« Une monarchie constitutionnelle est un moyen pour combiner l’inertie d’une idole de bois avec la crédibilité en une idole de chair et de sang. »
George Bernard Shaw

Entrevue avec Vladimir De Thézier

« Le Souverainiste Vert »

la réunion des jeunes IPSO du 7 février, c’était l’organisation de M. De Thézier

Tribune libre de Vigile
mardi 15 février 2011
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Vladimir De Thézier ,

Depuis quand êtes-vous un souverainiste ?

Je suis un Québécois d’origine haïtienne né à Montréal et je fus un farouche fédéraliste toute ma vie, jusqu’au jour où l’Accord de Charlottetown fut proposé en 1992 par le gouvernement de Brian Mulroney. Avant le vote, un ami de ma famille, un sociologue haïtien qui enseignait à l’époque au Cégep de Sainte-Foy, m’a expliqué pourquoi les Québécois devraient voter « non ». Après l’échec de l’accord, nous avons eu plusieurs longues conversations, où il a approfondi ma compréhension de la question nationale québécoise, jusqu’au jour où j’ai embrassé la cause souverainiste et voté « oui » au Référendum de 1995. Ce n’est donc pas un « Québécois de souche » qui m’a convaincu de devenir un souverainiste mais un Haïtien né à Port-au-Prince !

Vous vous décrivez comme un des « orphelins de Bouchard » ! Qu’entendez-vous par cette expression ?

C’est l’expression que la politologue Josée Legault a créée pour baptiser les souverainistes progressistes déçus face au virage conservateur de Lucien Bouchard à la tête du Parti Québécois. Selon elle, la naissance de Québec solidaire en février 2006 et la victoire d’Amir Khadir en tant que député de Mercier en janvier 2009 sont surtout un reflet de l’incapacité du PQ à réoccuper le créneau progressiste qu’il avait avant le dernier référendum.

Depuis quand êtes-vous un environnementaliste ?

C’est le futurologue américain Alex Steffen en 2003 qui me stimula à militer pour la cause environnementale. Il créa l’expression « bright green » (« vert brillant ») pour décrire l’émergence d’un mouvement environnementaliste qui rejette l’individualisme des « verts pâle » qui croient qu’on peut sauver l’environnement simplement en changeant son mode de vie personnel (recycler, manger bio, rouler en vélo, etc.) et le confrontationisme des « verts foncé » qui croient que des manifestations monstres et des actes écoterroristes peuvent ébranler le système. Les bright greens préfèrent se concentrer à développer et promouvoir les innovations sociales, politiques, économiques et technologiques qui nous mettront sur la voie du développement durable. Le blog Worldchanging, que Steffen a fondé, est rapidement devenu le porte-étendard de l’environnementalisme bright green.

Quand est-ce que vous est venu l’idée que les souverainistes et environnementalistes québécois devraient faire cause commune ?

Ma réflexion à été grandement influencée par les thèses de Pierre Dubuc, directeur et rédacteur-en-chef de L’aut’ journal, un mensuel syndicaliste. Dubuc appelle à l’entrée massive des syndicalistes, progressistes, féministes, environnementalistes et altermondialistes dans le Parti Québécois pour que celui-ci redevienne un parti de centre-gauche. De plus, il prône la réduction de la dépendance de notre province aux produits pétroliers et l’élaboration pour un Québec souverain d’un grand projet économique, environnemental et social basé sur le développement de l’éolien par Hydro-Québec et le développement d’un vaste réseau de transports en commun (autobus, métros, tramways, trains rapides) dans les villes et entre les villes et régions du Québec. Couplé à une véritable politique d’occupation du territoire et d’émigration de la grande ville de Montréal vers les régions, Dubuc rêve de voir le train moderne recréer les régions.

J’ai longuement réfléchi à ces deux propositions ambitieuses jusqu’au jour où je suis arrivé à la conclusion suivante :

Bien que la promotion de la culture et de la langue française doit demeurer au cœur du discours souverainiste québécois, je pense qu’on doit accorder une plus grande place aux environnementalistes pour qu’ils puissent réarticuler ce discours et donner naissance à un « mouvement vert souverain ». Selon moi, contrairement au syndicalisme, l’environnementalisme est le seul système de valeurs qui peut non seulement transcender les différences linguistiques, culturelles, sociales et économiques qui divisent les Québécois mais qui a le potentiel de les rassembler autour d’un nouveau projet de société.
Je considère qu’il y a trois éléments fondamentaux sur lesquels les Québécois doivent faire un large consensus quant à la nature du pays qu’ils veulent se donner :

Le Québec sera un pays dont la souveraineté sera acquise par un référendum d’initiative populaire ;
Le Québec souverain sera un pays démocratique et laïque, fondé sur la règle de droit ;
Le Québec souverain sera un pays francophone, reconnaissant les droits et l’apport de ses nations autochtones et de sa minorité anglophone historique.

