Il est un peu pathétique de voir Bernard Drainville, reflétant la vision de son chef, se porter à la défense des deux méga-hôpitaux montréalais. Il y a de sa part comme un aveu d’impuissance devant les exigences injustifiées des anglophones de Montréal. Ils vont rouspéter, alors soumettons-nous. Cela augure mal pour la suite du combat pour l’indépendance.
Si on regarde froidement la situation à Montréal, la minorité anglaise occupe une place vraiment démesurée dans le domaine de la santé : hôpitaux nombreux et très bien pourvus, faculté de médecine égale en importance et plus riche que la faculté des francophones, cliniques et CLSC plus que suffisants, projet de méga-hôpital, etc. Tout cela pour une population d’origine anglaise ne dépassant pas 15% dans le Montréal métropolitain.
Sans compter que, sur les médecins formés à McGill avec l’argent des Québécois, 50% s’en vont ailleurs. Réalité sur laquelle Bernard Drainville ferme pudiquement les yeux.
Que propose monsieur Drainville ? La perpétuation de ces injustices. Pourquoi ? Parce que leur élimination dérangerait. Mais pourquoi diable veut-il la souveraineté si c’est pour tout laisser en place comme avant ?
L’indépendance, c’est d’abord dans la tête que cela se passe. L’indépendance, c’est pour nous reprendre en main, c’est pour nous assumer. C’est, par conséquent, pour mettre fin aux privilèges. Si l’indépendance est pour s’accommoder des privilèges, aussi bien ne pas la faire, et que le PQ aille se rhabiller !
Le PQ, selon B. Drainville, veut un méga-hôpital tout francophone. La belle affaire ! Un méga-hôpital tout francophone comme le système d’enseignement français que Pauline Marois veut bilinguiser ? Un méga-hôpital tout francophone comme Maisonneuve-Rosemont où on a du mal à se faire soigner en français ? (Qu’en pense le PQ en passant ?)
Comme si le centre hospitalier que les partisans d’un seul CHU veulent n’était pas pour être tout francophone. Tout francophone comme les hôpitaux français actuels, qui accueillent assez souvent des patients anglophones qui sont soignés dans leur langue.
Le PQ se comporte un peu dans l’affaire des méga-hôpitaux comme si sa base électorale était dans l’ouest de l’île de Montréal. C’est vrai qu’il y a peut-être deux ou trois votes à aller chercher là… L’équité interrégionale, qui serait drôlement mise à mal par la construction de ces deux CHU, semble bien loin dans les préoccupations du Parti Québécois. Cherchez la logique.
Manque de vision de ses intérêts, manque de vision tout court et manque de courage politique : belle recette pour faire du sur-place. Comment le PQ peut-il être pris au sérieux quand il parle de souveraineté alors qu’il n’est même pas capable dans l’opposition de se tenir debout devant les demandes exagérées de la minorité anglaise ? Faire un pays, cela exige de l’audace. En reste-t-il une once au PQ ?
