Les scribes à la solde des grands médias me font bien rire. En 2008, ils étaient tous heureux d’assister à l’élection de Barack Obama, l’Amérique allait changer, pendant ce temps ils appuyaient la réélection de Jean Charest.
J’ai éprouvé un certain malaise en suivant l’élection de Barack Obama à la télévision hier soir. Mon malaise était encore plus tangible ce matin en ouvrant la radio et en feuilletant les pages des journaux, apprenant que les bonzes de l’information de Radio-Canada et de Gesca étaient tous derrière Obama. J’ai trouvé cela injuste. Les Américains des États-Unis auraient le droit, même le devoir, de changer leur histoire, mais pas les Américains du Québec, pas les Québécois, pas nous ! Nous devrions nous contenter de regarder nos voisins du sud plébisciter à 52% un noir à la Maison Blanche, mais pas nous ! Nous devrions nous contenter de Jean Charest et de ses demi-vérités. Nous serions incapables de tout geste risqué pour changer l’ordre des choses. Trop dangereux ! Nous aussi pouvons changer l’Histoire ! Le 5 novembre 2008.
L’année dernière, ils fêtaient tous le printemps arabe. Ils étaient du côté de la foule, contre les forces de l’ordre.
Alors même que nos propres enfants envahissent la rue pour dénoncer les iniquités d’un système qui enrichit les riches et appauvrit la majorité des ménages québécois, la presse est presque unanime à dire que le combat des étudiants n’est pas légitime.
Elle soutient le gouvernement. Les étudiants devront payer leur juste part.
Voilà pourquoi il y aura toujours un chroniqueur pour venir dire que le Canada n’est pas un goulag, que Harper n’est pas Hitler, que le Québec n’est pas une république de bananes. Et que, finalement, si, quand on se regarde, on se désole ; aussitôt qu’on se compare, on se console. Une banalisation a contrario des revendications de la population du Québec.
Tout n’irait pas si mal en cette vieille colonie de la perfide Albion.
Pourtant, tous les signes sont là et la présence de notre jeunesse québécoise dans les rues de Montréal devrait allumer les lumières de l’élite de nos blogueurs et chroniqueurs.
Quand des jeunes pleurent pour la démocratie, je me dis que tout n’est pas perdu, que tous ces jeunes qui étaient dans la rue hier étaient là pour les bonnes raisons, que d’autres jeunes les rejoindront bientôt, des vieux aussi, comme moi et d’autres qui étaient là hier. Je sais maintenant que plusieurs leaders sortiront de ces rangs, comme ils sont sortis de ceux du samedi de la matraque en 1964 et de la manifestation de la St-Jean en 1968. Entre chaque élection, le seul endroit où le peuple peut légitimement défendre la démocratie et la liberté, c’est dans la rue, sur la place publique. Les larmes de la démocratie Le 11 novembre 2009.
Mais non, ils ne voient rien venir, ou, plutôt, ils souhaitent que rien n’advienne. Voilà pourquoi les éditoriaux, les chroniques et les blogues de nos grands médias sont ceux de limaces au service de la société bien pensante.
Quand je vois tous ces étudiants dans la rue demander plus d’équité, je ne peux faire autrement que d’établir un parallèle avec nos gouvernements qui, au même moment, durcissent les lois criminelles et les mesures d’austérité et font pleuvoir des milliards de dollars sur les pétrolières, les minières et l’industrie de l’armement.
Payer sa juste part au sens où l’entendent les Harper, Charest, Bachand, Pratte, Dubuc, Facal, Lagacé et autres blogueurs du web signifie-t-il se fermer les yeux sur les iniquités que produit notre belle monarchie constitutionnelle du Canada qui n’a rien à foutre du pacifisme et de la solidarité proverbiale des Québécois ?
La révolte de Mai 1968 avait commencé un an plus tôt dans une université de la banlieue de Paris, Nanterre, parce qu’on y interdisait la visite de garçons dans les résidences des filles. Qui aurait pu penser que tout cela se serait terminé par une paralysie de la France entière et la retraite forcée du général de Gaulle ?
Mathieu Bock-Côté fait fausse route lorsqu’il soutient que nous avons perdu nos repères historiques.
La rue est aussi une vaste école pour ceux qui veulent apprendre la solidarité. Parlez-en aux grévistes d’Asbestos et de Murdochville.
Parlez-en aussi aux manifestants de l’émeute de la Saint-Jean en 1968.
Parlez-en aux journalistes et aux intellectuels qui ont couvert ces grèves et émeutes. Les solidarités nées de ces événements mythiques ont façonné la Révolution tranquille et la montée de l’indépendantisme. Ce que Pierre Gauvreau a évoqué dans le « Volcan tranquille ».
C’est là que se transmet le goût de l’histoire, dans nos batailles pour notre émancipation, pas dans les officines des fonctionnaires du ministère de l’Éducation et les chroniques pessimistes d’universitaires qui ont pour tâche de répandre l’idée fausse que les Québécois seraient des incultes qui ne feront jamais l’indépendance parce qu’ils ne connaissent pas leur histoire et ne parle pas le français comme les Français de France.
Voilà pourquoi les grands médias au service du pouvoir souhaitent que la grève des étudiants soit perçue comme un mouvement de revendications d’enfants gâtés.
Ils ne souhaitent surtout pas qu’elle soit vue pour ce qu’elle est. Une remise en question du partage de la richesse qui ne profite qu’à une petite caste, justement celle qui contrôle les grands médias directement ou par gouvernement interposé.
On ne veut pas que tout cela dégénère en un mouvement politique plus large où forcément l’inévitable question nationale rejaillirait.
Les Québécois préfèrent-ils investir dans leur jeunesse où dans les sables bitumineux, la guerre, les prisons et l’enrichissement d’une poignée de nababs aux appétits financiers démesurés ?
Ce sont deux visions de société qui s’opposent, celle de la culture de partage et de solidarité des Québécois à celle des héritiers de la perfide Albion qui ne pouvaient compter sur de meilleurs représentants que Stephen Harper et ses nombreux vassaux parmi lesquels on retrouve Jean Charest, un premier ministre dont la couardise est en voie de devenir légendaire.
Voilà pourquoi ce dernier se cache en France, quelque part entre Versailles et Varennes, loin des troubles de la rue où la foule étudiante demande justice.
Mais il n’y aura aucun scribe, aucun Restif de la Bretonne, l’ancêtre des néologismes et autres twitters, pour en faire le récit.
Ils sont trop occupés à prétendre que les Québécois ne veulent pas entendre parler d’indépendance, juste d’intendance !
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