rien si les trois grands partis se retrouvent aujourd’hui, dans les sondages, à égalité virtuelle. Le vote stratégique, dans un premier temps, implique un boycott plus ou moins implicite des partis marginaux (puisqu’un vote marginal est un vote « perdu »). Dans un deuxième temps, étant donné l’absence de renouvellement de la classe politique et de leurs idées, le citoyen doit choisir pour celui qu’il considère le « moins pire ». Lorsque les trois partis s’éternisent sur des guerres de chiffres plutôt que de se concentrer sur les enjeux fondamentaux de notre société, il est de plus en plus difficile d’identifier le parti le moins pire : à vacuum égal, proportion de vote égale !
Xavier Dionne
Montréal

12731$ 64%
|
Pour contribuer en ligne
|