Ah ! Quelle monstruosité que ce FLQ, n’est-ce pas ! Quels mauvais garnements que ces deux douzaines de jeunes gens inexpérimentés et naïfs qui ont cru faire une révolution alors qu’ils n’avaient même pas le nombril sec ! Et pourtant, ce capitalisme de prédateurs, d’une oligarchie qui n’a eu de cesse de nous noyer, quels libérateurs nous ayant apporté la démocratie et le fair-play, hein ! Quels héros que ces trois colombes : le naïf Gérard Pelletier, qui sent bien qu’il a été eu mais veut se convaincre que, après tout, ce n’est pas possible ; Jean Marchand, qui, ayant accès aux mêmes renseignements que les autres, provenant de la GRC et des services secrets de l’armée, sait que les felquistes sont moins de trente et joue au Bonhomme Sept-Heures en nous parlant de 3000 révolutionnaires sanguinaires ; Pierre Elliott-Trudeau, encore plus au parfum que les deux autres, mais qui n’a de cesse de mépriser les siens au profit des autres et se singularise en devenant le seul chef d’un gouvernement occidental dit démocratique qui, après 1945, décrète la loi martiale non pour assurer l’ordre et le bon gouvernement mais pour apeurer le bon peuple contre sa propre libération par l’indépendance et le syndicalisme !
Les soldats ontariens qui, en 1917, ont fait quelques morts et 70 blessés à Québec lors d’une manifestation contre la conscription ont seulement fait régner l’ordre canadian. Ceux qui ont abattu froidement les embusqués québécois, sans armes, pendant la Deuxième Guerre mondiale, sont des héros au coeur pur. Les agents de la GRC ayant brûlé des bâtiments et fait des opérations sous fausse bannière, incluant la pose et l’éclatement de bombes en les signant FLQ, n’ont accompli que leur devoir canadian. P.E.T., en amalgamant Parti québécois et FLQ dans l’opinion publique, Robert Bourassa et le conseiller juridique de la ville de Montréal, en désignant 500 personnes innocentes à l’arrestation jamais suivie d’accusations et de condamnations, ne faisaient que leur devoir de serviteurs publics, comme on dit filles publiques.
Comme l’affirme, du haut de sa superbe, Denise Bombardier dans Le Devoir des 12 et 13 septembre 2009, ceux qui se sentent remués par ces détails ne sont que des primaires, pour ne pas dire des primates. Mort d’homme il y a eu, et malheur à ceux qui se demandent encore si Pierre Laporte est mort des mains de quelques illuminés ou parce que ces derniers ont voulu l’empêcher de se lancer par la fenêtre et, pour ne pas paraître sentimentaux plutôt que durs révolutionnaires, ont revendiqué l’avoir froidement exécuté avec sa chaînette. Même si les Hell’s Angels, avec leurs centaines de membres, leur trafic de drogue et de filles et leurs quelques douzaines de meurtres, dérangeaient un peu le calme bucolique, cela ne constituait qu’un détail comparé aux crimes du FLQ, pas besoin de la loi martiale pour ça, seulement une brigade conjointe de la GRC, de la SQ et de la police de la C.U.M. provoquant des guerres de gangs et des dizaines de meurtres entre mafieux mais aussi mort d’innocents. Ces meurtres ne comptent pas, comme ne compte aucunement que Pierre Laporte ait aussi été autre chose qu’un honnête ministre d’un gouvernement aux cent mille emplois ; fallait-il qu’il meure pour autant ? Non, absolument pas, mais de là à le coiffer de l’auréole... Comme les camions de la Brink’s, en avril 1970, qui jouaient dans la même pièce de boulevard que les coeurs tremblants et les genoux saignants évoqués par P.E.T., cet héritier du Parc Belmont et des Huiles Champlain qui remerciait ainsi les concitoyens ayant engraissé la succession qui lui permettait de vivre comme bon lui semblait.
Admirez, bonnes gens, qu’un ministre, enfant né au Moyen-Orient et vivant encore dans son pays en 1970, s’arrache aujourd’hui des larmes scandalisées devant ceux qui osent évoquer le manifeste de révoltés québécois en 1970, comme si ce qui s’était passé ici à cette époque hantait sa mémoire. Surtout, ne croyez pas que sa tartufferie soit commandée par son patron, celui qui demeure blanc comme neige chaque fois qu’il salit son nid et sa nation.
Surtout, repoussez cette affreuse pensée qui vous vient malgré vous que tout cela relève d’un accord général d’une partie non négligeable de vos élites avec ceux qui vous annexent et vous trompent tout en achetant ces derniers avec des prébendes, des commandites, des dessous de table, des colifichets, des titres et des chiffons rouges. Faites comme ces gens bien nés ou aussi mal nés que vous, le cul dans l’eau bénite, profitez des occasions propices à dorer votre réputation publique et votre portefeuille en dénigrant votre nation, votre peuple, vos frères. Soyez post-modernes, que diable !


