Vous en conviendrez, il serait aberrant de retrouver dans le cahier culturel du journal « Le Devoir » des critiques de livres non encore traduits en français. C’est pourtant ce qui se passe avec les films.
En effet, les critiques cinématographiques du « Devoir » écrivent régulièrement sur des films dont il n’existe pas encore de version française. Par exemple, les films « (500) Days of Summer », « Adam », « The Cove », « Departures » (sous-titré), « Humpday », « In the Loop », « The Queen and I », « Tetro », « Tokyo Sonata » (sous-titré) et « Whatever Works » ont été vus et commentés par l’équipe du « Devoir », mais ne sont toujours présentés qu’en anglais sur les écrans. Est-ce normal ?
Quand un critique du « Devoir » parle avantageusement d’un film présenté en anglais seulement, des lecteurs impatients n’attendront peut-être pas la sortie de la vf avant d’aller le voir, même s’ils ne maîtrisent pas bien la langue de Shakespeare. Cela va-t-il inciter les cinémas à sortir rapidement des copies de film en version française ?
J’estime que « Le Devoir » devrait établir comme politique que la critique d’un film n’est envisageable que dans la mesure où une vf (originale, doublée ou sous-titrée) existe, à moins qu’il s’agisse d’un festival. Cela par respect pour les francophones de ce pays en devenir.
Dans notre fragile Québec, un journal comme « Le Devoir » doit être un phare au chapitre de la langue. À l’approche du 100e anniversaire de sa fondation, c’est le temps de mettre les pendules à l’heure, rayon cinéma.
Ceux qui aiment voir les films en anglais n’ont qu’à lire « The Gazette » ou « La Presse ».
Sylvio Le Blanc
Montréal (Québec)