Ceci dit, je pense que la meilleure façon de convaincre un plus grand nombre de Québécois de toutes origines à militer pour la souveraineté du Québec, c’est de leur dire : faisons-le aussi pour créer une république verte !

Qu’entendez-vous par une « république verte » ?

Il y a bien sûr des républiques libérales, social-démocrates, socialistes, communistes et même islamiques. Selon moi, une république verte est un État organique et démocratique dont la constitution cimente la volonté populaire de diriger nos forces à développer une société durable fondée sur une structuration coopérative du travail à des fins écologiques. En d’autres mots, un pays de copropriétaires d’entreprises coopératives animés par le devoir urgent de réparer et surmonter les dommages aux écosystèmes naturels et humains causés par la quête de l’utopie néolibérale. Une république verte emprunte donc le « coopératisme vert » comme une troisième voie économique entre le socialisme d’État et le capitalisme ploutocratique pour atteindre le développement durable.

Plusieurs intellectuels estiment que la société québécoise post-chrétienne souffre d’un vide existentiel. Quels seraient les repères des Québécois dans une république verte ?

L’historien et sociologue Gérard Bouchard explique que la souveraineté nationale est un acte fondateur puissant et mobilisateur, qui servira ensuite aux Québécois à se valoriser pendant des siècles en le réactualisant dans des rituels, des célébrations et des commémorations. Selon moi, le mythe fondateur d’une république verte du Québec devrait être imprégné d’un « humanisme vert » pour ancrer dans la conscience collective québécoise un sentiment de révérence et d’appartenance envers la nature, le tout visant à nous convaincre que le Québec doit tendre à incarner une société aussi parfaitement en harmonie avec la nature qu’il est possible aux humains, afin d’être un modèle pour toutes les nations.

Que devraient être les objectifs d’un mouvement vert souverain à court, moyen et long terme ?

La dilapidation de la richesse, les effets de la crise économique mondiale, la marginalisation croissante du Québec par le gouvernement fédéral, et le caractère rétrograde des politiques canadiennes à l’égard du climat mettent à l’ordre du jour l’urgence de la souveraineté nationale.
À court terme, ce qui est important est d’amorcer un dialogue franc avec les jeunes adultes québécois pour leur expliquer pourquoi ils peuvent et doivent réaliser la souveraineté sur la base d’un projet de pays et de société où l’humain vivrait en harmonie avec lui-même, ses semblables et son environnement.

À moyen terme, l’objectif serait de former une coalition qui regroupe des organismes culturels, des associations étudiantes, des groupes nationalistes, des organisations environnementalistes et des entreprises coopératives pour coordonner l’engagement partisan qui pèsera sur les décisions et les orientations d’un des deux partis souverainistes pour le transformer en un parti consacré à la création d’une république verte du Québec.

Et, à long terme, le point culminant de tout ce grand travail serait de s’assurer que la prochaine question référendaire soit la suivante : "Acceptez-vous que la province du Québec déclare son indépendance politique et économique du Canada à fin de fonder une république verte du Québec ?" Cette question claire pourrait non seulement obtenir une majorité claire pour le OUI mais potentiellement neutraliser la (fausse) menace partitioniste car j’ose croire que plusieurs communautés traditionnellement opposées à la souveraineté du Québec pourraient être séduites à l’idée qu’elles participeront à la création de la première république verte au monde.

Que souhaiteriez-vous pour que Vigile.net accroisse sa visibilité dans toutes les couches de la société et les réunisse dans un vote massif en faveur d’un Québec vert souverain ?

À part une campagne publicitaire provocatrice dans les journaux, magazines, à la radio et la télévision, il serait souhaitable que Vigile s’inspire de Netroots Nation aux États-Unis pour organiser un colloque annuel et médiatisé (Vigile 2011, Vigile 2012, etc.) qui rassemblerait les blogueurs et journalistes-citoyens souverainistes québécois.

Vigile doit être à l’avant-garde de la « convergence bleu-vert » ! Au-delà de simplement avoir une section dédiée à l’environnement, Vigile pourrait activement solliciter des articles écrits par des penseurs qui réfléchissent sur comment une culture de plus en plus écocentrique n’est pas une simple mode mais révèle une véritable mutation du sentiment et de l’identité nationale québécoise. Ce « nationalisme écologique » doit logiquement aboutir à la création d’un pays souverain dont la constitution donne à l’État la responsabilité primaire d’assurer le développement durable de nation québécoise et la protection de l’environnement dans lequel elle doit vivre en harmonie.

Vladimir, les Vigilien(ne)s vous remercient et y réfléchissent.

Commentaires

  • Merlebleu, 17 février 2011 21h47

    Les jeunes sont engagés, nous n’en doutons pas. Comme nous tous ils désirent un Pays. Espérons que l’engagement de ces jeunes avec toutes leurs propositions, mènera à la mise en commun de leurs forces vives sous une même formation politique. Il est impératif que les votes pour un Pays ne soient pas dispersés

    Leur recherche de solutions est louable et mérite qu’on les écoute.

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