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Le Frère André et nos super-illettrés
Jacques Noël
Tribune libre de Vigile
dimanche 17 octobre 2010      632 visites      9 messages


La canonisation du Frère André (1845-1937) nous rappelle qu’il était illettré comme la plupart des Québécois de sa génération. Le manque d’éducation a longtemps été perçu comme une tare nationale, une véritable honte, LA cause première de notre (relative) pauvreté, de tous nos retards. Une tare que la Révolution tranquille allait enfin éradiquer avec ses immenses polyvalentes et ses nombreux cegeps semés aux quatre coins du Québec. On oublie évidemment que tout le tiers-monde, début 20e, était encore plus illettré que notre Dédé et que, dans le monde industrialisé, seules les élites étaient scolarisées. Comme icite dans nos collèges classiques. Passons. Passons au 21e.

Qu’ont en commun Céline Dion, Ginette Reno, Mario Lemieux, Gilles Villeneuve, Armand Bombardier et Guy Laliberté, les plus belles réussites québécoises à l’étranger ? Z’ont jamais fini leur secondaire ! Ce sont de gros drop-out, des quasis-illettrés, des "illettrés fonctionnels" qu’on dirait dans le nouveau jargon des logues (parait que 42% des Québécois ne savent toujours pas lire selon ces nouveaux critères, Jean-Daniel nous l’a rappelé récemment ; on peut se consoler en pensant qu’en Suisse c’est 43%...) Leur "illettrisme" ne les a nullement empêchés d’atteindre des sommets inouis qui font rêver bien des post-docs qui survivent sur les prêts et les bourses....

Qu’est-ce qui explique le succès phénoménal de nos super illettrés ? La passion et la pratique. La passion de leur art. Et la pratique très tôt dans leur vie.

Dans son 10,000-Hour Rule, Malcolm Gladwell a examiné les facteurs qui contribuent au succès d’un individu. Au succès de très haut niveau s’entend. Il a découvert la règle des 10,000 heures, le temps qu’il faut pratiquer et s’exercer pour devenir un grand maitre dans son domaine. Un super-champion.

Ginette Reno chantait dans les bars à 13 ans. Gilles Villeneuve conduisait sur les genoux de son père à 10 ans. A 5 ans, Céline Dion chantait sur la table de ses parents. Mario Lemieux patinait à 3 ans. Armand Bombardier détruisait les poupées de ses soeurs pour voir comment elles étaient faites. Avant d’être une question d’études et de diplômes, le succès professionnel est d’abord une question de pratique et de passion.

On fait tout un plat sur le décrochage scolaire, surtout celui de nos gars. C’est devenu la nouvelle tare, l’ennemi national numéro un. Ayant étudié 20 ans (presqu’autant que M. Barberis...), dans 4 universités (presqu’autant que M. Barberis), je ne ferai certainement pas l’éloge des décrocheurs. Mais l’éducation n’est pas tout dans la vie. Avant de mettre du plomb dans la tête de nos gars, si on les poussait d’abord au bout de leurs passions ?

PS : J’aurais pu ajouter Robert Lepage, Alexandre Despatis et André Mathieu à la liste de nos super illettés. Ils ont à peine complété leur secondaire.




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Vos commentaires:
  • Le Frère André et nos super-illettrés
    17 octobre 2010, par andre taillon

    J’écrivais le 1 mars 2009 sur Vigile « Marasme ou réussite collective » À 15 ans, mon grand-père, Cléophase, avait trouvé un emploi comme bedeau à la paroisse de Mont-Laurier. Un jour, le curé lui a demandé de remplir un formulaire de décès pour un citoyen de la région. Celui-ci lui répondit qu’il ne savait ni lire, ni écrire. Alors, le pauvre curé découragé a du le remercier de ses services, à cause de son manque d’instruction. Pourtant, à 25 ans, il est devenu propriétaire d’une ferme laitière qu’il l’avait rendu l’homme le plus riche de sa région. En 1931, un vendeur de Ford lui proposa le nouveau model T, il l’accepta sur le champ. Afin de conclure la vente, il signa d’un X un chèque. Étonné, le vendeur qui connaissant sa fortune lui demanda : « M.Taillon, vous qui êtes le cultivateur le plus riche de Mont-Laurier, qu’auriez-vous fait si vous aviez eu de l’instruction ? » Cléophase lui répondit : « Je serais bedeau !
    Nous serions à plusieurs égards mieux gouvernés par un illettré avec une bonne équipe autour que par un intellectuel à pipe sans vision d’avenir genre Fécal. Je pense professeurs, aux avocats, docteurs, journalistes. Ceux et celles qui traverse bien l’écran et qui maitrise très bien le verbiage afin de nous endormir à tout les 4 ans ! Vous me suivez ?
    Pensez à Jacques Demers aujourd’hui sénateur ! Et à combien d’autres hommes du Québec qui ont bâti ce Pays que nous sommes sur le point de démanteler, justement à cause de ses bien pensant de ce monde !
    Je suis écœuré de voir ces têtes à claque décider à notre place de notre avenir et ce qui est bon pour le peuple. Ils et elles ne sont que des gestionnaires d’échecs rien de plus.
    André Taillon
    http://www.tagtele.com/videos/voir/39617
    http://www.youtube.com/watch?v=lf7k...


