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Imaginons un instant l’équivalent d’une commission Bouchard-Taylor non pas sur les accommodements raisonnables, mais sur la langue et ces données de recensement ! Le discours public en serait transformé...
Au lieu de quoi, le PLQ transforme les mauvaises nouvelles en bonnes nouvelles (le français va bien). Le PQ et l’ADQ restent muets ou peut s’en faut. Les journalistes répercutent ces niaiseries et ces silences. Dans tout ça, où est le peuple québécois ? Où est ce peuple dont la langue nationale est une des plus vives préoccupations ? Tout se passe au-dessus de sa tête, on dirait, entre la classe politique et les médias. Politiciens et journalistes se parlent entre eux, à cent lieues des préoccupations de la nation, des inquiétudes nationales vécues. Ces gens-là tabouisent au besoin les préoccupations nationales de la population pour porter aux nues ses intérêts les moins politiques. Aux yeux de cette classe politique et médiatique, le cochon de contribuable n’exerce sa liberté que pour choisir son auge, consommateur hébété, homo oeconomicus courant après l’assouvissement de ses désirs comme le bon d’achat après son cadeau, mais jamais citoyen capable de politique. La politique, c’est pour les autres, c’est-à-dire pour elle, la classe politique et médiatique, pour ne pas dire la caste.
Pour une rare fois, le peuple politique, on l’a entendu aux audiences de la commission Bouchard–Taylor, puis rien. De telles audiences sont rarissimes. C’est l’exception qui confirme la règle. La parole populaire a percé un temps la chape médiatique, puis retour à l’ordinaire de la désinformation nationale. Les politiciens, feignant d’écouter le peuple, écoutent en fait les journalistes ; les journalistes, se prenant pour les représentants du peuple, trouvent normal l’influence que les politiciens leur accordent. Ils s’entendent comme larrons dans la foire du pouvoir. Le tableau d’ensemble qui se dégage est celui d’une société qui se ment à elle-même, effet déréalisant de la domination qui s’exerce sur elle et où les intérêts des autres prennent la place des intérêts propres. On a l’impression d’une société québécoise en panne totale, dont les voiles se gonflent pour les autres et faseyent pour elles. Si la nation réelle avait, comme il se doit, normalement et continûment voix au chapitre, si les informations étaient ses informations, si les médias autrement dit reflétaient sa réalité politique, le tableau serait tout autre. Regardons à l’Assemblée nationale : qui parle là pour la nation ?!...
On doit se crisser de la langue parlée à la maison, pourvu que dans la rue, les commerces, les entreprises, les établissements publics, au travail, on parle français, on nous aborde en français, pas en anglais. La langue publique commune est une variable tout à fait mesurable, sauf qu’au Québec, on prend bien soin de ne pas la mesurer, car c’est là et par là précisément que l’assimilation s’effectue, que le français décline et que l’anglais monte. Et parce qu’il n’est plus publiquement exigé ou nécessaire, le français finira par ne plus être parlé à la maison, comme cela s’est passé dans le reste du Canada. C’est le sort que je ne nous souhaite pas...
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