| Vigile.net a besoin de votre appui financier. N’hésitez pas à contribuer à sa production. | |||||
| Financement 2008 |
| Objectif : 20000$ | |||
On a appris cette semaine que l’administration fédérale canadienne avait constitué un dossier secret de 2 520 pages sur l’ex-premier ministre du Québec, René Lévesque, dont beaucoup de pages sont encore censurées.
Se prévalant de l’article 3m) de la Loi fédérale sur la protection des renseignements personnels, L.R. 1985, c. P-21 qui permet la diffusion à des tiers des renseignements personnels détenus par l’administration fédérale sur une personne décédée il y a plus de 20 ans, certains journalistes anglophones ont obtenu une copie du dossier et publié les renseignements les plus "croustillants" et "sensationnalistes", à savoir le comportement sexuel prétendument excessif de M. Lévesque envers les femmes.
La première question qu’il est importe de se poser dans ce dossier est celle de savoir comment cette surveillance policière abusive et illégale de l’ancien premier ministre a pu s’exercer sans que le premier ministre du Canada, M. Pierre Elliott Trudeau et une partie de son cabinet, n’aient été mis au courant. De 2 choses l’une : où l’ordre venait du premier ministre lui-même ou le cabinet Trudeau était d’une incompétence et d’un amateurisme qui dépassent l’entendement. Je penche plutôt vers la première hypothèse en rappelant quelques faits de base.
Le 17 décembre 1969, le premier ministre Trudeau présentait au Comité du cabinet sur la sécurité et le renseignement un mémorandum intitulé : "Current threats to National Order and Unity : Quebec separatism".
Dans ce mémorandum, M. Trudeau demandait que les services de renseignement fédéral, dont le plus connu était le Service de sécurité de la GRC, dont le mandat n’était pas encadré par une loi, mais par un simple décret ministériel, de considérer les "séparatistes" - et non pas les terroristes - comme les communistes, c’est-à-dire d’utiliser à leur endroit des méthodes clandestines de surveillance et de contre-espionnage ("counter action").
Le 19 décembre 1969, le comité du cabinet sur la sécurité et le renseignement, dont faisaient partie, entre autres, Marc Lalonde et John Starnes, cet ex diplomate qui fut le premier civil nommé à compter du 1er janvier 1970 comme directeur du Service de sécurité de la GRC, ordonnait à ce ce service de produire un rapport complet sur "l’état du séparatisme" au Québec afin de constituer une base sur laquelle on pourrait s’appuyer pour élaborer et mettre en oeuvre des "contre-mesures positives" ("positive counter-action").
En 1981, soit 12 ans plus tard, la Commission d’enquête sur certaines activités de la Gendarmerie Royale du Canada (la commission McDonald) révélait au grand jour la commission de nombreux actes illégaux et criminels par les membres du Service de sécurité de la G.R.C., dont le vol des listes de membres du Parti québécois, survenu dans la nuit du 8 au 9 janvier 1973.
Dans son troisième rapport intitulé "Certaines activités de la GRC et la connaissance qu’en avait le gouvernement", la commission McDonald a cherché à savoir si des ministres ou des hauts fonctionnaires étaient au courant d’activités ou de pratiques de la GRC, non autorisées ou prévues par la loi. Cependant, elle a omis, par inadvertance ou délibérément, de se pencher sur le mémorandum du premier ministre Trudeau daté du 17 décembre 1969 et sur le procès-verbal de la réunion du Comité du cabinet sur la sécurité et le renseignement qui a eu lieu le 19 décembre 1969, mais dont le procès-verbal porte la date du 5 janvier 1970.
Dans son témoignage devant la commission McDonald, John Starnes a pointé du doigt le premier ministre Trudeau et certains membres de son cabinet en alléguant que les ordres avaient été donnés lors de la réunion du 19 décembre 1969, mais, malgré cela, le cabinet fédéral ne fut pas blâmé ni inquiété pour la commission des actes criminels et seul le "menu fretin" fut désigné du doigt.
D’autre part, il est quasi impossible d’imaginer que le premier ministre du Québec, René Lévesque, ait été "ciblé" par le SS de la GRC sans une approbation ministérielle préalable. Même si le mandat du SS de la GRC n’était pas défini par une loi, comme l’est aujourd’hui le Service canadien du renseignement de sécurité, il n’en demeure pas moins que le mandat était suffisamment précis pour viser exclusivement ceux et celles qui se livraient à des activités clandestines ou subversives et excluaient volontairement - il va de soi - ceux et celles qui, comme le premier ministre Lévesque, s’adonnaient à des activités politiques parfaitement légales et démocratiques dans le respect absolu de la constitution canadienne.
Comment une telle dérive a-t-elle pu être possible ? Comment l’administration fédérale a-t-elle pu commettre un acte aussi ignoble, mesquin, abusif et méprisable à l’endroit d’un premier ministre du Québec et par surcroît d’un homme aussi intègre que René Lévesque qui n’a jamais hésité une seule seconde à condamner fermement toute forme de violence politique et qui a toujours agi dans le respect des règles démocratiques ?