  • Le Frère André et nos super-illettrés
    17 octobre 2010, par Sébas

    Bien d’accord avec vous Jacques Noël !
    J’aime beaucoup ce genre de critique/d’analyse !

    Je rajouterais que depuis que le "monde est monde", la plupart des génies/des grands créatifs/des grands stratèges/des grands penseurs/etc, sont des NON-CONFORMISTES.

    *

    Comment pouvons-nous croire que ;

    - le "système" centralisé "d’édukââsssion" (comme si nous étions bien servis par les "systèmes" one-size-fits-all !) ;

    - les méthodes démagogiques, euh, pédagogiques uniformes actuelles ;

    - la "ritalinisation" des enfants "turbulents" -sic- ou en "déficit d’attention" -re-sic- (en passant : la plupart des génies actuels s’ennuient à l’école et ce, avec raison et de l’Oméga 3 remplace avec plus d’efficacité et moins d’effets secondaires les "droyes" fortes, comme le Ritalin.) ;

    - le manque d’activité physique, avec seulement 1 heure de ce genre d’activité (en (re)passant, nos ancêtres disaient : "un esprit sain dans un corps sain" !),

    ... puisse produire des génies, des libres penseurs, des individus créatifs/actifs et/ou autonomes ?

    ***

    De toute façon, pour ce que vaut l’instruction (et non pas "éducation", terme/action qui devrait être avant tout une affaire de famille ou non pas une ’expertise’ réservée à des CPE ou aux écoles), aujourd’hui...

    - Le nivellement par le bas est incroyable. L’abrutissement -diplôme en poche !- généralisé...

    - Un universitaire d’aujourd’hui sait moins bien écrire que ’diplômé’ de 6-7e année de "l’ancien temps".

    - Un universitaire d’aujourd’hui peut faire 3 bacs et il n’arrivera même pas "au menton" d’un élève du cours classique et encore moins à la cheville d’un moine "intellectuel" -non-spécialisé- du moyen-âge...

    (pour ne nommer que ces quelques exemples)

    p.s.
    Je suis un "drop-out"(!) d’un "univers-sous-terre" hyper marxiste (UQAM), et fier de l’être !


  • Le Frère André et nos super-illettrés
    17 octobre 2010, par Sébas

    @ André Taillon :

    J’ai vraiment apprécié votre description d’une partie de l’histoire de votre grand-père. (en passant : j’ai passé une bonne partie de ma jeunesse/de ma vie à solliciter les avis des ’vieux’ et cela -i.e. leur sagesse !- vaut beaucoup plus que TOUTES les années que j’ai passé à chauffer les bancs d’écoles et/ou à "baver sur les pupitres" - littéralement).

    La fin [de votre anecdote] m’a fait rire(merci !), comme ce n’est pas possible/permis :

    "Je serais bedeau !" ("tout" est dans ces 3 mots !)

    Je suis presque certain que plusieurs des lecteurs "(post-post-post)modernes" -et ’bandés’ sur les études universitaires qui-font-foi-de-tout- ne comprendront pas la sagesse de tout ça...

    J’ai également aimé le restant de vos commentaire : je voterais pour une personnes comme vous, n’importe quand ! ;-)

    p.s.
    Cela étant dit, j’aime quand même plusieurs idées de J. Facal.

    p.p.s.
    J’aimerais bien lire les commentaires de Jacques NOËL par rapport à nos commentaires sur son texte.


  • Le Frère André et nos super-illettrés
    17 octobre 2010, par O

    P.S. La référence citée précédemment est :

    http://www.vigile.net/L-esthetique-...

