Le Conseil national du PQ se tiendra les 14, 15 et 16 mars prochains. Et déjà s’attisent les passions. Comme c’était à prévoir, nos commentateurs s’en donnent à cœur joie. La tactique est toujours la même : trouver le filon démagogiquement rentable et l’exploiter à outrance. Quant à ce qui est intéressant, positif et structurant, on oublie ça. Sauf exception, l’important c’est de laisser la plusse mauvaise impression possible sur un élément en espérant pouvoir affecter le tout. Sophistes et manipulateurs de l’opinion, à vos écrans !
André Pratte, lui, se plaint de l’ambiguïté de l’approche proposée par le PQ. Y aura-t-il, ou n’y aura-t-il pas de référendum, les gens ont le droit de savoir. Je lui réponds ceci : quand ce sera le temps ! De plus, il craint que cette incertitude rende les gens méfiants. On le remercie de s’inquiéter pour nous. C’est vraiment sympa de sa part.
Benoît Pelletier, moins pausé dans le propos – on le sent plus tendu -, pousse des hauts cris : le PQ tente de mystifier la population et de cacher son option. Désolé monsieur le ministre, mais vous devrez vous trouver un autre punching bag. Pour l’instant, faites du shadow boxing. Passez le mot à vos proches, dont Christine St-Pierre, qui manque cruellement d’entraînement.
Mario Dumont ? Il se plaint qu’on lui vole son programme et qu’on s’en servira pour faire la promotion de la souveraineté, seule option valable pour le PQ. Je dois admettre qu’il voit clair : le but est de bâtir la souveraineté, pièce par pièce s’il le faut. Je suis prêt à gager que lui aussi va s’ennuyer de la promesse de tenir un référendum « le plus tôt possible ». Sent-il comme un tapis lui glisser sous les pieds ? Possible. Une chose est certaine, cependant : nous aurons droit à des clips où il étalera tous ses talents. On va se bidonner, et le pire, c’est que je suis sérieux !
Pour sa part, Stéphane Dion y voit là un progrès remarquable du PQ, dans le sens où ce dernier propose un débat démocratique via la « Conversation nationale ». La manœuvre est grosse comme le bras : le but recherché est de faire grimper dans les rideaux les purs-et-durs. En agissant ainsi, Dion souhaite tout bonnement que les indépendantistes radicaux y voient là la preuve que le PQ a définitivement baissé les bras. Déjà, on constate qu’il n’a pas tort : plusieurs sont tombés dans le panneau. La tactique de Dion est de créer de la division. Difficile pour certains de résister au chocolat chaud qu’il leur offre. Soyons beaux joueurs : souhaitons-lui longue vie au fédéral. Si Dion n’existait pas, il faudrait l’inventer.
La palme de l’imbécillité va cependant à Richard Martineau. Le monsieur souffre d’horribles démangeaisons quand il entend parler de « Conversation nationale ». Moment de démagogie extrême, pour ne pas dire d’extrême-démagogie, sa chronique du 6 mars avait de toute évidence été rédigée pour l’intelligence de ceux et celles pour qui la chose politique écoeure, pour qui le débat démocratique est une drôlerie méprisable. Du sous-Dumont consommé. Le plus comique là-dedans, c’est que Martineau compare cette idée à la Commission Bouchard-Taylor qui, selon lui, s’est avérée un moment pénible, sinon insupportable, de notre histoire récente. Pourtant, il n’a pas hésité à commenter les auditions de ce freak show sur LCN. Et il a été bien payé pour le faire, le snoreau. Brave opportuniste, va ! Quant aux gestes de gouvernance nationale, l’expression lui fait peur, rien de moins. Un cas patent de tartufferie et de cynisme.
Dans un registre beaucoup plus sobre, Alain Dubuc souligne le courage de Pauline Marois. Pour lui, le flou du PQ est davantage un signe de désarroi, plutôt que de duperie. Il constate lui aussi que le PLQ vient de perdre un argument de vente, et Benoît Pelletier a tort de s’égosiller inutilement. Fait intéressant, il est d’avis que les onze gestes de souveraineté proposés « sont relativement anodins ». Contrairement à Dion, cependant, il ne fait pas l’apologie de la « Conversation nationale ». C’est, pour lui, ni plus ni moins qu’une stratégie du désespoir. Je dois avouer que son approche est plus subtile que celle de Dion. Peut-être veut-il lui aussi semer la zizanie au sein des troupes, mais son ton et sa posture peuvent laisser supposer qu’il est sincère. Une fine lame.
Enfin, il y a Michel Gendron de Vigile, ce suppôt repenti de VLB. Il ne serait pas contre cette idée de « Conversation nationale », même s’il juge que l’expression est tout droit sortie de l’imaginaire de Jeannette Bertrand. Le chroniqueur de Vigile a raison : il n’y a pas de mal à parler de souveraineté. Mais, ajoute-t-il, l’idée d’en discuter en dérange plus d’un, et pas seulement chez les fédéralistes. Yves Michaud, par exemple, trouve l’idée loufoque et bouffonne. Pour sa part, Marc Laviolette du SPQ Libre est d’avis lui aussi que l’idée n’est pas la trouvaille du siècle. Gendron déplore surtout qu’on s’acharne autant sur cette idée de « converser », alors qu’il y a de belles idées dans le document du PQ, que l’on peut consulter sur le site du parti. Cette proposition -– issue de la direction — ne sera peut-être même pas adoptée, m’a-t-il dit, compte tenu du grand nombre de propositions en provenance des comtés qui devront être débattues. À Gendron nous souhaitons que le PQ soit à la hauteur de ses attentes.
