Le Canada de Laurier

Les Pères de la Confédération ont conçu le Canada comme un partenariat entre les cultures fondatrices anglaise et française.

La Presse
samedi 22 novembre 2008

Premier chef du pays de souche canadienne-française. Champion ardent de l’unité nationale. Visionnaire qui a ouvert le Canada au monde et qui a fait peupler l’Ouest. Pionnier de l’indépendance canadienne. Archétype des valeurs canadiennes. Capitaine qui a piloté une jeune nation vers les promesses d’un nouveau siècle.

Sir Wilfrid Laurier incarne sans doute toutes ces qualifications et bien davantage encore. Ce serait difficile d’imaginer le destin de notre pays sans sa contribution singulière.

Comme tout autre Canadien, je lui en sais gré. Mais il faut dire que l’influence de Laurier s’est fait ressentir de manière profonde et personnelle, et ce, tout au long de ma vie.

Chez mes parents, il avait quasiment le rang de saint séculier. Jeune, mon père Wellie lui avait serré la main, expérience qu’il a chérie pendant toute sa vie. Quant à moi, en jeune homme grandissant dans le Québec rural, en francophone unilingue dans un pays dont le pouvoir se déclinait en grande partie, sinon complètement, à l’anglaise, Laurier représentait une inspiration et un idéal. À la manière dont Barack Obama inspire la jeune génération actuelle à rêver à des opportunités passionnantes et illimitées, Laurier, francophone campagnard devenu meneur d’une société majoritairement anglo-saxonne, m’a servi d’idole.

Tout au long de mes 40 ans de vie publique, Laurier a été un flambeau et une présence constante, surtout pendant la décennie où j’avais le privilège de mener notre pays en tant que premier ministre.

Le Canada, un partenariat

Les Pères de la Confédération ont conçu le Canada comme un partenariat entre les cultures fondatrices anglaise et française. Cette vision s’est transformée en réalité aux élections de 1896. Laurier, Québécois campagnard de St-Lin, est devenu le premier francophone à prendre sa place comme premier ministre du pays. L’élection de Laurier a prouvé aux Canadiens-français qu’ils avaient le respect du pays, même s’ils étaient, et resteraient, minoritaires.

Laurier a pris en main une nation déchirée par les divisions entre les Anglais et les Français, entre les catholiques et les protestants, sur la question des écoles au Manitoba. Sur cette question, comme sur tant d’autres, il a rejeté les perspectives extrémistes des deux côtés parce qu’il comprenait bien qu’une nation aussi diverse et vaste que le Canada ne pourrait survivre à une telle polarisation.

Il croyait, comme je le crois moi-même, que notre pays est mieux servi par le pragmatisme que par l’idéologie, par le compromis plutôt que par le conflit. Cette perspective lui a attiré plusieurs disciples, mais aussi beaucoup de critiques, dont notamment les nationalistes d’Henri Bourassa et de l’Ordre des orangistes. Comme il l’a dit en 1911, « Au Québec, on me surnomme traître aux Français et en Ontario je suis traître aux Anglais... (Mais en fait) je suis Canadien. »

Entre 1993 et 2003, la table dans mon bureau sur la Colline du Parlement était celle dont Laurier s’était servie. J’avais son portrait au mur. Souvent, je me suis demandé, face aux questions difficiles de la journée, comment user de ses leçons et de sa sagesse. Bien des idées de Laurier gardent encore leur pertinence dans la politique d’aujourd’hui. Ses pensées, vieilles d’un siècle, sont d’une modernité surprenante.

On oublie souvent qu’initialement Laurier s’opposait à la Confédération. Mais quand il a compris les avantages du projet d’entente, il est devenu le Canadien le plus passionné de son époque. Il n’est donc pas surprenant que Laurier ait indiqué à plusieurs reprises que le Canada avait inspiré sa vie. Tout comme il a transformé le Canada, il s’est vu transformer lui aussi par sa nation.

Laurier a conçu le Canada comme un pays fort et indépendant, dont la voix se ferait entendre sur le plan international, et la première nation moderne à célébrer la diversité, la tolérance et la générosité. Au cours de ses quatre mandats de premier ministre, il a réussi à construire un pays à cette image.

***

M. Chrétien a été premier ministre du Canada de 1993 à 2003. Il a écrit ce texte à la demande de l’Institut du Dominion. Afin d’améliorer la connaissance et l’appréciation des deux grands bâtisseurs du Canada, l’Institut du Dominion a créé les Journées Macdonald-Laurier et le site web www.macdonald-laurier.ca.

Wilfrid Laurier, premier ministre du Canada de 1896 à 1911. Photo Archives La Presse

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