Quelque chose me chicote terriblement dans le paysage politique québécois ces temps-ci. J’ai l’impression d’avoir été aveugle pendant une bonne période de ma vie, ou tout simplement entretenu par des illusions complètement éloignées du réel.
A-t-il déjà existé, au Québec, un parti réellement souverainiste ?
Comprenez mon malaise. Étant relativement jeune, je fus éveillé à la politique durant les années Parizeau. La question ne se posait pas, pour moi. C’était évident, le PQ représentait le projet de l’indépendance du Québec, la séparation du Canada, la sécession du pays, le début de l’émancipation des Québécois : le passage du statut de province à celui de pays. C’était sans équivoque.
Puis, au fil du temps, j’ai bien vu qu’il y avait un profond malaise. Bouchard, tout d’abord, manifestement muet sur le sujet et Landry en veilleuse en attendant la venue de Jésus alias « assurance morale ». J’étais déçu, mais le repli s’expliquait peut-être selon des considérations « stratégiques » concoctées par les personnages les plus secrets du parti. Soit.
Aujourd’hui, j’ai compris. Non seulement le parti n’était pas souverainiste lors de sa création, mais il ne l’a jamais vraiment été, sauf lors d’un « accident de parcours » provoqué par Parizeau. C’est un constat évident. Il suffit d’observer le glissement d’un réel projet d’émancipation nationale poussé par les purzédurs et les membres du PQ vers un retour au fameux « beau risque » à Lévesque. André Boisclair affirme déjà, aux lendemains des élections générales, qu’il envisage se rallier à Dumont afin de demander des aménagements constitutionnels. A-BER-RANT. Comment peut-on sérieusement y croire ?
Visiblement, les fédéralistes prendront le temps de réfléchir à quelque chose qui va permettre de discréditer les souverainistes, tout en maintenant le statut quo constitutionnel. C’est évident. En attendant, ils gagneront du temps. « Le temps n’est pas encore venu pour ouvrir le dossier ». « Rouvrir une ronde constitutionnelle affaiblirait le Québec face au reste du Canada ».
Pardon ?
Et comment cela pourrait-il affaiblir le Québec ? Si les demandes du Québec ne passent pas (et si le gouvernement au Québec prend sérieusement ses responsabilités, elles ne pourront pas être adoptées, selon le mode de modification constitutionnelle approprié) c’est bien le Canada qui s’en retrouverait affaibli.
De toute façon…
Ce qui est le plus dérangeant, dans toute cette histoire, c’est de constater que les purzédurs, dorénavant, sont les partisans des demandes constitutionnelles. La position était, il n’y a pas si longtemps, modérée ; et un peu plus loin dans notre histoire, elle était carrément fédéraliste. Aujourd’hui, le radicalisme, c’est d’espérer voir une confédération respectueuse de la différence québécoise. C’en est désolant.
Les positions fédéralistes deviennent de plus en plus souverainistes, jusqu’à en devenir « radicales ». C’est bien plus au fédéral qu’au provincial que revient le fardeau de la preuve. Il n’a toujours pas réussi à intégrer le Québec à sa constitution, la structure législative suprême du pays : ce qui fonde l’État canadien, auquel le Québec est intégré. C’est l’indépendance qui devrait être le moteur de tout changement constitutionnel, si on veut y croire (et permettez-moi de douter). L’indépendantisme constitue la seule réponse cohérente et intelligente du refus canadien.
Le problème avec notre « élite » politique, c’est qu’elle entre dans le combat en reculant, la tête baissée. Prête d’avance à perdre, elle embarque dans le bateau dans lequel on veut bien la mener. Pourtant, les péquistes savent que de réelles revendications constitutionnelles n’obtiendront pas l’aval des 9 autres provinces. Mais ils applaudissent déjà leur défaite, en pensant que c’est ce qui nous mènera à l’indépendance. Ils voient leur défaite imminente comme une victoire. Il faut être aveugle.
J’espère, un jour, avant ma mort du moins, voir émerger un réel moteur de changement sur notre échiquier politique. Un parti qui refuse réellement le statut quo canadien, parce qu’il n’est pas acceptable.
Le PQ est trop attaché au pouvoir. Ce qu’il cherche à faire, avant tout, c’est de gagner les élections (et il n’y parvient même plus). C’est pour cette raison que le parti s’entête à refuser la voie de l’élection référendaire, assurément gagnante pour l’option que défend le PQ. La seule façon de consolider une base électorale, c’est d’être cohérent avec la raison d’être du parti.
Dans cette optique, on pourrait être portés à croire qu’une alternative émerge présentement dans le nouveau parti souverainiste, Québec Solidaire. Si on ne parle exclusivement que de souveraineté, le nouveau parti est tout aussi incroyablement prêt à perdre le pari. Il n’y a qu’à consulter la démarche qu’il préconise pour accéder à cette indépendance.
En conclusion, s’il ne faut pas compter sur un messie, il faut néanmoins créer un mouvement, une direction… À quand ce mouvement, dont les idées se retrouvent indéniablement chez les indépendantistes ?
Xavier Dionne
Montréal