Le Parti québécois s’est fait cambrioler et voler ses listes de membres en 1973 sans que personne ne proteste et voilà qu’on apprend maintenant que son père fondateur était l’objet lui aussi d’une surveillance personnelle, privée et intime allant jusqu’à s’intéresser à sa vie sexuelle. Si l’administration fédérale s’est comportée de la sorte envers M. Lévesque, il est raisonnable de penser qu’elle l’a fait aussi à l’endroit de d’autres politiciens souverainistes, vivants ou décédés et la liste pourrait être longue. Tous les militants souverainistes devraient avoir le courage de demander aux Archives nationales du Canada une copie des renseignements personnels les concernant détenus par l’administration fédérale et ceux des personnages politiques décédés depuis plus de 20 ans. Il suffit d’en faire la demande au responsable de l’accès à l’information et à la protection des renseignements personnels aux Archives Nationales du Canada, car tous les dossiers du SS de la GRC ont été transférés à cet endroit après la création du Service canadien du renseignement de sécurité en 1983.
Enfin, ce qu’il y a de plus incompréhensible dans ce dossier, c’est que personne ne réagit et personne n’exige des excuses de la part du gouvernement du Canada. Ni les dirigeants du Parti québécois, ni ceux du Bloc, ni ceux du Conseil de la souveraineté ou des groupes ou organisations souverainistes ou encore tout simplement des démocrates de bonne foi n’ont fait entendre leur voix pour protester et exiger des excuses. Je ne comprends pas non plus que la famille et les amis de M. Lévesque laissent ainsi souiller sa mémoire sans rien dire. Cela dépasse l’entendement.
Nous sommes rendus bien bas dans la lâcheté et nous n’avons pas une très haute opinion de la démocratie pour passer sous silence un telle ignominie.
Pierre Cloutier
L’auteur est avocat. Il s’’intéresse depuis fort longtemps aux questions de sécurité et de renseignement, particulièrement au Québec et au Canada et il est auteur d’un mémoire de maîtrise en droit public sur ce dossier.
M. Poulin,
Lisez bien ce que je vais écrire et diffusez-le partout. Je me suis intéressé au dossier du renseignement comme militant indépendantiste et péquiste depuis les années 70-80. En 1982, j’ai fait mon mémoire de maîtrise en droit sur le sujet intitulé « Droit et sécurité de l’État au Québec et au Canada". Pour ce faire, j’ai lu, entre autres, le rapport de la commission McDonald d’un couvert à l’autre plusieurs fois. J’ai créé un petit centre de renseignement sur la sécurité et le renseignement tout en militant au Parti québécois. En 1981, après le référendum, j’ai demandé, comme conseiller au programme au PQ Montréal, à Michel Carpentier, alors chef de cabinet adjoint de René Lévesque "s’ils" avaient un dossier ouvert sur le sujet. Il m’a rit en pleine face en me disant "Peut-être" . J’ai essayé en vain à plusieurs reprises de mettre sur pied un comité de travail sur la question au PQ, mais j’ai toujours été boycotté. En 1994, lors du retour de Parizeau, j’ai essayé de nouveau de relancer le dossier. Avec l’accord de Bernard Landry, j’ai fait venir à Québec, Robert Steele, le spécialiste américain du renseignement ouvert (Open source intelligence) pour éviter les pièges des services secrets. Le sous-ministre Robert Normand, envoyé par Parizeau m’a ri en pleine face. Par la suite, j’ai essayé de mettre sur pied un comité de travail sur le sujet au sein du Parti. Avec l’accord du chef de cabinet de Parizeau, Jean Royer, j’ai invité certains membres éminents du parti à y participer dont le constitutionnaliste Henri Brun, l’ancien ministre de la Justice Marc-André Bédard et, Serge Ménard, qui venait d’arriver au parti. J’ai envoyé des invitations, mais Jean Royer a pris peur et tout arrêté. J’ai essayé par la suite de greffer le comité au comité sur la justice présidé par Serge Ménard, mais ce dernier a refusé et m’a invité à "aller réfléchir en dehors du parti". J’ai remis un dossier complet à Francine Lalonde pour qu’elle le remette à M. Parizeau, mais elle n’a rien fait avec. En 2000 et en 2004, j’ai essayé de mettre sur pied un comité conseil et de veille en matière de technologies de l’information et de la communication pour reprendre le dossier indirectement sous l’angle du renseignement ouvert. J’ai été boycotté 2 fois par la permanence nationale, la première fois parce "qu’ils n’étaient pas prêts" et la deuxième fois parce qu’ils ont transféré le mandat du comité au comité électoral pour des fins strictement électoralistes.
Pourtant, je ne me considère pas comme un imbécile et un farfelu. Je suis avocat depuis 36 ans, j’ai une maîtrise en droit public, je connais le dossier du renseignement assez bien, j’ai été formé à Washington avec Robert Steele (http://www.oss.net) et je suis membre du Parti québécois depuis 1970.
