Dans un texte traitant du sommet Canada-UE paru dans Le Devoir de jeudi de la semaine dernière, Antoine Robitaille nous rapporte que « Le premier ministre (Jean Charest) est allé jusqu’à dire que la capitale européenne comprend très bien le fonctionnement du fédéralisme canadien. Mieux que certains représentants que nous avons à tous les niveaux dans le gouvernement fédéral ».
Devant son auditoire de la chambre de commerce de Québec et bien à l’abri de la tourmente parlementaire mettant à jour la corruption et le peu de légitimité de son FIER gouvernement cachotier, Charest a tenu à souligner « que Bruxelles a insisté pour que le Québec et les autres provinces y participent ».
Ayant pour objet la conclusion d’une entente « nouvelle génération », laquelle « dépasserait les caractéristiques de libre-échange classique » selon les propos de Jean Charest, M. Robitaille conclut son texte en citant Louise Beaudoin qui « a pour sa part dit trouver incroyable que l’Union Européenne ait été obligée de forcer la main d’Ottawa pour que le Québec ait une place à la table de négociation ». Une place sur combien ? Si on tient compte des autres provinces, territoires et les « incontournables » représentants d’Ottawa.
Moi, ce que je trouve un peu incroyable, c’est de voir Charest ressortir Pierre-Marc Johnson des boules à mites pour le nommer comme représentant du Québec dans la délégation canadienne pour une période de deux ans.
Devenu le chouchou en gestion de crise pour Crapet Charest, M. Affirmation nationale sera le négociateur en chef pour le Québec au sein de la délégation canadienne qui négociera avec l’UE à l’automne prochain. M. Robitaille nous rapporte dans le même texte que M. Johnson a expliqué la présence du Québec dans la délégation canadienne en dressant un parallèle avec les États-Unis : « Les provinces sont à l’égard des traités internationaux, ce que le Sénat américain est à l’égard des ententes internationales ».
M. Johnson aura beau tenter de représenter la soumission de la délégation québécoise à la délégation canadienne sous le jour qu’il voudra, le Québec n’a jamais rien gagné dans un processus de négociations où Ottawa et des capitales étrangères tirent les ficelles. On n’a qu’à penser aux ententes sur le bois d’œuvre et leurs impacts sur notre industrie forestière, par exemple.
Non sans ironie, M. Robitaille souligne dans son texte que Pierre-Marc Johnson a été représentant du Québec pendant cinq ans dans le cadre des ententes entre le Canada et les États-Unis sur le bois d’œuvre.
Il est également question de la chasse aux Phoques dans ce texte de M. Robitaille et il cite Pauline Marois qui a déclaré ce qui suit au sujet de cet aspect particulier du mandat confié à M. Johnson : « Je souhaite tout simplement qu’il réussisse. C’est ça, mon plus grand souhait ».
Avec le vide créé par le déclin industriel et manufacturier de nos voisins du sud, les capitalistes du vieux continent flairent la proie facile et ils peuvent se permettre dès lors de faire la bouche fine à la Bardot et ressortir leurs vieux réflèxes de colonialistes racistes.
Dans Le Devoir du samedi le 10 mai, un texte de Denise Bombardier m’a renseigné à l’effet que la chasse aux phoques et la commercialisation des produits du phoque seront tolérées pour les Inuits, question de survie. La Suède, la Finlande et l’Écosse pourront continuer de chasser les phoques pour protéger leurs industries de pêche, sans toutefois pouvoir en vendre le produit dans l’UE.
Le texte de Mme Bombardier néglige de signaler que ça n’empêchera pas les chasseurs de phoques européens de se tourner vers d’autres débouchés pour écouler leurs produits du phoque, des marchés qui sont plus facilement accessibles à l’EU, comme ceux en Asie.
Donc, par ce procédé réglementaire européen, on assiste à l’émergence d’une nouvelle sous-culture ou d’une sous-race, celle des Madelinots.
J’ai pris connaissance de l’abstention du député de Mercier en lien avec une motion de l’Assemblée nationale condamnant le boycottage des produits du phoque par l’UE. Cette motion des députés québécois demandait aussi au Canada de porter plainte à l’OMC. Omar Khadir a déclaré que QS ne reconnaît pas l’OMC comme cadre de résolution des conflits commerciaux tout en affirmant qu’il ne partage pas le malaise européen face à la chasse aux phoques.
Je veux bien croire ce que M. Khadir dit au sujet de l’OMC et de la chasse aux phoques, mais la résolution de l’Assemblée nationale avait pour but de défendre les intérêts des Madelinots, pas seulement devant l’OMC, mais aussi devant l’UE. En s’abstenant ainsi, il a fait preuve d’un manque de cohérence et de solidarité à l’endroit des Madelinots, ces braves descendants acadiens qui méritent mieux que les considérations oiseuses du député de Mercier sur l’OMC.
Que ça se fasse dans des forums comme l’OMC, l’UE ou toute autre organisation internationale, c’est le devoir de nos représentants de se battre sur toutes les tribunes pour dénoncer l’hypocrisie et le colonialisme « nouvelle-vague » de l’Union-européenne.
Jean Charest a promis de voir ce qui peut être fait « conjointement » avec le gouvernement de Stephen Harper pour contrecarrer la décision de l’UE. À peu près aussi insignifiant que le souhait de réussite de Mme Marois à l’endroit de M. Johnson.
De manière unanime, pourquoi l’Assemblée nationale ne signifierait-t-elle pas directement à l’UE que si les nouvelles règles sur la chasse aux phoques de l’UE ne sont pas retirées sur le champ, le gouvernement du Québec sera alors obligé de refuser d’adhérer au traité que l’UE négociera avec le Canada ?
Ça serait une belle démonstration de solidarité avec les Madelinots.
Daniel Sénéchal Montréal

