« Les anglophones du Québec ne se perçoivent pas vraiment comme une minorité. Pourquoi? Tout simplement parce que nombre d'entre eux ne désespèrent pas devenir, un jour, une majorité. Or la manière la plus sûre d'y parvenir, c'est encore de faire en sorte que les immigrants aient la possibilité de fréquenter l'école de leur choix, c'est-à-dire l'école anglaise. »
Murray Maltais

Le bulletin de Denis Lessard

Le PQ au pouvoir : davantage de cohésion, mais bien des embûches à venir

samedi 9 février 2013

(Analyse) L’automne dernier, c’était une comédie d’erreurs à Québec. Chaque semaine, les ministres du gouvernement Marois semblaient se disputer le bonnet d’âne. Presque six mois après l’arrivée du PQ au pouvoir, on constate davantage de cohérence : la période des turbulences quotidiennes paraît traversée.

Bien sûr, parfois on doit encore tirer la sonnette d’alarme. Quand un Pierre Duchesne empêtré dans ses discussions avec les universités et les étudiants tourne en boucle aux bulletins télévisés, on doit vite « écraser » avec une autre nouvelle. Cette semaine, on a envoyé Yves-François Blanchet annoncer un moratoire général sur le gaz de schiste - un pari sans risque que devaient réclamer les militants réunis à Drummondville en fin de semaine. Ce projet était de toute façon au congélateur : l’abondance de gaz naturel a fait chuter les prix, Talisman vient de retirer ses billes au Québec.

Mais la panique n’est plus quotidienne. L’impression d’avoir repris le contrôle du navire provoque dans les officines péquistes des velléités d’élections l’automne prochain, afin d’éviter une défaite sur le budget de 2014. Le menu du prochain conseil national du printemps - qui suivra celui qui débute aujourd’hui à Drummondville - sera l’indice de la détermination de Mme Marois à presser le pas. On compte les nouveaux emplois - 50 000 en cinq mois. Le Plan Nord s’essouffle, « à cause du marché international des métaux », et les finances publiques sont serrées, « à cause de l’incurie du gouvernement Charest ». Déjà Québec prend ses marques pour un sprint éventuel, même s’il approche d’un passage délicat : on s’apprête à annoncer de nombreux reports pour les projets d’immobilisation, toujours très attendus en région. Rien d’officiellement « annulé », mais l’horizon de cinq ans passera à dix.

D’ici là, un obstacle important se dresse sur la route. L’opération des colloques avant le sommet sur le financement des universités, à la fin du mois de février, s’est retournée contre le gouvernement. À chaque occasion, les étudiants, les professeurs ou les universités ont fait mal paraître le ministre Pierre Duchesne. Déjà, on prédit que Mme Marois devra elle-même prendre les commandes au moment critique. Duchesne est perçu par les siens comme un ministre secret, que la contradiction horripile, « un loner à la peau mince ».

L’ascendant de Lisée

Les stratèges péquistes s’inquiètent encore des bévues des ministres. Mais pas des mêmes qu’à l’automne. Jean-François Lisée semblait capable de marcher sur l’eau en septembre. Presque six mois plus tard, son ascendant n’est plus le même. À deux semaines du conseil national du PQ, il a failli ouvrir la boîte de Pandore linguistique en demandant plus de bilinguisme à la Société de transport de Montréal au moment où le gouvernement propose de donner plus de tonus à la Charte de la langue. Il était en Inde quand l’ordre est venu, sans appel, du cabinet de Mme Marois : « Boucle-la ! »

Lisée est probablement le ministre qui a la plus grande notoriété. Ses déclarations ont toujours plus de résonance dans les médias, explique-t-on. Cette semaine, il naviguait dans le bassin, plus peinard, de la coopération internationale.

« En observation » aussi, Martine Ouellet. Sa compétence n’est pas en cause - l’environnementaliste avait un bon bagage dès son arrivée. Mais, soupçonneuse, elle met toujours tout en doute, même les notes des fonctionnaires qui, pourtant, « jouent dans la même équipe ». Excédé, son sous-ministre a glissé la clé sous la porte, un vendredi. Durant les vacances des Fêtes, son chef de cabinet a fait de même. Un peu plus tard, ce sera l’attachée de presse. On aime bien Mme Ouellet, « elle n’a pas la langue de bois », mais on la tient à l’oeil.

D’autres ministres ont répondu aux attentes. Réjean Hébert, à la Santé, est incollable sur ses dossiers. Diane De Courcy, néophyte à Québec, était déjà une politicienne aguerrie. Bertrand St-Arnaud, très « institutionnel », est à sa place à la Justice. On craignait que Stéphane Bergeron ne soit un loose cannon, il fait plutôt preuve de prudence dans le dossier délicat de la police. Studieux, Sylvain Gaudreault a fait mentir ceux qui prédisaient qu’un ministre serait écrasé par le cumul des Affaires municipales et des Transports. Stéphane Bédard, au Trésor, a fait quelques mauvaises entrevues, mais le ballon ne lui a pas échappé. Nicolas Marceau remplit mieux son habit de ministre des Finances et fait oublier le feuilleton de la taxe santé. Les stratèges péquistes voient d’un bon oeil aussi le jeune Pascal Bérubé, ministre délégué au Tourisme, très présent en région.

Une surprise : on s’attendait à ce que Bernard Drainville soit une source régulière d’embarras. Au début, le ténébreux ministre craignait d’être tombé dans un marché de dupes ; pour le punir, on l’aurait nommé à un ministère de façade, sans fonctionnaires et sans programmes ! Depuis, le ministre de la Démocratie légifère plus vite que son ombre. La défense de ses projets de loi lui vaut une notoriété enviée des collègues... et il ne parle plus de la disparition du Parti québécois !


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