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Le « Maître chez nous » de M. Mario Dumont n’est pas crédible
M. Dumont n’a ni la volonté, ni la vision que suppose le leadership pour livrer au Québec une quelconque « Autonomie économique »
Jean-Claude Pomerleau
Tribune libre de Vigile
jeudi 18 octobre 2007      258 visites


En réponse à la lettre d’opinion de M. Mario Dumont, député de Rivière-du-Loup et Chef de l’Opposition officielle, parue le 16 octobre 2007 et intitulée « L’autonomie économique : un devoir de leadership ». (1)

« Maître chez nous », vers un État optimal

Quelle surprise de constater que M. Dumont découvre maintenant les vertus de l’interventionnisme de l’État et de l’utilisation de ses leviers comme moyens de développement économique de la nation. Lui qui nous a depuis longtemps habitués à un discours néolibéral visant à la marginalisation et à la déstructuration de l’État, voici qu’il nous donne du « Maître chez nous », deux fois plutôt qu’une.

M. Dumont devrait savoir que ce slogan politique aurait vite été mis aux poubelles de l’histoire n’eut été du fait que ce « Nous, peuple du Québec  » s’est incarné concrètement dans des structures d’un État moderne, avec une stratégie d’en tirer le maximum pour le bien commun dans toutes circonstances. À titre d’exemples, la nationalisation de l’Hydro-Québec et la création de la Caisse de dépôt et placement (avec des actifs combinés de plus de 200 milliards) sont les résultats de décisions politiques lucides et courageuses prises par des hommes politiques comme MM. Jacques Parizeau et Bernard Landry, entre autres. Quand la volonté politique se transforme en actes dans l’État, cela rapporte inévitablement des dividendes pour l’ensemble des citoyens du Québec. Voilà ce que certains veulent nous faire oublier.

Malgré le fait que le modèle québécois demande périodiquement des ajustements stratégiques et tactiques, on doit admettre que l’utilisation de l’État comme levier de développement nous a été profitable. Le Québec, comme demi État annexé par un autre, a réussi ce tour de force. Alors, essayons d’imaginer ce qui aurait pu être fait avec un État entier maîtrisant l’ensemble de ses leviers de développement, c’est-à-dire un État optimal. M. Dumont avait-il cela en esprit lorsqu’il s’est rangé dans le camp du Oui lors du référendum de 1995 ?

Il est évident qu’un Oui gagnant en 1995 nous aurait possiblement permis de créer un État optimal du type de ceux que l’on trouve en Europe du Nord (Suède, Norvège, Finlande, Danemark et Islande), qui sont les pays les plus avancés au monde dans le domaine de la création et la répartition de la richesse. Le Québec en a les caractéristiques, mais il lui manque les conditions.

Malgré son engagement d’assumer un « devoir de leadership » en matière de développement économique dans le cadre de son « autonomie », on peut douter cependant que M. Dumont arrive à nous produire un État optimal. À cause de son confinement idéologique, fédéraliste de droite, je doute, en effet, qu’il puisse apprécier correctement les deux conditions qui permettent la réalisation de ce genre d’État optimal : l’indépendance d’une part, et la social économie, d’autre part (2).

L’indépendance, parce que le Québec doit avoir entre ses mains tous les leviers de décisions pour se donner une stratégique d’État cohérente en matière de développement.

La social économie, parce qu’un État-nation de la taille du Québec doit réunir tous les acteurs socio-économiques (gouvernement, patronat et syndicats) pour se donner des objectifs clairs qui vont dans le sens des intérêts supérieurs de la nation. L’oscillation du noyau central de décision entre le centre gauche et le centre droit est la formule qui permet d’élargir la base participative à la stratégie d’État. Un gouvernement qui autorise un déséquilibre à cet égard favorise un braquage idéologique stérile qui nuit au projet d’État optimal, ce que fait actuellement le gouvernement libéral fédéraliste de M. John Charest.