Je vous dit en toute sincérité pour l’avoir vécu de l’intérieur que les décideurs du Parti québécois se sont comportés comme des idiots et des imbéciles complets dans ce dossier.
Pendant qu’ils tergiversaient, Claude Morin, renseignait le Service de sécurité de la GRC tout en dirigeant la diplomatie québécoise, le PQ se faisait voler ses listes de membres et on surveillait René Lévesque et probablement d’autres dirigeants dans leur vie privée.
Et encore aujourd’hui, lorsqu’on apprend que René Lévesque, le fondateur du Parti, se faisait espionner dans sa vie privée, personne ne proteste, personne ne dit rien, personne n’exige des excuses.
C’est vraiment INIMAGINABLE.
Après cela, on se demandera pourquoi tant de militants sincères et dévoués ont quitté ce parti pour militer ailleurs.
Tout ce qui arrive au PQ, "ils" (les dirigeants) l’ont pleinement voulu et mérité.
Tout cela m’écoeure profondément et me laisse un goût amer et nauséabond dans la bouche.
Pierre Cloutier
Monsieur Cloutier,
Quel plaisir de vous lire à nouveau ! Toujours aussi percutant ! Vous avez raison de dénoncer la mollesse des élites péquistes en cette matière. Vous avez une parole dont nous avons besoin.
Tenez bon !
Monsieur Cloutier,
C’est bien ce que je compte faire, même si je sais que je ferai rire de moi plus souvent qu’autrement, mais ce sera hors du parti, parce que je n’y milite plus depuis longtemps. Je préfère convaincre les gens, lorsque c’est possible, un à un. Merci de votre article et de vos précisions éclairantes.
Ça doit être moi qui est trop naïf,
Le gouvernement fédéral me surprendra toujours par son audace. Ça me surprendra également qu’on le sous-estime autant. Le pire, aujourd’hui, c’est que tout se fait dans l’anonymat. Gagez que tous les mouvements indépendantistes sont sous haute surveillance avec Échellon.
Ce qui me donne mal au coeur, c’est de savoir que je paie des impôts pour cette cochonnerie !!! Je contribue à alliéner ma nation en payant des impôts à ces bouffons. J’ai envie de terminer chacun de mes courriels par "Bomb, Harper, Sussex, Plutonium, soccer ball, C4, Bin-Laden, Al-Quaida, Ottawa, Gentilly".
On pourrait appeller ça le paradoxe de la cage dorée. Tout est si fin aujourd’hui qu’on en parle pas.
Devons-nous être naïfs au point de croire qu’ils ont cessé cette pratique ?
Personellement, j’en doute.
Monsieur Cloutier,
Vous pourrez certainement répondre à mes questions : n’y avait-il pas le sentiment que la machine était à pied d’oeuvre partout, qu’elle était immense, et impossible à contrer ?
Si la perception de ce phénomène était tel à l’époque, que dire de sa présence et de son efficacité aujourd’hui, alors que l’obsession sécuritaire fait en sorte d’augmenter les ressources ?
Autre question : qu’auriez-vous aimé cerner exactement, et quelles étaient les actions envisagées pour contrer le problème ?
1 - Quand on ne connait pas quelque chose, on a peur. La meilleure façon d’exorciser sa peur est justement la connaissance et le savoir. L’ignorance est la peur ont toujours été les 2 mamelles de toute forme de dictature, y compris la dictature douce.
2 - Mon objectif au PQ et au Bloc était précisément d’occulter cette peur en ayant une connaissance approfondie de l’appareil de renseignement du gouvernement fédéral et en posant une série de gestes pour les faire sortir de la clandestinité et de l’anonymat.
3 - D’autre part, je trouvais qu’un gouvernement du Parti québécois devait mettre sur pied une structure de renseignement, comme tous les États le font, non pas pour surveiller les citoyens, mais pour surveiller ceux qui nous surveillaient, c’est-à-dire les sbires au service du gouvernement fédéral.
4 - Dans les années 1990, j’ai concentré mes recherches sur le renseignement ouvert (Open Source Intelligence) précisément pour éviter les écueuils du renseignement secret. J’ai travaillé très fort pour sensibiliser le Parti québécois afin qu’on mette en place un centre de renseignement ouvert fonctionnant 24 heures par jour et 7 jours par semaine au bureau du premier ministre. Renseignement économique, politique, stratégique etc. le tout basé sur l’Internet et les sources ouvertes dans le plus de langues possibles. Mais, les décideurs n’ont pas vraiment compris. Aujourd’hui l’Internet leur saute en pleine face.
5 - La véritable social-démocratie de l’avenir est précisément celle de la redistribution du savoir et de la connaissance.
6 - Si vous voulez avoir une idée de quoi je parle, allez sur le site de mon ami Robert Steele (Open Sources Solutions) et fais le tour du site à http://www.oss.net et http://www.oss,net/EIN.
Pierre Cloutier

8196$ 41%
|
Pour contribuer en ligne
|