Au fédéral, la plus récente élection a démontré, si besoin était, que la population– celle du Québec à tout le moins – souhaitait un vent de changement. C’est ainsi qu’elle a choisi massivement pour la représenter à la Chambre des communes le NPD, un parti qui a toujours maintenu une position centralisatrice allant à l’encontre des positions traditionnelles du Québec, et plusieurs de ses députés sans réelle expérience, voire sans connaissance du français ! Remarquez, la connaissance du français pour travailler au Québec ne semble plus être une exigence, même dans nos grandes institutions financières, par exemple à l’emblématique Caisse de dépôt, créée à la faveur de la Révolution tranquille et qui avait pour objet même de nous affranchir de nos rôles de porteur d’eau en matière économique. Malaise. Depuis ces élections fédérales, le gouvernement conservateur majoritaire (avec 39, 6% des voix) a donc le champ libre pour développer sans vergogne son Nation Building : patriotisme à toutes sauces, gestes à saveur monarchique, cérémonies militaires, célébrations historiques sous couvert révisionniste, nominations unilingues dans des postes clés de l’administration publique et judiciaire du pays. What does Quebec want ? Who cares !
Sur la scène provinciale, l’apathie est si généralisée depuis quelques années qu’un Jean Charest, visiblement impopulaire dans les chaumières, en particulier chez les Québécois de langue française, a pu se maintenir au pouvoir sans trop de vision, ni de projets porteurs, et malgré les éclaboussures de deux commissions d’enquête. Le PLQ a su profiter des déboires du PQ, mais aussi de la faiblesse et de la marginalité des autres partis présents à l’Assemblée nationale. C’est alors que François Legault est entré dans le débat, comme alternative possible – façon NPD, mais à droite sur l’échiquier politique – sur la base d’une fameuse troisième voie, tablettant à dessein « l’option » pour au moins dix ans. Comme si statuer sur l’avenir constitutionnel du Québec supposait freiner son développement. Jean Lesage et René Lévesque ont pourtant réussi à concilier leur conviction (fédéraliste ou souverainiste) et la mise en œuvre de réformes progressistes pour le Québec. Pour Legault, cette avenue apparaît impossible, ou plutôt représenterait-elle un frein au côté populiste du programme qu’il défend ?
C’est dans ce contexte, teinté d’opportunisme de la part d’élus et de futurs élus, mais aussi d’une certaine lassitude pour la chose politique que Pauline Marois essaie d’asseoir son leadership à la tête d’un parti, qui tente lui-même, en son sein, de concilier l’empressement des uns et le désintéressement des autres. Et malgré tout ce qui secoue l’actualité par les temps qui courent, crise de la dette souveraine en Europe, mouvement d’occupation à travers les villes, scandales dans le milieu de la construction et tutti quanti, la loupe de l’actualité ne cesse de focaliser encore et encore sur la crise au PQ.
Quoi penser de cette attention certainement non souhaitée par la chef péquiste ? D’abord qu’elle n’est pas prête de s’estomper. Sans être tombée dans l’acharnement systématique, l’armada médiatique québécoise ne peut aujourd’hui se permettre de passer sous silence les moindres soubresauts qui marqueront la traversée de la chef vers les partielles de Bonaventure, les prochaines élections générales, le Conseil national du PQ ou les éventuels États généraux sur la souveraineté. Et nul besoin d’être visionnaire pour prévoir que beaucoup d’eau coulera sous les ponts d’ici là.
En effet, il y aura bien sûr d’autres défections de membres influents du parti. Des députés vire-veste tiendront de nouvelles conférences de presse pour exprimer leur désarroi et leur changement de cap. Il y aura la publication de sondages peu encourageants. Il y aura des échos empreints de distorsion provenant, dira-t-on, de l’entourage d’un chef en réserve de la future république. D’anciens chefs du parti continueront d’exprimer leur opinion sur les diverses tribunes. Les transfuges d’autrefois accentueront leur pression, par l’entremise de leur réseau d’influence, voire de leur nouveau parti politique. Mais plus que tout, il y aura l’amplification de ce murmure persistant de la population qui, à la différence des apparatchiks péquistes qui ont plébiscité leur chef il n’y a pas si longtemps, a depuis le début soufflé ce doute qui s’est aujourd’hui transformé en gangrène.
Au final, la pression deviendra trop grande et l’acharnement trop constant pour que Pauline Marois, pourtant dotée de toutes les qualités nécessaires pour espérer diriger les destinées du Québec, n’ait d’autre choix que de laisser à un autre la gouvernance d’un parti cannibale de ses chefs. Car les loups sont à la fois dans et en dehors de la bergerie, et la bergère de plus en plus contestée.
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