Le fédéralisme a mené à la déstructuration de nos voies de commercialisation

Supposons que le Québec porte M. Dumont au pouvoir pour lui permettre d’assumer son « devoir de leadership » en matière économique, ce dernier pourrait-il nous indiquer cependant quels seront les actes d’État que son gouvernement va poser pour réparer les torts énormes causés par l’ensemble des décisions du gouvernement fédéral qui ont mené à la déstructuration des voies de commercialisation du Québec au cours des années ? Sachant que le Québec exporte proportionnellement 3 fois plus que le Japon et que cette activité est cruciale pour le maintien de son niveau de vie et vu l’importance de l’enjeu, il serait bon, en effet, de connaître l’opinion du Chef de l’Opposition officielle sur le sujet.

Quand on prend conscience du défi qui se pose au Québec en matière de restructuration de ses voies de commercialisation, les silences et suggestions de M. Dumont laissent songeur. On peut raisonnablement croire cependant que son affiliation idéologique avec le gouvernement Harper le limite dans ses capacités à se porter à la défense des intérêts supérieurs du Québec en cette matière.

Pour ce qui est du plan d’investissement de 2 milliards$ du gouvernement fédéral concernant les voies de commercialisation, on sait qu’Ottawa a décidé de prioriser le corridor Québec- Ontario, alors que le corridor Québec-New York, beaucoup plus important avec ses 60 milliards$ de commerce, est totalement négligé (3), à la grande déception de la présidente de la Chambre de Commerce de Montréal. Le silence de M. Dumont sur un enjeu aussi important ne peut s’expliquer que parce qu’il a choisi de ne pas embarrasser ses alliés idéologiques à Ottawa. Ce choix s’est fait au détriment de la défense des intérêts supérieurs du Québec. Idéologie, quand tu nous tiens !

Il ne fait aucune doute, à mon avis, que la suggestion d’investir dans un train Québec-Windsor ne doit pas avoir priorité sur une liaison moins coûteuse et plus prometteuse Québec-New York (US). À cet égard, M. Dumont, qui veut prendre le train pour « vaincre l’immobilisme », semble avoir pris la direction de l’intégration canadienne plutôt que celle que commandent les intérêts supérieurs du Québec qui exigent de favoriser nos communications vers un marché autrement plus important (100 millions de clients dans un rayon de 1 000 km.). Est-ce un hasard si son choix rejoint celui de La Presse, dont une des « plumes à gage » fut affectée à la mission de lui écrire une biographie dans le but de lui construire un «  profil » comme premier ministrable ? Idéologie, quand tu nous tiens !

M. Dumont, Chef de l’ Opposition officielle, ce « gouvernement en attente  », qui nous rejoue le slogan du « Maître chez nous partie 2 » et nous promet « l’autonomie économique », sait-il seulement que « le pouvoir est dans ses communications et entièrement dans ses communications » comme l’explique si bien le géographe Jean-René Marcel Sauvé et que faute de les contrôler effectivement (4), on se confine à l’insignifiance en matière de stratégie d’État.

Conclusion.

M. Dumont n’a ni la volonté, ni la vision que suppose le leadership pour livrer au Québec une quelconque « Autonomie économique ». De plus son affiliation idéologie (fédéraliste de droite) limite sa capacité de défendre les intérêts supérieurs du Québec. Sa réaction timorée au Discours du Trône est éloquente à cet égard. Il a préféré cacher sa démission en critiquant l’ineptie de M. Charest, plutôt que de se porter à la défense de « l’autonomie » du Québec, de peur d’embarrasser son ami M. Harper

Le « Maître chez nous » de M. Mario Dumont n’est pas crédible.

Jean Claude Pomerleau

(1) http://www.ledevoir.com/2007/10/16/160651.html

(2) http://www.vigile.net/Oui-mais-a-deux-conditions-l

(3) http://www.vigile.net/Corridor-ou-cul-de-sac

(4) Pour se faire une tête en matière de géopolitique je suggère fortement à M. Dumont de consulter les réflexions d’une sommité ignorée des médias, M J.R.M. Sauvé, dont on peut lire quelques textes ici : http://www.vigile.net/_Sauve-Rene-Marcel_

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