Pétrole : Une solution pour le Québec ? À quel prix ? Au bénéfice de qui ?

Le Québec a peur du pétrole

C’est noir, c’est sale, ça pollue, mais ça vaut une fortune.

jeudi 24 janvier 2013

C’est noir, c’est sale, ça pollue, mais ça vaut une fortune. Rendons-nous à l’évidence : quand une nappe de pétrole dort dans le sous-sol d’une région pauvre et d’une province surendettée, il est difficile de s’en priver, n’en déplaise aux écolos ou aux Gaspésiens.

Oui, la planète se réchauffe et les banquises fondent à un rythme inquiétant. Oui, les automobilistes qui laissent leur moteur tourner sont irresponsables. Oui, les changements climatiques constituent l’un des plus grands défis de l’humanité, comme viennent de le reconnaître 1000 grands experts du Forum économique mondial, à Davos.

Cela dit, ce n’est pas demain la veille que nous pourrons nous passer de pétrole. La planète consomme 4,1 milliards de tonnes de pétrole par année. L’or noir accapare 33% de l’énergie consommée dans le monde, contre 30% pour le charbon, 24% pour le gaz naturel et seulement 6,4% pour l’hydro-électricité. Le reste va au nucléaire (4,9%) et à l’énergie renouvelable (1,5%).

C’est dans ce contexte que s’inscrit l’imbroglio à Gaspé entourant le forage d’un puits de pétrole. L’entreprise Pétrolia veut creuser un trou d’un kilomètre de profondeur pour atteindre une possible nappe de pétrole de neuf kilomètres carrés. C’est le projet Haldimand 4.

Quelque 7,7 millions de barils de pétrole s’y trouveraient, d’une valeur de plusieurs centaines de millions de dollars. Pétrolia a obtenu le feu vert du ministère des Ressources naturelles le printemps dernier, lorsque les libéraux étaient au pouvoir. Il est question d’un forage conventionnel et non d’un forage par fracturation - plus polluant - comme c’est le cas pour le gaz de schiste.

Le problème, c’est que le projet est au coeur de la Gaspésie touristique, près du parc Forillon. Il est à 350 mètres d’une quarantaine de maisons et de leurs puits de surface et à environ cinq kilomètres d’une rivière à saumon, populaire auprès des touristes.

La Ville de Gaspé a vivement réagi. Pour protéger les sources d’eau potable, elle a adopté un règlement interdisant tout forage à moins de 2 kilomètres d’un puits de surface et à moins de 10 kilomètres d’une rivière. L’amende pourrait atteindre 2000$ par jour.

La municipalité veut savoir quels produits chimiques seront injectés pour permettre à la foreuse de percer la roche. Elle veut également connaître l’impact sur la nappe phréatique.

De son côté, Pétrolia affirme être une entreprise responsable, dont le projet comporte des risques minimes. La population est craintive, dit-elle, parce qu’elle n’a pas l’habitude de la production pétrolière. Pétrolia soutient que l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) - une université de chercheurs - sera présente lors du forage pour vérifier l’impact sur la nappe phréatique. « Si l’INRS concluait que le milieu est trop sensible, Pétroila s’en retirerait », écrit l’entreprise sur son site internet.

Le gouvernement du Québec s’est mis de la partie. Et maintenant, il n’est pas impossible que l’affaire se rende devant les tribunaux. Le règlement de Gaspé a-t-il préséance sur le permis du ministère ?

En toile de fond, des données incontournables : la Gaspésie a, de loin, le plus fort taux de chômage, à 14,6%, et le Québec est, de loin, la plus endettée des provinces canadiennes. Les revenus éventuels du pétrole, nous en avons cruellement besoin. Et à tout prendre, notre pétrole ne serait-il pas plus propre et plus « éthique » que celui de l’Alberta ou d’outre-mer ?

Bref, les négociations se poursuivent et l’arbitrage n’est pas simple.

Il y a une néanmoins chose sur laquelle tous les intervenants s’entendent : le gouvernement doit adopter une loi sans tarder pour encadrer les hydrocarbures. D’autres projets seront débattus dans les prochains mois, avec des potentiels autrement plus grands que celui de Haldimand 4, qu’on pense au gisement Old Harry dans le golfe du Saint-Laurent à ceux d’Anticosti.

L’industrie et les municipalités ont besoin de normes pour guider leurs interventions. Par exemple, la loi devra définir des zones d’exclusion, déterminer le pouvoir des municipalités et des citoyens, donner des droits clairs aux entreprises.

Dans ce sens, les libéraux avaient déposé un projet de loi 14 sur les mines, qui déplaisait aux promoteurs miniers. Le projet a suscité de longues discussions, mais il est mort au feuilleton avec les élections. Le gouvernement péquiste doit maintenant déposer un nouveau projet de loi à ce sujet, suivi d’un second sur les hydrocarbures.

Avant d’être adoptées, les lois feront encore l’objet de longs débats. Certes, les lois proposées ne plairont pas à tous, mais il faudra finir par mettre fin aux discussions et aller de l’avant, car le Québec en a vivement besoin.


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