Renouveau, ou effondrement du PQ ?
On le sait, il y a ceux qui chercheront toujours noise au PQ, qu’ils soient fédéralistes, indépendantistes, de gauche ou de droite. N’en reste pas moins que le PQ devrait d’ici quelques semaines amorcer un sérieux virage.
D’abord, on assistera à la descente en vrille (et en flamme) du référendisme. C’est triste pour les fédéralistes. Les pauvres seront en état de manque. Cruel, le PQ ne dit cependant pas qu’il n’y aura plus jamais de référendum. Le Centre Dollard-Cormier devra adapter ses services, c’est clair. Notre société n’a pas intérêt à laisser se multiplier de nouvelles dépendances morbides.
Un tournant que semblent apprécier les militants du parti : la gouvernance nationale. Plutôt timide, la proposition du national s’inscrit dans le respect de la constitution canadienne. Par contre, il y a des comtés qui ont le goût de s’engager dans des gestes de rupture. Le PQ jouera la prudence : pas question de s’élancer sur tous les fronts et de se faire massacrer dans « une campagne de Russie ». Ne répétons pas l’erreur de Napoléon et celle de l’Autre. Que nos perpétuels insatisfaits se rassurent : il y a quand même de belles idées sur la table. Je dis ça pour la forme, je sais qu’ils n’écouteront pas. Il existe de ces états de transe que rien ne pourrait parvenir à soulager.
La question de la constitution et de la citoyenneté est aussi au menu du Conseil national. C’est même l’un des mets principaux proposés. À mon avis, nous n’avons pas fini d’en entendre parler. Ça va converser solide, croyez-moi. Voilà un os qui pourrait bien compenser pour cette envie irrépressible de bouffer du « référendum le plus tôt possible » chez nos fédéralistes qui – on le sait – ont déjà commencé leur sevrage. Mais ce sera aussi une occasion de combattre cette épidémie de trudeauisme qui commence à sévir un peu trop de ce côté-ci de l’Outaouais. Plusieurs des nôtres en sont affectés, et on doit s’attendre à des tentatives de mutinerie. Déjà, on imagine ces regards hagards dirigés vers les lames que l’on aiguise sur ces meules acquises à bas prix chez Canadian Tire… Il va y avoir de la houle, c’est sûr.
D’une certaine façon, Larose, Lisée et Paquette peuvent se féliciter. Pour Larose et Lisée, la cause de la constitution et de la citoyenneté a été bien entendue. L’idée de gouvernance souverainiste a aussi été achetée, mais on s’est contenté d’un menu pour végétarien anorexique (je suis obligé de donner raison à Alain Dubuc…). Toutefois, plusieurs régions proposeront des pistes d’action plus costaudes, comme par exemple la création d’une caisse québécoise d’assurance-emploi. Néanmoins, il faut admettre que les idées de nos trois intellectuels font du chemin. L’évolution des conjonctures nous permettra d’évaluer tout ça.
Enfin, quant au pacte électoral entre souverainistes et autonomistes souhaité par Gilbert Paquette, la proposition que l’on peut lire dans le cahier se veut plus modeste. Néanmoins, l’idée que le PQ devrait entreprendre des démarches pour rencontrer les autres formations et mouvements souverainistes va un peu dans ce sens (la Concertation nationale). Au moins, on ne rejette pas l’idée. Et bien sûr, lors de ce Conseil national, il sera question de la langue, de culture, d’économie, d’environnement… Bref, tout ce melting pot finira par aboutir dans un programme électoral. D’ici là, les gens de bonne volonté auront plus d’une occasion pour s’exprimer publiquement afin de contribuer à la construction du pays.
Mon diagnostic : renouveau, oui ; effondrement, pas encore.
Et, pour terminer, quelques mots sur l’ambiance générale…
Quoiqu’il en soit, le mouvement souverainiste est éclaté. Il peine à trouver sa voie. Pleuvent, pour un rien ou pour un tout, les épithètes, toutes plus affreuses les unes que les autres : nostalgique, passéiste, lepenniste, xénophobe, fasciste, raciste, traître, néo-libéral, gau-gauche, étapiste, Québec Solitaire et j’en passe. Les doctrinaires excommunient, les magnats de la rectitude politique se surpassent en propos condescendants. Et ça continuera après le prochain Conseil national. Comme l’a déjà dit un jour le tristement célèbre Jean Chrétien, « il y a beaucoup de déchirage de chemises chez les séparatisss ces temps-ci ». Prévoyez acheter local, sinon ce sera l’industrie textile chinoise qui empochera.
Made in China / Fabriqué en Chine

