Au risque de passer pour demeuré, il y a quelque chose que je ne parviens tout simplement pas à comprendre dans l’affaire Michaud.
À partir du moment où il est établi que la condamnation des propos d’Yves Michaud par l’Assemblée Nationale a été une erreur dans la mesure où elle constituait une violation des principes les plus élémentaires de la justice naturelle, tous les députés qui se sont prononcés en faveur de cette condamnation devraient avoir la décence de s’excuser.
Les réalités politiques étant ce qu’elles sont, on peut comprendre que les députés du PLQ ne veuillent pas s’exécuter. Mais on comprend beaucoup moins que les députés du PQ ne le fassent pas. Peu importe ce qu’a pu dire Yves Michaud, l’Assemblée Nationale ne pouvait pas se prononcer sans l’avoir entendu. Ce n’est pourtant pas compliqué à comprendre.
Or certains membres du PQ s’obstinent à ne pas vouloir s’excuser. Ils s’accrochent à leur jugement sur les propos qu’ils reprochent à Yves Michaud d’avoir prononcé sans comprendre la gravité de l’erreur que constituait sa condamnation sans l’avoir entendu, infiniment plus lourde que tout dérapage verbal que Michaud aurait pu commettre. Et j’utilise le conditionnel à dessein, car ayant lu le verbatim des propos de M. Michaud, je ne vois rien qui dépasse le stade de la liberté d’expression et qui justifie la moindre condamnation.
Je peux comprendre l’argument de Pauline Marois selon qui l’ouverture d’un débat sur cette question à l’Assemblée Nationale pourrait constituer un piège des Libéraux pour placer le PQ devant ses contradictions. Mais dans ce cas, je suis convaincu que si tous les députés du PQ qui ont voté en faveur de la motion scélérate s’excusaient auprès de M. Michaud en bonne et due forme pour avoir manqué aux principes de la justice naturelle à son endroit, celui-ci comprendrait alors qu’une excuse formelle de l’Assemblée Nationale ne pourrait lui être offerte qu’après que le PQ ait repris le pouvoir.
Alors, si la chose est si simple, comment se fait-il qu’elle demeure irrésolue ?
Y a-t-il un autre problème qui se cache en dessous de l’affaire Michaud ? L’affaire Michaud servirait-elle de paravent à une autre saloperie encore plus grave ? Laquelle ? C’est le genre de question qu’on ne peut pas s’empêcher de poser lorsqu’on en arrive à ce point.
Lorsque les propos de Yves Michaud ont été condamnés, le PQ comptait parmi sa députation un certain nombre de juristes qui ne pouvaient pas ne pas être conscients de la gravité du geste qu’ils posaient. Les principes de la justice naturelle sont à la base de leur formation. Lucien Bouchard est évidemment visé au premier chef. En sa qualité de premier ministre, il avait le devoir de protéger les droits de tout citoyen québécois, et Yves Michaud était un de ceux-là. Bouchard a manqué à ce devoir, et sa responsabilité n’en est que plus grande parce qu’il était avocat.
Mais Bouchard n’était pas le seul avocat qui faisait partie du gouvernement et de la députation du parti Québécois. Il y avait aussi Bernard Landry, alors vice-premier ministre, Serge Ménard, et Normand Jutras, pour ne nommer que ceux dont le nom me vient à la mémoire. Que s’est-il donc passé pour que des hommes de cette trempe en oublient, ou décident de mettre de côté, toutes les règles de base de leur profession. Ce devait être fichtrement fort à moins qu’on accepte qu’ils aient pu se comporter comme des « suiveux », ce qui pourtant ne leur ressemble guère. Alors c’est quoi ?
À s’enferrer dans son refus de régler la question en ce qui le concerne une bonne fois pour toutes, le PQ donne ouverture aux pires soupçons, et est en train de se faire hara-kiri. C’est loin d’être la meilleure stratégie quand on est dans sa situation.
Il n’est jamais facile ni agréable d’avoir à s’excuser. Cela constitue pourtant l’une des plus grandes preuves de maturité et de responsabilité lorsque l’erreur est démontrée.



