Monsieur Pratte,
D’entrée de jeu, je me demande sérieusement si vous êtes de bonne foi lorsque vous affirmez qu’ « Hérouxville est l’envers du Québec » dans votre éditorial ‘Le Québec qu’on aime’.
Ce Québec « inquiet, frileux, et mal informé qu’on a trop souvent entendu depuis le début de la saga sur les accommodements raisonnables », comme vous le dites, n’a aucun reproche à se faire quant à la situation qui prévaut actuellement au Québec.
Hérouxville n’a jamais désiré la mise sur pied de la Commission Bouchard-Taylor qui semble vous donner l’occasion de mépriser ses intervenants. C’est avant tout l’indifférence politique et le manque flagrant de prises de décisions du parti libéral, que vous chérissez tant, qui a créé ce climat. Hérouxville n’a voulu que démontrer l’incapacité des partis politiques de faire face à leurs obligations dans le domaine de l’immigration. Ce n’est certainement pas en déléguant leurs responsabilités à des commissions, des consultants et autres qu’un parti politique peut recevoir les félicitations de ses commettants, électeurs et électrices.
Vous dénaturez ici la question en faisant l’éloge d’une intégration universitaire réussie. Ces étudiants venant de l’étranger ne prennent pas pays pour autant ! De plus, nous savons que des centaines de québécois et québécoises sont refusés dans certaines universités pour une question davantage fiscale qu’académique. C’est payant pour ces universités d’admettre des étudiants étrangers. Une belle façon d’éponger les déficits. Si vous laissez le savoir aux mains des étudiants étrangers, ne vous plaignez pas que la réussite scolaire des québécois soit remise en question !
Croyez-vous vraiment que les ‘régionaux’ sont « inquiets, frileux et mal informés » ? En diluant votre opinion à travers Hérouxville, vous touchez toutes les régions, ne vous en déplaise. Si vous saviez le nombre de jeunes actuellement en région qui ne souhaitent même pas se retrouver à Montréal, dans cette ville dont l’identité ne se résume parfois qu’à des constats d’échecs : pauvreté, getthoïsation, isolement, individualisme etc.
Il est vrai que c’est ce choix que vous avez fait de promouvoir le multiculturalisme canadien. Cette étiquette vous est rattachée telle une tache indélébile. Exacerbant ! Nous, des régions, avons plutôt choisi de promouvoir avec fierté notre attachement à des valeurs communes. Nous sommes accueillants, ouverts d’esprit, très tolérants et surtout très attachants. Comme cet humoriste africain s’étant établi en région l’a si bien dit : « venir en région, s’y placer les deux pieds dans la terre et les deux mains dans l’eau… voilà ce qui nous apprend ce qu’est le Québec ».
Sachez que le Québec qu’Hérouxville aime est celui de la tolérance et du partage. Le partage de nos forces, de nos faiblesses mais surtout de nos ambitions. Lorsque vous louangez la Charte de Rimouski, vous louangez en fait les efforts d’Hérouxville. Vous ne voyez la municipalité d"Hérouxville qu’à travers la xénophobie et le racisme que l’élitisme vous suggère. Cet aveuglement dérisoire nous indique tout à fait le contraire. Je comprends davantage que vous soyez frustré par notre poussée médiatique née d’une municipalité bien anonyme, ne partageant pas la prestigieuse assiette des villes universitaires !
Non, monsieur Pratte, le Québec que nous aimons ici est surtout celui d’un Pierre-Yves Pothier qui affirmait ceci : ‘Le Québec s’est toujours tourné vers sa force rurale pour se nourrir, maintenant il se tourne vers cette force pour s’affirmer’.
Bernard Thompson
Hérouxville
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

