A propos d’André Lavallée qui, grâce aux bons soins de La Presse, se trouve à être “rattrapé par son passé”, on pourrait faire remarquer qu’il existe telle chose qui s’appelle la réhabilitation après avoir payé une amende de 25$ pour un vol simple accompli sous les yeux de la police qui dans la personne du lieutenant Julien Giguère, avait été informé de la planification de l’opération par Carole “Poupette” Devault, une informatrice de la police de Montréal qui avait infiltré le FLQ.
Je m’étonne de cette amende d’opérette. Par comparaison, j’ai été arrêté lors de la manifestation du 24 juin 1968, sous le nez de Pierre-Elliott Trudeau qui jouissait du spectacle, mis en cellule avec Pierre Bourgault au Quartier général de la police, pendant 12 heures et accusé d’avoir participé à une émeute. Par un de ces miracles du droit, j’étais présent là où a eu lieu l’émeute, devant la bibliothèque municipale de Montréal en face du parc Lafontaine, je me suis reconnu coupable d’avoir troublé la paix pendant l’émeute et là où a eu lieu l’émeute mais je n’ai pas participé à l’émeute et j’ai dû payer une amende de 50 $ pour ne pas avoir de procès ni de dossier. J’ai suivi les conseils de mon avocat Serge Ménard aujourd’hui député du Bloc Québécois. C’était en 1968. Pour un vol simple, André Lavallée a eu une amende de 25$. C’est un peu surprenant. Il a volé 31.90 $, des recettes d’un bingo tenu au sous-sol de ma paroisse de Sainte-Catherine-d’Alexandrie : le curé ayant été prévenu par la police du vol qui s’organisait ne laissa dans la caisse que cette somme ridicule.
Au sujet des moralisateurs qui veulent faire la leçon à André Lavallée et qui ont même affirmé ne plus vouloir voter pour lui, je citerais Montaigne.
Il n’est si homme de bien, qu’il mette à l’examen des lois toutes ses actions et pensées, qui ne soit pendable dix fois en sa vie, voire tel qu’il serait très grand dommage et très injuste de punir et de perdre. (Essais, III, 9)
Je ne parlerai pas de l’épisode de la lecture du Manifeste du FLQ de 1970 lors du Moulin à paroles par Luck Mervil, écrit par le 11è réseau du FLQ tel qu’identifié par Marc Laurendeau dans son livre : “Les Québécois violents” (Boréal express 1974). Je me demande toutefois comment il se fait que des journalistes en ont été informés alors que la liste des textes qui devaient être lus n’était pas disponible. Cette liste était tellement secrète que même une chroniqueuse chevronnée comme Lysiane Gagnon s’est faite prendre les culottes à terre dans son texte “le Moulin à vent”, publié avant l’événement, en reprochant aux organisateurs du Moulin à Paroles d’exclure Pierre-Elliott Trudeau qui, selon elle, est un grand penseur politique. Or, un texte de Trudeau a été lu sur ce qu’il appelait une politique fonctionnelle où il termine en demandant à tout le monde d’être intelligent, c’est-à-dire de penser comme lui.
Est-ce que quelqu’un (peut-être Jacques Noël ou Luc Archambault) pourrait m’expliquer comment il se fait qu’il a été su que la lecture du Manifeste du FLQ serait faite par Luc Mervill ? Comment ça s’est passé ? Qui est responsable de l’indiscrétion qui a donné au gouvernement Charest le prétexte pour ne pas participer à ce qu’on doit qualifier d’événement historique.
A cause de cette indiscrétion (j’emploie volontairement un mot doux), le FLQ et son manifeste a pris une importance démesurée et non justifiée par rapport à la place réelle qu’il occupe dans l’histoire du Québec telle qu’illustrée magnifiquement par le Moulin à paroles. J’y reviendrai.
Pour le moment, cette attention injustifiée donnée au FLQ a préparé la table pour l’hypocrite dénonciation de La Presse de la participation du numéro 3 de l’administration de Gérald Tremblay à une cellule du FLQ infiltrée par Poupette. L’image du FLQ qui est donnée à travers cet épisode du vol de la caisse d’un bingo tenu à Sainte-Catherine-d’Alexandrie est ridicule et teintée d’une forte dose d’amateurisme. L’objectif de La Presse est double : ridiculiser le FLQ et continuer de parler du FLQ. Ça peut toujours faire peur au monde, on ne sait jamais.
C’est comme André Pratte qui s’est servi du prétexte de la lecture du Manifeste du FLQ pour publier la lettre du FLQ à la mort de Pierre Laporte et la photo du coffre arrière de l’auto. Ce geste d’André Pratte est ignoble et se situe dans la logique de cette malhonnêteté intellectuelle qui l’a porté à déformer le sens de la simple lecture d’un texte en en faisant une célébration du FLQ dans son blogue : “Célébrer le FLQ : une honte. André Pratte ne savait pas que Jean Barbe lirait la lettre que Pierre Laporte a écrite à Robert Bourassa lui demandant de lui sauver la vie. Cette lecture (c’est une idée géniale) montre bien l’honnêteté intellectuelle et l’intégrité des organisateurs et des participants aux Moulins à paroles, qualités qui dépassent l’entendement de Jean Charest, de Sam Hamad, de Josée Verner, de Régis Labaume, de Lysiane Gagnon et d’André Pratte.
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Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, 19 septembre 2009

