J’espère, moi aussi monsieur Perry, que Pauline Marois ne s’asseoira pas sur l’électoralisme et prendra résolument tous les moyens pour refaire du Parti Québécois le fer de lance du mouvement indépendantiste québécois, mais j’en doute fortement. D’une part, Mme Marois ne peut être dissociée des actions discutables que le dernier gouvernement péquiste a posées, ce qui la rend vulnérable à des critiques légitimes. D’autre part, ses déclarations indiquent clairement qu’elle envisage davantage bâtir les "conditions gagnantes" pour paver le retour du PQ au pouvoir dans un autre "bon gouvernement" provincial que celles permettant la réalisation de notre indépendance. Et justement, je me méfie du courant de sympathie qu’elle semble susciter depuis l’annonce de son intérêt à combler le poste laissé vacant par André Boisclair. Les médias, ironiquement, la sacrent grande favorite et laissent même entendre son couronnement avec la bénédiction du parti, tout comme ils nous avaient "imposé" Boisclair dès le départ-surprise de Bernard Landry en juin 2005.
D’ailleurs, en quoi ses deux (ou même trois) défaites précédentes à la course à la direction lui donnent plus d’autorité morale qu’André Boisclair pour réécrire le programme du parti ? Si les membres le refusaient à Boisclair, pourquoi l’accepteraient-ils plus de Pauline Marois ? De plus, puisque le PQ, aujourd’hui, ne joue plus seulement que ses chances de reprendre le pouvoir, mais également sa crédibilité-même en tant que choix rationnel pour les électeurs ainsi que celle de la cause qu’il prétend défendre, selon moi la situation commande que les membres soient d’abord saisis du devoir de repositionner le parti avant, non seulement de régler la question du leadership, mais également d’envisager toute considération électorale.
Selon moi, la stratégie "Sortir, écouter et agir" est on ne peut plus claire sur ses intentions. Bien sûr, c’est la meilleure avenue à prendre si l’on veut répéter l’erreur du bon gouvernement provincial, les électeurs étant désabusés du blocage sur la question nationale depuis douze ans. Selon moi, dans une perspective proprement indépendantiste, il s’agit d’un nivellement par le bas. Si un enseignant veut ramener ses élèves en difficulté vers la moyenne et ses élèves moyens vers l’excellence, il se doit de les inspirer, de les convaincre de l’utilité de sa matière et leur communiquer son amour de celle-ci. S’il ne fait qu’écouter leurs récriminations et se laisse prendre par leur démotivation, il va finir par s’aliéner le reste du groupe qui préférera changer de classe.
Personnellement, je ne vois pas l’utilité de chercher à convaincre l’électorat que nous savons mieux gérer la province que les adéquistes ou les libéraux. Ce serait à nouveau tomber dans le piège du fédéralisme. S’il est trop tard pour s’amender à cause des erreurs passées trop collées au PQ qui l’auraient finalement discrédité à jamais aux yeux des électeurs, je crois que nous devrions repartir à neuf avec un nouveau parti voué à la réalisation de l’indépendance du Québec, qui ne se laissera pas corrompre par la fausse sécurité du pouvoir provincial.
À M. Gilles Bousquet, je regrette de vous décevoir. Comme je l’ai écrit hier dans le blogue de Pierre Cloutier, j’ai eu la chance de poser directement la question à Louis Bernard lundi dernier (14 mai) lors du souper-bénéfice de Francine Lalonde à Pointe-aux-Trembles auquel étaient également invités Gilles Duceppe et Pauline Marois. Je ne savais pas qu’il avait plus tôt déjà annoncé avoir décliné de briguer à nouveau la direction du PQ, mais il m’a clairement fait sentir que le courant qu’il cherchait à faire prendre au parti restait marginal en termes d’appuis des membres et qu’il faisait confiance à Pauline Marois. Si nous voulons éviter un couronnement sans débat d’idées, il faudra trouver rapidement un(e) porte-parole convaincant(e) et crédible, autrement il faudra envisager la création d’un nouveau parti politique.
