Le Bloc serait donc inutile, passé date, non pertinent semblent estimer certains. Venant des adversaires, ça va. C’est de bonne guerre. Mais venant d’anciens bloquistes, bien qu’il ne s’agisse pas de gros canons, cela fait mal. C’est rendre un bien mauvais service au Québec. C’est du bonbon pour les adversaires et aussi pour les entreprises de presse que l’on connaît trop bien qui se font un malin plaisir de tourner et de retourner dans tous les sens ce cadeau inespéré.
Qu’en est-il exactement ? D’abord, le Québec a-t-il pris des forces, en 1982, quand 74 députés libéraux fédéraux du Québec ont voté pour diminuer les pouvoirs de l’Assemblée nationale du Québec lors du rapatriement unilatéral de Trudeau ? Les libéraux ont toujours opté, depuis Trudeau, pour la confrontation avec le Québec. Depuis l’élection de 1984, ils paient pour cela et quand on regarde les sondages actuels, leur cause semble entendue. Grand bien nous fasse.
Les Conservateurs ont eu une approche beaucoup plus pernicieuse, beaucoup plus hypocrite. Ils savent que pour obtenir une majorité, ils doivent recréer la coalition qui avait permis à Brian Mulroney de prendre le pouvoir en 1984. Ils font donc semblant d’être ouvert et de nous faire des concessions. Siège à l’UNESCO ? En fait, ce n’est pas le cas. Nous avons un membre bien minoritaire dans la délégation canadienne. Déséquilibre fiscal réglé ? En fait, non. Il y a bien eu un transfert d’argent mais il s’agit d’un problème récurrent. On a aucunement touché aux structures qui enfantent ce déséquilibre. Le problème est donc toujours aussi criant. Nation québécoise reconnue ? Dans le vocabulaire, oui. Mais il s’agit d’une coquille vide. Il n’y a aucun nouveau pouvoir pour le Québec. C’est du vent. Tout ça nous montre un changement de discours mais ce n’est pas un changement d’attitude. Le Québec se retrouve dans la même posture qu’avec les Libéraux. Il faut être bien naïf pour voir des progrès dans tout cela.
Avez-vous remarqué que ces Libéraux ne critiquent pas les Conservateurs sur tout cela. Ils savent très bien que tous ces bonbons ne signifient absolument rien pour le Québec. Cela ne changera rien pour eux quand ils reprendront le pouvoir. Quant aux Néo-Démocrates, ils sont peut-être encore plus centralisateurs que les Libéraux et s’ils devaient, un jour, se retrouver au pouvoir, nous en verrions de bien belles. La plus grande preuve que ces pseudo concessions conservatrices ne veulent rien dire pour nous, c’est qu’elles n’ont suscité aucune opposition dans le reste du Canada où tout cela semble se résumer à : « Business as usual ».
Non, le Québec ne prend pas de forces. Bien au contraire. Il s’affaiblit même dangereusement parce que les Conservateurs ont réussi à nous diviser. C’est un risque que nous ne pouvons pas nous permettre. Il y a péril en la demeure, urgence nationale parce que donner une majorité aux Conservateurs, c’est jouer avec notre avenir, c’est courir à la banalisation parce qu’après, il ne se passera plus rien pour le Québec. On est très loin, alors là très loin du « beau risque ». Il faut absolument voter pour le Bloc pour forcer les Conservateurs à mettre de la substance dans tout ce vide qu’ils nous ont offert. Il faut voter pour le Bloc parce que l’expérience nous a appris que les députés qui viennent du Québec et qui sont membres des grands partis fédéraux n’ont jamais vraiment défendus les intérêts supérieurs du Québec.

