Je ne vois aucune éclaircie pour encore bien des années. Même si le PQ prenait le pouvoir en décembre prochain, comme il continue d’agir comme il a toujours agi à l’exception de la gouverne de Parizeau, ça ne changera strictement rien quant au projet de l’indépendance du Québec. Il est faux de croire qu’il faut "commencer" par prendre le pouvoir et qu’ensuite, on sera en meilleure position pour procéder. C’est faux, l’histoire du PQ le confirme.
Sitôt le PQ arrivé au pouvoir, c’est le début de la fin, la ferveur nationaliste chute inéluctablement dans la population, les gens sont rassurés, ils considèrent être allés assez loin en installant un gouvernement souverainiste. Rappelez-vous les époques de gouvernance péquiste. Involontairement, parce qu’on a instillé dans la tête des gens qu’il faut se méfier du PQ, celui-ci empêche lui-même l’émergence d’éventuelles conditions gagnantes. C’est la quadrature du cercle. Pourquoi alors le PQ s’entête-t-il à agir encore et toujours de la même façon (prendre le pouvoir et attendre les conditions gagnantes) ? Depuis ses débuts le PQ prend le pouvoir avec 30% ou 40% de sympatisants. Il lui en faudrait 70%. Comment espère-t-il logiquement faire mieux une fois aux commandes de l’État mais sans utiliser l’argent public ni les moyens de l’appareil gouvernemental ? Sans jamais rien provoquer. Au pouvoir, on est sous les feux de la rampe, on est exposé aux critiques. Et la critique anti-péquiste est furieusement organisée. Etre un bon gouvernement est un minimum pour tous les partis, ça n’aide pas à convaincre les gens de la nécessité du pays.
Ce que je dis ici, je ne le dirais pas dans une lettre au Devoir par exemple, ou dans une tribune télévisée. Je ne cherche pas à démobiliser ni à dénigrer pour dénigrer. Quand on regarde la réalité en face on voit que le PQ, par son comportement, nuit plus qu’il n’aide à l’avènement de l’indépendance. Cependant, comme je ne me résigne pas à ne pas voter, comme il faut bien se débarrasser de l’équipe de saboteurs actuelle, je voterai PQ quand même. Le député péquiste de mon comté sera élu de toute façon. Et puis, Raymond Poulin a raison dans son texte « Parer au plus pressé », nous n’avons pas d’autre choix que d’être pragmatiques dans cette élection inutile. Il s’agit de se défendre en quelque sorte. Je suis quand même d’accord avec le commentaire de Grégory Vézeau à ce texte, la direction du PQ est totalement inconsciente.
Dans cette optique, afin qu’il se réveille enfin de sa torpeur, il vaudrait peut-être mieux que le PQ subisse une râclée mémorable pour jeter dehors tous ses bureaucrates encroutés qui ne voient plus rien d’autre que la gestion de leur parti. Mais ça n’arrivera pas encore cette fois-ci, c’est pourquoi on en a pour plusieurs années encore à tourner en rond.
Je ne veux pas que le PQ promette de tenir un référendum dans son premier ou deuxième mandat. Je m’en fous du référendum. Je veux surtout que le PQ contruise quelque chose, qu’il cesse de laisser aller les choses. Par exemple, la proposition de Louis Lapointe (des vrais gestes de souveraineté), qui rejoint celle de plusieurs autres sur Vigile, devrait être entendue par les autorités du PQ. Mais il est clair que jamais Mme Marois n’ira dans cette direction, elle est contaminée depuis longtemps par le bon-ententisme. Bourrassa aurait pu faire l’indépendance à l’époque de Meech, c’était plus sûr (près de 70%) qu’en 95. Comment ça se fait que le PQ ne comprend pas cela ? Confrontons directement le Droit canadian, celui de cette Constitution imposée de force. Prenons donc position à un moment donné. Que fait donc le PQ, qu’a-t-il donc fait pendant toutes ces années ? Pourquoi niaise-t-il encore, que lui faudra-t-il pour allumer ? L’objectif de l’indépendance demande un minimum d’abnégation, un peu d’imagination et beaucoup de détermination.
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Je suis heureux de lire les propos de Dominic Desroches, « La politique comme réservoir et déversement de la colère ». La plus belle réussite des commandos fédéralistes est d’avoir annihilé tout sentiment de colère chez les Québécois. Outre la brève époque de Meech (auparavant j’étais trop jeune), je n’ai jamais vu poindre de colère chez les Québécois par rapport à leur condition au Canada. La grande majorité est convaincue que les gens en colère ont des problèmes, qu’ils ne sont pas sereins et qu’ils ne méritent pas d’être écoutés. Le seul moyen pour faire naitre le pays du Québec a été disqualifié.
Depuis l’époque de Lucien Bouchard, s’indigner est péjoratif pour un politicien québécois. Ce n’est pas politiquement correct. Voilà un réflexe automatique grossier que les lobbyistes politiques ont su imposer dans les médias. Avant Bouchard, Jacques Parizeau s’indignait aussi, Robert Bourassa, René Lévesque aussi, ... même Claude Ryan. Nous avions le droit de manifester notre indignation devant le scandale. Aujourd’hui, le scandale passe plus facilement parce qu’on s’attache à dénoncer l’indignation. C’est un conditionnement. C’est l’antidote à la colère libératrice.
Il faut attiser la colère, cette colère-là, celle du palestinien qu’on dépouille de sa maison, il ne faut pas la contraindre. Dit comme ça, je sais bien que ça écorche les oreilles de ceux qui parlent d’adversaires politiques et refusent de les nommer en ennemis qu’ils sont. Ils voudraient faire la révolution gentiment sans peiner personne. C’est d’un ridicule inouï.
Je ne parle pas de violence physique mais ça n’empêche pas qu’il faut se défendre, qu’il faut confronter ses ennemis quand c’est nécessaire. Ça me défait de voir des gens comme Michel David, Bernard Landry, Pauline Marois, des souverainistes avoués mais tellement frileux, encourager cette mentalité bon ententiste qui nous tue. Ces gens-là comprendront-ils un jour ?
Je voterai PQ comme d’habitude, mais jamais je n’ai été aussi désespéré de la cause. J’ai bien peur que Pauline Marois fasse plus de tort que ses prédécesseurs si elle accède au pouvoir. J’ai bien peur qu’elle accélère notre mort lente, en toute inconscience.
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Nous les militants souverainistes, cessons donc nos combats internes. Cherchons ensemble, entendons le point de vue de l’autre sans nécessairement l’accepter ; si l’autre est sincère dans son désir de liberté, il n’y a pas lieu de le condamner pour sa manière. Respectons-nous svp. Et plus que ça, essayons de nous aider malgré nos désaccords. Par exemple, comment ramener la grande région de Québec à un esprit de corps avec la nation Québécoise, comment la sortir de son individualisme malencontreux ? Pourquoi le cœur de notre nation est-il tant à contre-courant de Montréal ? N’est-ce pas parce que Montréal, justement, est dans sa bulle et ne comprend pas le reste du Québec ?
Pierre Bouchard, Escoumins
14 novembre 2008
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —
