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La fabrication du consentement à la guerre
Le Grand départ des militaires de Valcartier
Radio-Canada en première ligne : illustration de la couverture militaire
Normand Beaudet, Alexandre Vidal
Tribune libre de Vigile
jeudi 19 mars 2009      940 visites      5 messages


C’est maintenant dans l’indifférence que nos jeunes soldats meurent en Afghanistan. Il y a quelques semaines le soldat Sean David Greenfield est mort, comme 49 autres de ses frères d’armes, n’avaient pas franchis le seuil des 25 ans. Encore hier trois autres soldats canadiens sont morts. Puisque volontaires, dans une démocratie, ces jeunes et tous les autres soldats de Valcartier qui partent maintenant auraient consentis à participer à cette guerre. Est-ce véritablement le cas ? Sont-ils informés adéquatement pour s’engager dans une telle aventure ?

La fabrication du consentement en action

Le code journalistique de Radio-Canada souligne l’importance des média électronique, et surtout de la « Première chaîne » télévisuelle pour une information juste et équilibrée.

En septembre 2007, cinq organismes citoyens membres du regroupement Échec à la guerre déposent une plainte à l’Ombudsman de Radio-Canada pour dénoncer la couverture biaisée de la société d’état par rapport au conflit afghan, favorisant le point de vue du gouvernement canadien et des Forces canadiennes. « Le Canada est en guerre pour assister la population afghane qui souffre. »

La plainte, très précise, traite exclusivement de la couverture télévisuelle de Radio-Canada lors du premier déploiement en Afghanistan des troupes de la base militaire Valcartier, au cours des mois de juillet et août 2007. Elle affirme que nos médias d’information évacuent les enjeux géostratégiques, le pourquoi de la guerre, au profit d’une insignifiante couverture de théâtre tactique.

Après évaluation de la plainte, l’Ombudsman prend la décision d’inclure également la couverture pour juin, ainsi que la totalité de la couverture médiatique (télévision, radio et même internet) dans l’espoir de démontrer l’objectivité de la société. A la lecture de la décision, il semble que Madame Julie Miville-Dechêne ait été incapable de refuser la plainte des organismes de paix autrement que par cette méthode touchant plus de 200 événements de couverture. Elle souligne son incapacité à juger des omissions dans la couverture.

Cette distorsion de la plainte ne semble pourtant pas suffire. Le rapport final de l’Ombudsman de notre société d’état doit pousser à un seuil d’insignifiance la notion d’objectivité journalistique pour pouvoir atteindre l’objectif du rejet de la plainte. Quitte à friser l’absurdité, les événements médiatiques relevés sont discriminés en deux catégories : la simple couverture d’un évènement de type reportage, et une deuxième catégorie qui comprend les entrevues d’analyse. Ainsi, 80% des éléments médiatiques sont automatiquement rejetés comme des reportages de couverture, objectifs par défaut. Le journaliste ne fait que rapporter l’événement, peu importe le fait que la Défense Nationale et le gouvernement soient derrière l’événement et en profitent pour passer leur message.

Pour le simple citoyen qui tente de comprendre la logique, la conclusion est simple. Celui qui a les moyens de fabriquer l’évènement médiatique, contrôle l’information. L’État a les moyens, c’est son message qui passe.

Nos jeunes citoyens, une opposition muselée

Nos plus jeunes concitoyens, ceux directement ciblés pour participer à cette guerre, ont compris le message. Ils se sont mis à la tâche dans la conception d’évènements anti-guerre. Le cœur de leur analyse : « Le Canada est en Afghanistan, au service du Pentagone, pour établir un régime capable de contrôler les visées de l’Iran, de la Russie et de la Chine sur les richesses fossiles de la mer Caspienne. »

Les organisations étudiantes ont orchestré des dizaines d’évènements de protestation contre le recrutement militaire dans les institutions scolaires et au centre de recrutement des Forces canadiennes. Évidemment, nos institutions scolaires ne doivent pas être des lieux d’endoctrinement.

Toutefois, aucun évènement d’opposition au recrutement n’a été considéré comme digne d’une couverture par les services télévisés, encore moins la chaîne principale de notre valeureuse société d’état. Ni les manifestations mensuelles devant le centre de recrutement des Forces Canadiennes, ni les actions théâtrales d’opposition aux tables de recrutement et encore moins l’opposition à la présence des cadets de l’armée lors des évènements militaires pendant le 400e de Québec. L’indifférence totale.

Les événements organisés par les premiers intéressés par la guerre, les jeunes, recrutés et sujet à partir au front, n’intéressent pas nos journalistes de la télévision. On ne s’intéresse à eux qu’à l’instant précis où ils reviennent en cercueils semble-t-il.

Les universités et les instituts de recherche : des fabriques à propagande ?

Ce qui intéresse nos média, c’est l’information objective des chercheurs.