Votre conclusion "Sont donc durs et longs à convaincre à voter OUI à un référendum sur la souveraineté ces Québécois-là !" traduit on ne peut mieux l’échec du parti dans sa mission fondamentale. L’entêtement dans la stratégie étapiste a fini par faire confondre l’objectif (souveraineté) avec le moyen (référendum), de sorte qu’il a suffi à Stéphane Dion de bloquer systématiquement le processus référendaire pour convaincre les gens de l’utopie de réaliser démocratiquement l’indépendance du Québec. En fait, vous et moi devons nous rendre à l’évidence que les électeurs ne sont pas des idiots, ils sont parfaitement capables de déceler lorsque les politiciens croient que les gens sont incapables de distinguer les vrais engagements des voeux pieux.
À monsieur Jean-Louis Pérez, vous avez totalement raison. Le PQ et le BQ sont complémentaires, mais le pouvoir réel du second est subordonné à la force du premier. Un PQ "nationaliste" rend le futur du BQ incertain, car les gens vont finir par être exaspérés d’être exclus du gouvernement fédéral (même si nous savons très bien que la présence de ministres québécois à Ottawa ne sert qu’à avantager une minorité de privilégiés proches du parti au pouvoir) et d’être perçus comme des "chiâleux" par les Canadiens. Ce n’est pas au Bloc Québécois que revient le rôle principal de faire la promotion de l’indépendance, puisqu’il n’a pas la capacité ni la légitimité de la réaliser et parce qu’il doit partager cette mission avec la protection des intérêts du Québec tant qu’il demeure une province canadienne. Le bon sens veut que le rôle du PQ et du BQ soit TEMPORAIRE, le premier parce qu’il devrait constituer un GOUVERNEMENT TRANSITOIRE pendant la période où s’effectuerait le transfert réel des pouvoirs d’Ottawa à Québec, le second pour voir à la transition rapide, ordonnée et effective des pouvoirs tout en s’assurant que les intérêts québécois soient bien défendus dans l’intervalle. Éventuellement, le PQ sera appelé à disparaître, sa mission fondamentale réalisée, ou à se repositionner, à l’instar des autres partis, face aux nouveaux enjeux du contexte de pays. N’étant plus une province canadienne, le Québec n’aurait plus besoin du BQ comme il n’aura plus à élire de représentants des autres partis fédéraux.
Enfin, à MM. Zach Gebello et Nicolas Rodrigue, que les Québécois soient le fruit du métissage avec les autochtones ou les descendants directs des colons français de l’époque de la Nouvelle-France, je considère que la question autochtone transcende la question nationale québécoise ou canadienne. Évidemment, ce n’est que par mauvaise foi que les fédéralistes agitent le spectre des revendications territoriales des Premières Nations pour faire craindre la partition du Québec au lendemain de la souveraineté. Le Canada anglais est tout aussi intrus sur les terres autochtones que les Québécois et c’est la même chose pour les États-Unis, le Mexique et les pays d’Amérique Latine.
De la même manière que nous devrons le faire pour sortir du Canada, un compromis devra être réalisé pour permettre aux Premières Nations d’assumer librement leur destinée, avec un territoire et un certain dédommagement raisonnables et suffisants pour assurer leur pérennité sans brimer gravement le développement de leurs "occupants". Il leur appartiendra, par la suite, de décider si elles veulent se fédérer au nouvel État québécois.
La nature ethnique de notre nationalisme, comme celui de tout nationalisme normal, n’empêche pas toute autre ethnie d’y adhérer ou d’habiter notre pays. L’Allemagne est allemande, mais ça ne l’empêche pas d’avoir une minorité kurde, qui se doit d’endosser les valeurs et les lois déterminées par la majorité si elle veut se voir reconnaître les mêmes droits que les autres citoyens. Le Québec et les Premières Nations pourront légitimement appliquer ce principe une fois souverains.