    Ouhgo


  • un petit frère
    17 octobre 2010, par robert barberis-gervais

    M. Noël

    Je cherche à retrouver un texte récent que vous avez écrit (en commentaire, je crois) où vous blâmez les leaders souverainistes. Vous leur reprochez de manquer de bonnes occasions. Par exemple, pour la construction du nouveau colisée, on devrait en profiter pour souligner qu’avec les 50 milliards qu’on envoie à Ottawa en taxes et en impôts chaque année, un Québec indépendant pourrait financer le Colisée et on n’aurait pas besoin de supplier Harper. Il s’agit du texte où vous expliquez le développement phénoménal qui surviendrait à Québec avec les ambassades qui se construiraient etc.

    Donnez-moi la référence à ce texte que je le mette sur le bureau de mon ordinateur.

    Par ailleurs, vous faites de l’humour avec mon fameux paragraphe envoyé à Foglia mais qui ne lui était pas destiné : mon cv était pour Pierre Boivin.

    Vous m’impressionnez avec vos quatre universités. Moi, je n’en ai fréquenté que deux : l’Université de Montréal et l’Université Laval. Je ne suis jamais allé à l’Université de Barcelone. J’ai failli fréquenter la Sorbonne mais ma femme est tombée enceinte et ne voulait pas accoucher à Paris, alors je suis revenu au Québec : c’était en 1965.

    J’ai étudié longtemps parce que j’ai dû me recycler en Lettres après quatre ans de Grand Séminaire de Montréal (1960-1964). Je voulais être enseignant et avant 1960, les collèges classiques étaient aux mains de l’Eglise catholique. Quand je me suis rendu compte que c’est le cardinal Léger qui déciderait si je serais enseignant ou non, je ne lui ai pas fait confiance. J’ai quitté la robe noire et je me suis recyclé. Jusqu’au doctorat à l’université Laval en 1987 à 49 ans. Avec résilience, j’ai été un marathonien des études de la même façon que je me définis comme un marathonien de l’indépendance. Je n’ai pas l’intention de me cacher : je n’ai pas honte de mon parcours au contraire. J’ai beaucoup aimé l’école où j’ai passé toute ma vie comme élève ou comme professeur. Ceux que ça dérange, et ce n’est pas votre cas M. Noël, je leur dis merde.

    Une anecdote. Au Grand Séminaire, après le souper et la récréation, le Supérieur François Paradis (comme dans Maria Chapdelaine) faisait chaque soir une "conférence spirituelle". Le Frère Untel venait de publier ses Insolences. Je me souviens de la colère que j’ai éprouvée quand le Supérieur, avec mépris, dit : "Un petit frère qui critique nos seigneurs les évêques".

    C’est un autre petit frère qui est aujourd’hui canonisé, le frère André, qui par son lieu de domicile et ses activités de bienfaisance n’a aucun rapport avec les écoles tenues par les Clercs de Sainte-Croix.

    Salutations et n’oubliez pas la référence.

    Robert Barberis-Gervais, Mariei-Victorin, 17 octobre 2010


  • Le Frère André et nos super-illettrés
    17 octobre 2010, par Marcel Haché

    Et tout le Québec est en formation continue. Nous avons une loi du 1% qui fait obligation aux employeurs (exception pour les employeurs dont la masse salariale est de moins de 1 million $) de donner ce 1%$ en « formation » à leurs employés.

    On ne peut pas est contre la vertu, bien évidemment.

    Mais les Chinois sont en train de conquérir tous les marchés. Sortent à peine du sous-développement. Semblent ne pas trop s’en faire avec les diplômes.

    Mais Nous, est-ce qu’on peut s’en faire avec les diplômes de tous nos chauffeurs de taxis !


  • Le Frère André et nos super-illettrés
    18 octobre 2010, par Jean Paul Tellier

    La coupe Stanley à Montréal pour longtemps

    http://ygreck.typepad.com/.a/6a00d8...


  • M. Barberis
    18 octobre 2010, par jacques noel

    J’en ai parlé dans la réponse à M. Morin. Je prépare quelque chose sur le sujet

    Lors du dernier référendum, j’avais assisté à un diner organisé par l’organisateur du OUI dans la région de Québec. J’y étais allé de mes suggestions : faut mettre le paquet sur Québec capitale nationale. C’est nous autres qui allons le plus profiter de la souveraineté. Québec va connaitre un gros boom démographique et économique en devenant une capitale nationale grâce à l’arrivée des hauts salariés d’Ottawa et des diplomates étrangers. Boom immobilier, boom dans les commerces avec le transfert d’un milliard de salaires (20,000 fonctionnaires à 50k).