Grâce à ses énormes budgets, le Ministère de la défense a donc mobilisé, au service des Forces canadiennes, un imposant réseau de centres de recherches universitaires en sciences politiques. Son outil, un programme de financement nommé le Forum sur la sécurité et la défense (FSD) qui a pour but de mouler les cerveaux de nos plus brillants universitaires, souvent nos jeunes, au militarisme.

Ces centres sont devenus le gagne pain d’une centaine d’éminents spécialistes des sciences politiques, de la géostratégie, des affaires internationales et des enjeux sécuritaires de toutes sortes. Plusieurs de ces chercheurs sont maintenant bien connus du public. Selon le rapport annuel du FSD, au cours de l’année 2006-2007, les spécialistes de ces Centres au Canada ont pris part à 420 événements spéciaux, donnés 1 200 entrevues dans les média et publié 115 lettres d’opinion dans les journaux.

Dans le contrat de financement d’un centre de recherche financé par la Défense nationale, il y a des clauses obligeant les communications médiatiques. Dans le cas de la Conférence des associations de la défense, un lobby militariste, cette organisation doit s’engager à appuyer des activités qui, selon les exigences de la Défense nationale « contribuent manifestement aux politiques nationales du Canada ». On apprend dans le même document que l’organisation doit annuellement « obtenir des médias au moins 100 demandes d’entrevues et de documentation pour la radio et la télévision ». Est-ce le type d’exigences auxquelles se soumettent les Centres de recherche universitaires et les chercheurs pour obtenir, eux aussi, les fonds du FSD ?

Il est difficile à croire que la Défense nationale finance de façon désintéressée les chercheurs en science politique. L’analyste-chercheur à la télé vous informe-t-il, ou est-il là pour vous endoctriner ?

Une affaire de spécialistes ?

Pourtant, les occasions de présenter des couvertures critiques de l’armée ne manquent pas, et le mouvement « Cadets Canada » en est un exemple flagrant. Le silence total de Radio-Canada sur cette question a de quoi laisser songeur. Heureusement, les syndicats d’enseignants commencent à travailler sur la question.

Dans le contexte de guerre actuelle, la ligue navale du Canada intéresse vos jeunes à la culture militariste dès l’âge de 9 ans. Pour le mouvement «  Cadets Canada » dans son ensemble, 50 000 jeunes, plus de 200 millions de budget, les efforts d’intéressement s’effectuent dès la sortie de l’école primaire, soit, 12 ans. Lorsqu’on réalise que ces organismes utilisent les infrastructures scolaires québécoises pour hameçonner nos jeunes et même pour y tenir leurs activités, nous sommes en présence d’un enjeu médiatique tout ce qu’il y a de plus préoccupant.

Les questions relatives au recrutement ne sont qu’un exemple parmi d’autres. Les nombreux contacts avec les journalistes de Radio-Canada ont permis de saisir comment se fabrique le consentement des Canadiens à la guerre. Les directeurs de l’information de notre société d’État ont réussi à convaincre leurs subalternes que les questions militaires sont trop complexes pour en faire l’analyse. Puisque politiquement trop délicates et controversées, elles ne devraient apparemment être l’apanage que d’experts de l’armée ou de spécialistes prétendument indépendants provenant d’institutions académiques. La couverture des guerres et des conflits dans nos médias est donc devenu le terrain exclusif des universitaires souvent soutenus par l’armée, des ex- « hauts gradés de l’armée » et des politicailleux qui suivent la lignes de partis.

Si il en est ainsi pour une Société d’état indépendante, comment en serait-il autrement pour les média électroniques privés, qui salivent déjà face aux milliards qui sont entre les mains des militaires ? Pour les patrons, les journalistes sont trop occupés à chasser la quotidienneté de la nouvelle et ils ne peuvent pas saisir la subtilité de ces enjeux politiques sensibles.

Cette structure qui a pour but de fabriquer le consentement populaire ne semble heureusement, à long terme, pas donner les résultats escomptés. L’opposition populaire à la guerre s’est transformée pour beaucoup en indifférence et pour certain, grâce à l’information disponible sur internet, en cynisme. Les premières victimes en sont la population Afghane, puis nos jeunes militaires et finalement les média qui négligent de protéger la démocratie.

La fabrication du consentement à la guerre doit, de tout évidence, devenir une préoccupation centrale pour les journalistes consciencieux. La loi sur la protection du consommateur condamne la publicité trompeuse. Compte tenu de ses conséquences dramatiques, devons-nous aussi condamner la propagande trompeuse de l’armée ?

Alexandre Vidal, Campagne étudiante antirecrutement .info

Normand Beaudet, membre fondateur du Centre de ressources sur la non-violence.

