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Le Québec reconnu comme nation !
José Fontaine
Chronique de José Fontaine
samedi 2 décembre 2006      295 visites


On sait combien on peut douter de la sincérité de cette reconnaissance par la Chambre des communes à Ottawa et on a appris aussi à quel point c’était rejeté par l’opinion publique du reste du Canada.

N’empêche que cela fait rêver.

La Wallonie une nation ? Cette reconnaissance est impossible pour l’instant

Il est hors de question qu’une chose pareille se produise pour nous. La discussion au parlement de Namur (le parlement wallon), sur le projet de Constitution wallonne est largement encommissionné. Alors que ce projet impliquait justement une sorte de reconnaissance de la Wallonie, non pas peut-être comme nation mais comme communauté morale, le texte du projet établissant par exemple la “qualité” de Wallon.

Les députés de Namur ont pris prétexte du fait qu’il “y avait des choses plus urgentes” à discuter.

C’est curieux parce que, cette fois au parlement belge, de 1938 à 1968, les propositions pour instaurer le fédéralisme dans ce qui était alors l’Etat unitaire belge s’étaient heurtées aux mêmes objections. Il y avait aussi, à ce moment, toujours quelque chose de plus urgent. Pourtant, en trente années, de 1968, la Wallonie, qui n’existait même pas juridiquement, a obtenu soit directement, soit à travers la Communauté Wallonie-Bruxelles, un transfert de compétences qui représente actuellement, pour ce qui la concerne, 51% des compétences autrefois exercées par l’Etat unitaire belge. Un bond en avant.

Mais un bond en avant qui n’est pas toujours bien perçu par l’opinion, y compris en Wallonie, qui y voit une fâcheuse division d’un pays déjà si petit. L’opinion reporte la faute sur le monde politique qu’elle accuse d’être en mauvaise communication avec elle-même qui aspirerait à autre chose.

Le fédéralisme comme facteur de progrès des autonomies

Chaque année qui passe en Belgique voit son auteur petit ou grand considérer qu’avant le fédéralisme, les Belges vivaient dans la paix et l’unité. Alors que les meilleurs historiens montrent à quel point déjà, à la fin du 19e siècle, l’affrontement entre la majorité flamande et la minorité wallonne avait pris un tour dramatique pour la Wallonie. Mais c’est comme si le présent était toujours négatif et décevant par rapport à un passé de rêve.

Ce qui est même étonnant parce que le fédéralisme n’est pas le mal qui déchire la Belgique, c’est au contraire - le phénomène est évolutif et il n’est pas bloquant comme au Québec - le passage de l’Etat unitaire à l’Etat fédéral a préservé l’entente entre deux peuples différents et a permis du même coup à l’affirmation de plus en plus forte de ces deux peuples à travers des institutions qui leur permettent en réalité d’agir aussi sur la scène internationale, ce qui est aller très loin, au point qu’on décrit souvent l’Etat belge comme un Etat en partie confédéral. En outre, le fédéralisme évolutif ne va faire qu’accélérer encore le transfert de compétences aux Etats fédérés, personne ne le nie.

Pourtant, il est hors de question que la Wallonie puisse se déclarer (aujourd’hui), comme autre chose qu’une partie de la Belgique, ce que pourtant sa souveraineté étendue permettait de contester.

Quelle est l’avancée la plus importante : la symbolique ou l’effective ?

L’avancée symbolique du Québec ne mène pas à une avancée institutionnelle effective. L’avancée institutionnelle de la Wallonie ne permet cependant pas des avancées symboliques dans le sens de la reconnaissance de la Wallonie comme nation ou communauté de destin. J’ai souvent pensé et dit que la plus belle comparaison à faire entre le Québec et la Wallonie était celle-là. Dire quelle est l’avancée la plus avantageuse est sans doute impossible à décider. On est tenté de dire parfois que c’est l’une, parfois que c’est l’autre. En fait, toute réalité politique contient à la fois l’une et l’autre : l’Etat comme organisation froide du pouvoir, la nation ou la communauté de destin comme regroupement senti et voulu.

A cela s’ajoute le fait que le Québec connaît une autonomie réelle depuis la fondation du Canada en 1867, autonomie réelle qui a des antécédents, si je comprends bien, depuis 1791. La Wallonie n’est réellement (mais petitement), autonome que depuis 1980 et ne l’est substantiellement que depuis une date qui est à fixer entre 1993 et 1999, soit une dizaine d’années.

Ce n’est pas assez pour souffrir ou exister, pour se rendre compte par exemple - comme pour le moment - que les dirigeants wallons dirigent réellement la Wallonie et qu’ils y ont beaucoup de choses à mettre en ordre comme la gestion désastreuse et frauduleuse de certaines communes. Ces choses font mal mais elles permettent d’avancer.

José Fontaine

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