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Le choix québécois
une forte majorité de Québécois (68%, dont la moitié des électeurs péquistes) suggère à Mme Marois d’"abandonner son idée de faire du Québec un pays souverain" pour adopter plutôt une position autonomiste traditionnelle
André Pratte
Éditorial - La Presse
mercredi 27 juin 2007


La nouvelle chef du Parti québécois, Pauline Marois, ne trouvera pas beaucoup de bonnes nouvelles dans les sondages publiés au cours des derniers jours. Selon l’enquête CROP dont La Presse dévoile ce matin les résultats, l’appui à la souveraineté est revenu à ses niveaux d’avant 1980 : si un référendum avait lieu ce mois-ci, à peine 32% des Québécois voteraient OUI.

Un autre sondage, publié samedi par La Presse, révèle que malgré les péripéties politiques des dernières années, les Québécois restent fiers d’être Canadiens. La fierté d’être Québécois l’emporte, évidemment. Ainsi, les Québécois fêtent-ils bien davantage le 24 juin que le 1er juillet. Mais l’attachement au Canada demeure, même chez les jeunes : 84% des Québécois de 18 à 24 ans se disent « très » ou « assez » fiers d’être Canadiens.

Voilà qui est de prime abord étonnant. Ces jeunes-là n’ont pas connu les moments les plus glorieux de l’histoire canadienne. Ils n’ont pas entendu les défenseurs les plus séduisants du projet fédéral (Trudeau, Lesage, Bourassa). Que savent-ils du fédéralisme, à part le scandale des commandites ? Cependant, ils n’ont pas connu non plus les humiliations qu’ont subies leurs grands-parents. Surtout, ils s’intéressent davantage aux changements climatiques qu’aux changements constitutionnels.

Les Québécois apprécient donc toujours leur identité canadienne, certes plus diffuse, moins émotive que la québécoise mais tout de même tenace. Par delà les aléas de la conjoncture, les Québécois n’ont pas dérogé à leur choix fondamental, celui qu’ils ont fait en 1867 : s’associer aux Canadiens anglais pour être plus forts face au monde tout en défendant avec acharnement leur autonomie et leur culture. Jamais, depuis ce temps, les Québécois n’ont exprimé une volonté claire et ferme de rompre les liens avec le reste du Canada. Ils ont parfois affirmé leur colère - après l’échec de Meech, lors du scandale des commandites. Ils ont aussi espéré négocier une nouvelle entente avec les autres provinces - c’est le sens de l’"effet Bouchard" de la campagne référendaire de 1995.

Mais lorsque l’attitude du Canada anglais ne les provoque pas, lorsque l’ouverture du fédéral rend moins nécessaire une réforme de la fédération, le soutien à l’indépendance ou à l’un de ses dérivés glisse. C’est là que nous en sommes aujourd’hui, de sorte qu’une forte majorité de Québécois (68%, dont la moitié des électeurs péquistes) suggère à Mme Marois d’"abandonner son idée de faire du Québec un pays souverain" pour adopter plutôt une position autonomiste traditionnelle.

Au moment où les urgences débordent, où des régions périclitent, où les routes et édifices publics se désagrègent, où les écoles pataugent dans une réforme dont personne ne veut et où les accommodements déraisonnables suscitent colère et inquiétude - toutes questions relevant du gouvernement provincial... -, les Québécois ont tout simplement d’autres priorités que d’avoir un ambassadeur à l’ONU.

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