Vigile.net
Nous avons eu l’impression, presque constamment au cours de notre histoire du dernier siècle, d’être en quelque sorte une colonie intérieure dont on tolérait la "différence" à condition qu’elle fût résignée à son sort et à l’infériorité collective qu’il lui imposait. - René Lévesque - 1970
             
Vigile.net a besoin de votre appui financier. N’hésitez pas à contribuer à sa production.
Financement 2008
 11901$  60%  
Objectif : 20000$
Le PQ devient embarrassant
A-t-il déjà existé, au Québec, un parti réellement souverainiste ?
Xavier Dionne
Tribune libre de Vigile
mardi 24 avril 2007      383 visites      3 messages


Quelque chose me chicote terriblement dans le paysage politique québécois ces temps-ci. J’ai l’impression d’avoir été aveugle pendant une bonne période de ma vie, ou tout simplement entretenu par des illusions complètement éloignées du réel.

A-t-il déjà existé, au Québec, un parti réellement souverainiste ?

Comprenez mon malaise. Étant relativement jeune, je fus éveillé à la politique durant les années Parizeau. La question ne se posait pas, pour moi. C’était évident, le PQ représentait le projet de l’indépendance du Québec, la séparation du Canada, la sécession du pays, le début de l’émancipation des Québécois : le passage du statut de province à celui de pays. C’était sans équivoque.

Puis, au fil du temps, j’ai bien vu qu’il y avait un profond malaise. Bouchard, tout d’abord, manifestement muet sur le sujet et Landry en veilleuse en attendant la venue de Jésus alias « assurance morale ». J’étais déçu, mais le repli s’expliquait peut-être selon des considérations « stratégiques » concoctées par les personnages les plus secrets du parti. Soit.

Aujourd’hui, j’ai compris. Non seulement le parti n’était pas souverainiste lors de sa création, mais il ne l’a jamais vraiment été, sauf lors d’un « accident de parcours » provoqué par Parizeau. C’est un constat évident. Il suffit d’observer le glissement d’un réel projet d’émancipation nationale poussé par les purzédurs et les membres du PQ vers un retour au fameux « beau risque » à Lévesque. André Boisclair affirme déjà, aux lendemains des élections générales, qu’il envisage se rallier à Dumont afin de demander des aménagements constitutionnels. A-BER-RANT. Comment peut-on sérieusement y croire ?

Visiblement, les fédéralistes prendront le temps de réfléchir à quelque chose qui va permettre de discréditer les souverainistes, tout en maintenant le statut quo constitutionnel. C’est évident. En attendant, ils gagneront du temps. « Le temps n’est pas encore venu pour ouvrir le dossier ». « Rouvrir une ronde constitutionnelle affaiblirait le Québec face au reste du Canada ».

Pardon ?

Et comment cela pourrait-il affaiblir le Québec ? Si les demandes du Québec ne passent pas (et si le gouvernement au Québec prend sérieusement ses responsabilités, elles ne pourront pas être adoptées, selon le mode de modification constitutionnelle approprié) c’est bien le Canada qui s’en retrouverait affaibli.

De toute façon…

Ce qui est le plus dérangeant, dans toute cette histoire, c’est de constater que les purzédurs, dorénavant, sont les partisans des demandes constitutionnelles. La position était, il n’y a pas si longtemps, modérée ; et un peu plus loin dans notre histoire, elle était carrément fédéraliste. Aujourd’hui, le radicalisme, c’est d’espérer voir une confédération respectueuse de la différence québécoise. C’en est désolant.

Les positions fédéralistes deviennent de plus en plus souverainistes, jusqu’à en devenir « radicales ». C’est bien plus au fédéral qu’au provincial que revient le fardeau de la preuve. Il n’a toujours pas réussi à intégrer le Québec à sa constitution, la structure législative suprême du pays : ce qui fonde l’État canadien, auquel le Québec est intégré. C’est l’indépendance qui devrait être le moteur de tout changement constitutionnel, si on veut y croire (et permettez-moi de douter). L’indépendantisme constitue la seule réponse cohérente et intelligente du refus canadien.

Le problème avec notre « élite » politique, c’est qu’elle entre dans le combat en reculant, la tête baissée. Prête d’avance à perdre, elle embarque dans le bateau dans lequel on veut bien la mener. Pourtant, les péquistes savent que de réelles revendications constitutionnelles n’obtiendront pas l’aval des 9 autres provinces. Mais ils applaudissent déjà leur défaite, en pensant que c’est ce qui nous mènera à l’indépendance. Ils voient leur défaite imminente comme une victoire. Il faut être aveugle.

J’espère, un jour, avant ma mort du moins, voir émerger un réel moteur de changement sur notre échiquier politique. Un parti qui refuse réellement le statut quo canadien, parce qu’il n’est pas acceptable.

