Le bilan attendu

Le Devoir
lundi 30 juin 2008

Au Québec, tout ne va donc pas si bien en matière de francisation, Madame la marquise ! Un avis du Conseil supérieur de la langue française (CSLF) confirme que les craintes exprimées au cours des derniers mois n’avaient pas lieu d’être balayées sous le tapis, comme certains ont tenté de le faire. Au gouvernement d’ajuster ses intentions avec ce portrait critique : plus de moyens et d’audace !

Dans son avis, publié la semaine dernière, le CSLF a osé des mots que d’autres avant lui ont refusé d’émettre : pour protéger le français des dangers qui le guettent, oui, « il est crucial d’agir de façon urgente ».

Ciblant l’école et l’entreprise, le CSLF invite le gouvernement à ne lésiner, en matière de francisation, ni sur les efforts, ni sur les moyens, et ce, afin d’améliorer l’intégration des immigrants et la langue de travail.

Après des mois de tumulte autour de la question linguistique, il s’agit du bilan critique idéal pour concocter un plan réparateur. Seul problème : il tombe au moment où le gouvernement Charest a déjà agi, sans attendre de son organisme consultatif ce son de cloche pourtant essentiel.

La même semaine de mars, la ministre de l’Immigration, Yolande James, et la ministre de la Culture et des Communications, Christine St-Pierre, ont fait connaître coup sur coup un plan de francisation des immigrants et des mesures pour soutenir l’usage du français dans les entreprise. Alouette !

On le voit maintenant : ces politiques avancent des idées intéressantes, mais elles n’ont ni l’audace ni la grandeur voulue pour redresser le gouvernail linguistique. C’est sans doute parce que le diagnostic qui les précédait n’était pas suffisamment clair. Le premier ministre, son équipe linguistique et même l’Office québécois de la langue française ont réagi aux menaces planant sur le français en haussant les épaules.

L’avis du CSLF a beau pointer quelques effets positifs associés aux efforts des dernières années, il insiste surtout, et c’est son rôle, sur l’étendue des zones névralgiques. Elles sont nombreuses : moins de la moitié des allophones utilisent le français au travail, la francisation des immigrants croupit à moins de 20 % depuis trente ans, le tiers d’entre eux restent imperméables à toute tentative de francisation, les actions gouvernementales sont dépourvues de cohérence et les efforts financiers demeurent insuffisants.

Il faudra de l’audace pour appliquer le remède proposé par le CSLF. Il a raison de proposer le coup de balai qui s’impose afin que, de l’extérieur, les services de francisation ne s’apparentent plus à un capharnaüm. Le CSLF propose de remettre uniquement à l’école cette responsabilité et qu’elle conjugue cours de français et d’initiation à la vie québécoise.

L’idée rappelle les défunts Carrefours d’orientation et de formation des immigrants (COFI), qui sont passés à la trappe à la fin des années 1990 et qui connurent malgré tout certains succès. Transférés à l’école, ces « guichets uniques » présenteraient le net avantage de faire du français un outil d’intégration sociale.

Le CSLF insiste aussi, et avec raison, sur l’importance d’allier théorie et pratique en matière de francisation sur le lieu de travail. Il faut « agir d’urgence » dans ce secteur où la loi 101 n’est pas appliquée comme elle le devrait pourtant.

L’avenir démographique du Québec passe par l’accueil massif d’immigrants. Cette vision doit s’articuler autour d’un service d’intégration et de francisation suffisamment solide pour que la société d’accueil ne souffre d’aucun effritement. Suivant l’avis de son principal conseiller en matière de langue, le gouvernement doit donner à son plan d’action des moyens et de plus généreuses ambitions.

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machouinard@ledevoir.com

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