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Accession à l’indépendance :
« Le Monténégro n’est pas le Québec », dit Alain Juppé
Robert Dutrisac
Le Devoir
samedi 8 avril 2006


Québec - L’ancien premier ministre français Alain Juppé estime que le seuil de 55 % de oui, tel que reconnu par la France et l’Union européenne pour rendre possible l’accession à l’indépendance du Monténégro, ne saurait s’appliquer au Québec.

« Le Monténégro n’est pas le Québec », a déclaré Alain Juppé quand un journaliste lui a demandé si ce précédent devrait guider la France dans sa reconnaissance d’un Québec souverain à la suite d’un prochain référendum. Professeur invité à l’École nationale d’administration publique (ENAP), M. Juppé donnait une allocution qui avait pour thème les crises et les hommes politiques, lors d’un événement organisé par la Chambre de commerce française au Canada, section Québec.

« Naturellement, les pourcentages qui ont été évoqués valent pour le Monténégro et ne valent pas ailleurs », a dit M. Juppé. Premier ministre de 1995 à 1997, M. Juppé a aussi occupé le poste de ministre des Affaires étrangères de 1993 à 1995 sous le gouvernement d’Édouard Balladur.

Le professeur invité a évoqué sa visite au Québec en tant que premier ministre au printemps 1996 alors qu’il était reçu par le premier ministre Lucien Bouchard. C’est sur les bords du Saguenay qu’il a « senti qu’entre le Québec et la France, entre les Français et les Québécois, il y a quelque chose d’unique [...]. J’ai senti une proximité, des affinités avec le peuple québécois tout à fait profondes », a-t-il relaté.

« J’avait dit en 1996 : "De toute façon, nous vous accompagnerons, quels que soient vos choix." Je n’ai pas changé d’avis », a ajouté M. Juppé.

Alain Juppé a rappelé la situation particulière du Monténégro, bien différente de celle du Québec. « Nous sommes dans les Balkans, une région qui a été déchirée depuis des siècles, particulièrement depuis 10 ou 15 ans, par des guerres fratricides, le nettoyage ethnique, et qui, aujourd’hui, par la voie démocratique, va choisir, au Monténégro, peut-être demain au Kosovo, son destin », a-t-il indiqué. L’Union européenne a dit souhaiter que les Monténégrins déterminent eux-mêmes à quelles conditions le vote pourra être acquis, a-t-il souligné.

De passage au Canada le mois dernier, le ministre français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, n’avait pas voulu se prononcer à ce sujet en conférence à Ottawa, affirmant que « c’est une question intérieure au Canada ».

C’est le 21 mai que cette ancienne république de l’ex-Yougoslavie de 650 000 habitants doit décider si elle devient un pays indépendant par voie de référendum. Les électeurs monténégrins auront à répondre oui ou non à la question suivante : « Voulez-vous que le Monténégro soit un État indépendant avec une totale légitimité internationale et juridique ? »




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