    Personne n’en a parlé pendant la campagne. La politique du OUI était qu’on allait protéger toutes les jobs des fédéraux à Hull. Résultat : l’Outaouais n’a jamais voté OUI (en fait ce fut la région la plus faible du Québec) et la promesse de Parizeau aux fonctionnaires d’Ottawa a été mortelle dans la région de Québec.

    PS :
    1)Je suis déçu d’apprendre que vs avez étudié dans seulement deux universités...
    2) J’ai un gros scoop sur le Cardinal Léger. J’ai hâte qu’il sorte !


  • Le Frère André et nos super-illettrés
    19 novembre 2010, par Solei du sud
    Le français n’est pas ma langue maternelle, mais je vais essayer d’écrire de mon mieux, je n’ai pas eu l’opportunité d’étudier le français, malgré le COFI à l’époque de mon arrivée. J’ai émigré il y a 22 ans, à cause de la répression politique dans mon pays, situé dans l’Amérique du Sud. J’ai fait des études jusqu’à 3ème année secondaire dans ma ville natale. J’ai eu la chance de bien me débrouiller dans ma vie et d’occuper à certains moments des postes de (...)

    Lire ce commentaire

    Le français n’est pas ma langue maternelle, mais je vais essayer d’écrire de mon mieux, je n’ai pas eu l’opportunité d’étudier le français, malgré le COFI à l’époque de mon arrivée. J’ai émigré il y a 22 ans, à cause de la répression politique dans mon pays, situé dans l’Amérique du Sud. J’ai fait des études jusqu’à 3ème année secondaire dans ma ville natale. J’ai eu la chance de bien me débrouiller dans ma vie et d’occuper à certains moments des postes de direction avec beaucoup des responsabilités, dans quelques organismes sociocommunautaires qui avaient comme mandat principal, dans deux plus précisément, l’intégration des immigrants de tous horizons à la société québécoise. Il est vrai qu’un diplôme aurait pu m’ouvrir des portes à des postes plus payantes, mais, avec trois enfants, sans un rond dans me poches à notre arrivée, il fallait travailler pour vivre bien, sans demander aucune aide. L’effet de ne pas avoir un diplôme est un problème presque insurmontable, mais aussi j’au vu au long de ma vie, des professionnels de toute sorte, avec des qualifications excellentes, que n’avaient pas la moindre idée de comment diriger un organisme, car au-delà de leurs habilités pour écrire et pour lire mieux que moi, ils n’avaient pas le moindre gramme de sensibilité humaine à l’égard des personnes démunies. J’admire les gens qu’ont eu l’opportunité d’étudier et que son savoir-faire l’ont utilisé dans leur bénéfice personnel, mais aussi dans la communauté en générale. Dans notre culture occidentale nous donnons beaucoup d’importance à un titre, et parfois il ya la tendance à oublier que l’éducation gratuite sers pour accéder à une profession ou métier et que ça est possible grâce aux impôts payés par tout le monde sans distinction quant à s’ils savent lire ou pas. Nous ne devons pas oublier que nous sommes des êtres humains, que nous vivons dans un système économique dans lequel l’être humains est juste une pièce de rechange. Nous devons réfléchir ensemble pour résoudre le problème des illettrées ou carrément analphabètes. Combien des personnes occupent des postes clés, et malgré leurs habilités apprises à l’école, n’ont pas un centime d’humilité et sont arrogantes et impitoyables avec les autres personnes avec qui nous cohabitons ? Est-il plus important un titre que la capacité à comprendre du fond du cœur les malheureuses situations des autres ? Savoir écrire et lire sont deux éléments indispensables des nos jours, mais aussi, s’ils sont accompagnés de la sensibilité et le respect envers les autres, nous allons un atout remarquable. J’admire à ceux et à celles qu’ont triomphé dans leurs vies sans avoir un diplôme et ça est récente, car il y a plus de 60 ans, était normal être illettrées ou analphabètes, l’argent était le moyen d’accéder à l’éducation, mais pas une garantie à 100% de que la personne allez devenir une bonne personne. Aujourd’hui il est possible recevoir une éducation gratuite, mais n’est pas encore une réelle garantie que cette éducation forme des citoyens honorables.









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