Il y a peu, suite à l’intervention d’un participant à la commission Bouchard-Taylor lors de ses rencontres montréalaises, M. Bouchard a qualifié le code de vie Hérouxvillois de dérive xénophobe et d’épiphénomène non significatif dans le débat actuel. Or, si je me souviens bien de ce que mes professeurs de philosophie m’ont enseigné à une certaine époque de ma vie, il s’agirait, dans le cas cité plu haut, d’un phénomène secondaire sans importance ou périphérique, et qui n’a pas d’incidence sur le phénomène débattu, à savoir les accommodements raisonnables.
Voilà qui ne peut que nous surprendre, attendu que ladite « Commission sur les accommodements raisonnables » a vu le jour suite à la publication du « Code de vie de la municipalité d’Hérouxville » et que messieurs Bouchard et Taylor se sont vus mis à sa tête afin de prendre le pouls de la population québécoise sur cette question. Ou bien monsieur Bouchard n’a pas compris ce qu’il faisait à la coprésidence de la commission qui porte son nom, ou bien il outrepasse son mandat en intervenant pour orienter le débat dans une direction qui va dans le sens de ses propres idées sur le sujet, ou bien il est tout simplement incompétent.
À de trop nombreuses reprises a-t-on vu ce dernier couper la parole à des individus dont il considérait les propos de racistes ou de xénophobes quand il ne les a pas tout simplement chassés du micro, ou encore, a-t-il laissé la parole à des immigrants dont les propos acerbes et acrimonieux ne méritaient pas davantage sa « tolérance ».
Point n’est besoin d’être très perspicace pour subodorer la tendance au mépris de monsieur Bouchard à l’endroit des Drouin et Thompson et de leurs idées. Il n’est que de se rappeler avec quelle mauvaise foi il a tenté, lors de leur participation à la commission au cours de son passage à Trois-Rivières, de leur faire parler de lapidation et de sacrifice de femmes par le feu au Québec ou au Canada. C’est avec une insistance gênante pour le public et les auditeurs télé dont j’étais qu’il a tenté de noyer le débat en s’égarant sur des questions complètement en dehors du sujet et qui n’apportaient rien de constructif. Son acolyte non plus n’a pas fait preuve de grande clairvoyance en insistant sur un éventuel patient hospitalisé qui n’aurait pas voulu manger de porc ! Est-ce là tout ce dont ces deux supposés « super intellectuels » sont capables ?
Franchement, je suis déçu, voire scandalisé, et à bon droit, considérant ce que nous coûtera cette commission qui devait se dérouler dans la plus complète objectivité et dont on s’attendait à ce que les débats soient orientés sur l’écoute, le dialogue et le respect des différences. Je suis d’accord pour que tout un chacun puisse venir dire ce qu’il pense et exprime « sa » vérité. Je ne suis cependant pas obligé d’être d’accord à chaque fois avec ce qui est énoncé. Une commission publique laisse la parole au public, c’est-à-dire au peuple. « Vox populi, vox Dei ». Demandez aux politiciens, ils vous répondront qu’on n’y échappe pas. Dans les pays démocratiques à tout le moins. C’est en tout cas ce qui devrait orienter la pensée d’un sociologue et d’un philosophe. Ce n’est pas à ça que j’ai assisté à de trop nombreuses reprises. Je m’attendais à ce que cette consultation populaire soit l’occasion d’un dialogue orienté sur l’écoute véritable, la compréhension et le respect.
Or, elle a été l’occasion de trop nombreuses dérives idéologiques, de débats stériles, de jugements erronés et d’agenda nébuleux de la part des deux commissaires. Ils ont perdu ma confiance et je ne crois pas qu’il en sortira quoi que ce soit de très utile, sinon le constat de l’échec de nos élites à se montrer à la hauteur de leur mission d’éducation, de leur manque de reconnaissance envers la nation qui leur a donné une identité qu’ils refusent de partager avec la masse laborieuse que constitue le peuple et d’où émerge infailliblement identité, fierté nationale et culturelle, courage devant l’adversité et désir d’appartenance.
Claude G. Thompson
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