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —




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Vos commentaires:
  • Le Grand départ des militaires de Valcartier
    19 mars 2009, par MichelG
    Le seul fait de parler des morts des agresseurs et de nejamais parlr des morts des agressés en dit long sur dictature Canada
  • Le Grand départ des militaires de Valcartier
    21 mars 2009, par Jean-François-le-Québec

    C’est quand même terrible de penser que présentement (mars 2009), le Québec est l’une des provinces qui fournissent le plus de recrues à l’armée « canayenne ». Plus que l’Ontario !

    Je me souviens de cette jeune femme francophone de 25 ans, étudiante en psychologie, affirmant aux nouvelles de LCN, qu’elle était très heureuse de s’être enrôlée ! Et qu’elle n’avait pas peur d’aller en Afghanistan ; qu’elle croyait que la plus belle contribution qu’elle pouvait faire à notre société, c’était de mourir, de « sacrificer sa vie » (sic) là-bas, si ça pouvait aider à amener la démocratie là-bas, ou si ça pouvait sauver la vie d’autres soldats « canayens »... Je ne sais pas si les recrues originaires du pays de Stephen harper, feraient le même sacrifice pour elle...

    Le Rest of Canada est non seulement en train de nous prendre notre langue (à en juger par le vocabulaire de la jeune fille en question)... ce pays qui n’est pas vraiment le nôtre, réussit aussi, à nous prendre certaines de nos jeunes femmes en âge d’avoir des enfants, en les envoyant mourir dans le sable du désert du Proche Orient, en l’occurence !

    Amis Québécois, diable, réveillez-vous ! Il est plus que temps !


  • Le Grand départ des militaires de Valcartier
    21 mars 2009, par MichelG
    Effectivement ces jeunes Québecois sont endoctrinés par les menteurs de Propagande Canada. 4 morts et des dizaine de blessés inutiles encore ce matin . Il est vraiment temps de dénoncer jour et nuit cette agression criminelle contre une nation désarmée . Déjà 5 millions d’Afghans sont en exil dans le monde et les morts civils se comptent par centaine de millers Les jeunes mal instruis et sans direction se laissent livrer comme chair à canon Ils reviendront ici détruis pour la vie ou les pieds devant
  • Le Grand départ des militaires de Valcartier
    22 mars 2009, par Jean-François-le-Québécois

    @ Michel G :

    Mais, monsieur G, on ne parle pas ici de jeunes gens mal instruits, et sans direction dans la vie, comme vous dites, mais dans le cas de l’exemple que j’ai récemment fourni, d’une jeune femme de 25 ans, étudiante au baccalauréat en psychologie, à l’UQAM !

    Mais ce qui me dérange le plus, ce qui m’a marqué le plus, c’est cette curieuse façon qu’avait la jeune fille, d’évoquer en étant « interviewée » à LCN, la possibilité de « sacrificer sa vie », avec un sourire radieux... Très, très dérangeant ; déstabilisant. Est-ce une fin si... belle, disons, pour une jeune Québécoise, qui a encore toute la vie devant elle, et qui est sur le point de décrocher un diplôme pour oeuvrer comme professionelle, en tant que psychologue, que de mourir pour le Canada ?

    On parle de mourir pour le Canada, mourir pour Stephen Harper (et sa vision de la démocratie) ; et mourir pour garder en place le gouvernement incompétent et arrogant de monsieur Karzaï, là-bas... Mourir sous les balles des talibans, ou sur les lieux d’un archi-bête accident, chose fréquente avec l’armée « canayenne » ; le genre d’armée, selon les dires d’un ancien casque bleu québécois (son nom m’échappe, hélas), qui a écrit un livre, qui peut demander (l’armée en question) à des soldats québécois de marcher sur un terrain qu’on soupçonne d’être miné... Ce pour vérifier, s’il y a bel et bien des mines, sur le dit terrain...

    Ça me fait penser à une discussion que j’ai eue, avec un jeune soldat affecté à la base de Valcartier, que j’ai connu, il y a 4 ans ; lors d’une conversation, entre lui et moi, il m’avait dit : « Heille, cette armée-là (canadienne), c’est dirigé par des cabochons. T’avais pas compris ça ? »


  • Le Grand départ des militaires de Valcartier
    23 mars 2009, par MichelG
    Oui mais il faut tout de même distinguer entre instruis d,une technique et instruis de la vrai vie. avoir un doctorat ne signifie pas être socialisé etêtre à l,épreuve des mensonges de propagande Canada . Ces jeunes sont trompés par des menteurs eux mêmes trompés . Ils massacrent une nation désarmée qui résiste avec courage contre les agresseurs Canadians et Quebecers Et dire que nos milliards en impôts servent à commettre ces crimes contre l’humanité au lieu de servir au développement et à la paix pour tous Et celui qui veut remplacer Harper le paysan d’extrème droite , le slave royaliste et impérialiste Igantieff est pire qu’Harper étant un sioniste actif ayant travailler après des russophones en Israel et qui affirme son racisme dans tous ses écris

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