Le PQ est trop attaché au pouvoir. Ce qu’il cherche à faire, avant tout, c’est de gagner les élections (et il n’y parvient même plus). C’est pour cette raison que le parti s’entête à refuser la voie de l’élection référendaire, assurément gagnante pour l’option que défend le PQ. La seule façon de consolider une base électorale, c’est d’être cohérent avec la raison d’être du parti.

Dans cette optique, on pourrait être portés à croire qu’une alternative émerge présentement dans le nouveau parti souverainiste, Québec Solidaire. Si on ne parle exclusivement que de souveraineté, le nouveau parti est tout aussi incroyablement prêt à perdre le pari. Il n’y a qu’à consulter la démarche qu’il préconise pour accéder à cette indépendance.

En conclusion, s’il ne faut pas compter sur un messie, il faut néanmoins créer un mouvement, une direction… À quand ce mouvement, dont les idées se retrouvent indéniablement chez les indépendantistes ?

Xavier Dionne
Montréal



Vos commentaires:
  • Le PQ devient embarrassant
    24 avril 2007

    Vous croyez encore qu’un parti indépendantiste pourrait changer les choses ? C’est là l’illusion. Un parti indépendantiste peut naître et, pour la suite des choses, modifier son orientation.

    Pourquoi ? C’est que les fondateurs meurent et sont éventuellement remplacés par des gens qui renient l’idée du fondateur et veulent prendre le pouvoir.

    Cette méthode a été essayé avec le péquisto-confédaralistes des Lévesque, Bouchard, Landry, Boisclair, etc...Il ne faut surtout pas recommencer.

    Alors ? Il faut créer un mouvement politique indépendantiste. Y aura-t-il suffisamment de convaincus pour se lancer dans une telle opération ?

    Pas certain !

    Nestor Turcotte Matane


  • Le PQ devient embarrassant
    24 avril 2007, par Xavier Dionne

    Il me semble qu’un mouvement peut subir les mêmes distortions qu’un parti... Dans tout mouvement cohérent, il y a une élite ou des leaders, appelez-les comme vous voudrez. Peu importe, ils sont tous appelés à disparaître un jour ou l’autre, partis, mouvements, groupes ou autre.

    Un mouvement indépendantiste, je suis d’accord avec vous là-dessus, pourrait éventuellement être très prolifique au niveau des idées, des stratégies, de la présence dans la rue, etc. Mais sans un parti qui accepte d’engager un processus d’émancipation nationale, le mouvement de la rue se dirige vers le cul-de-sac, inévitablement.

    Il suffirait peut-être, pour vous, d’établir une véritable pression sur le gouvernement, peu importe son allégence. Toutefois, un gouvernement qui a un parti pris pour la souveraineté risque d’être beaucoup plus efficace politiquement qu’un parti libéral à la Bourassa, par exemple, qui accepterait de soumettre un projet d’indépendance à la population sans grande conviction.


  • Le PQ devient embarrassant
    25 avril 2007

    Monsieur Dionne,

    Le Parti libéral de Robert Bourassa, suite à l’échec de Meech, aurait pu faire l’indépendance. Parizeau s’est offert publiquement pour l’aider à la faire. Si le PQ avait poussé derrière son chef, à ce moment-là, Bourassa aurait fait ce que le PQ n’a pas réussi à faire : nous donner un pays. LE PQ ne l’a pas fait, car il a senti que quelqu’un était en train de lui voler son plan et de faire l’histoire.

    En ce 20 juin 1990, l’unanimité était faite sur le parquet de l’Assemblée nationale et dans la population. Jamais, sans doute, le Québec ne vivra une telle unanimité. Les sondages, le lendemain du 20 juin 1990, confirmaient que l’indépendance nationale passait à 58 % et la formule confédérale (souveraineté-association) à 68 %.

    Le PQ n’a jamais réussi à faire une telle unanimité. Il faudrait peut-être un fédéraliste avoué pour faire ce que les pseudo-indépendantistes péquistes n’arrivent pas à faire. A cause de guerre de clochers...

    Nestor Turcotte Matane


8 septembre 2008
Bloc québécois

St-Lambert

8 septembre 2008
Bloc québécois

Wesmount-Ville-Marie

  • Vigile.net a besoin de votre appui financier. N’hésitez pas à contribuer à sa production.
    Joignez-vous aux Amis de Vigile.
  • Objectif 2008: 20000$
     11901$  60%  
  • Pour contribuer en ligne 
         Nom:
    Courriel:
       Anonyme
    Montant: $

  • Contributions récentes :
    18/08 Pierre Fortier : 100$
    15/08 Ouhgo : 100$
    9/08 Robert Alarie : 50$
    6/08 Bertrand Lefebvre : 100$
    Toutes les contributions
  • Merci beaucoup! -Vigile.net