Le Bloc québécois, un parti fédéraliste ?

vendredi 17 octobre 2008

En ces lendemains de campagne, le Bloc Québécois doit-il se réjouir de sa performance ? Certes, encore une fois, il a réussi à profiter largement de la faiblesse de ses adversaires au Québec grâce à son chef expérimenté et à une campagne, avouons-le, courageuse et dynamique. Cependant, les résultats du 14 octobre montrent que le Bloc, même s’il réussit à maintenir ses assises parlementaires, décline sur le plan du suffrage populaire, renouant avec la modeste performance de 1997 et un maigre 38 %.

Ainsi donc, en considérant la faiblesse du taux de participation, on en arrive au constat brutal que seulement un électeur sur quatre a appuyé la formation souverainiste lors de la dernière élection. À l’évidence, la formation de Gilles Duceppe doit s’interroger sur la façon d’élargir ses appuis pour retrouver la faveur de l’électorat. C’est que, depuis maintenant plusieurs élections, le Bloc Québécois n’est guère plus qu’un parti régionaliste qui réussit habilement à cristalliser le mécontentement populaire. Pourtant, à l’origine, le Bloc devait être plus qu’un parti de protestataires... Il devait être le contrefort servant à soutenir la souveraineté.

Un parti souverainiste ?

Depuis 1997, on peut légitimement soulever une interrogation : que fait donc le Bloc pour promouvoir la souveraineté ? En la matière, force est d’admettre que le bilan du Bloc est plutôt mince. Bien sûr, dans le discours officiel, le Bloc Québécois affirme haut et fort être un parti souverainiste.

Ainsi, lors des grand-messes électorales ou à l’occasion de rassemblements partisans, le chef du Bloc et ses acolytes, dans la grande tradition des professions de foi souverainistes, affirment solennellement vouloir faire de l’indépendance du Québec une priorité ; que les Québécois ne sont pas meilleurs que les Canadiens, mais simplement différents ; que le fédéralisme est dysfonctionnel et, suite logique de ce constat, que la seule solution politiquement viable est de faire du Québec un pays.

Dans la réalité cependant, il en va bien autrement, ce que prouvent éloquemment les dernières campagnes électorales. Effectivement, en regardant les grands thèmes défendus par le Bloc, on s’aperçoit rapidement que la souveraineté est non seulement absente des campagnes électorales, mais en plus, qu’elle est reléguée au rang des enjeux dont il ne faut surtout pas discuter.

Un contentieux

C’est que, constatant le faible engouement des Québécois pour la question du « contentieux national », le Bloc préfère miser sur des enjeux plus rentables sur le plan électoral : défense des intérêts du Québec, guerre en Afghanistan, déséquilibre fiscal, crainte d’un gouvernement conservateur majoritaire, etc. Sans doute ces thèmes permettent-ils ponctuellement au Bloc de se maintenir, mais à long terme il s’agit là d’une stratégie risquée puisqu’il s’en trouve réduit à jouer l’éternel protestataire. En ce sens, le déclin du suffrage populaire à l’endroit du Bloc est peut-être révélateur d’un parti qui stagne, incapable de proposer un programme mobilisateur, un projet positif et stimulant.

Au-delà des stratégies électorales, on peut aussi se questionner sur la volonté des députés du Bloc et de son chef à proposer un projet de société aux Québécois. Après plus de 15 ans maintenant, on ne voit que trop rarement les députés du Bloc et du PQ travailler main dans la main. Même que souvent, les deux partis s’opposent, tant sur plan de l’organisation que sur celui des relations parfois conflictuelles entre les élus, les militants et le personnel politique.

D’une manière plus fondamentale cependant, le Bloc ne propose pas de plan d’action pour faire la promotion de la souveraineté. Pourtant, il aurait été logique de mobiliser la formidable force logistique que représente le Bloc, avec sa cinquantaine de députés et ses centaines d’employés, afin d’employer les ressources à faire la promotion de ce qui est encore officiellement la raison d’être d’un parti souverainiste à Ottawa. Cette facette, trop souvent négligée, représente peut-être le plus grand échec du Bloc au cours des dernières années. Préférant le confort des réélections, le Bloc est aujourd’hui un parti structuré, bien organisé et pouvant compter sur une machine électorale redoutable, mais est-il vraiment un parti souverainiste ?

Un parti fédéraliste ?

En 1993, le Bloc Québécois était une véritable menace à l’unité nationale du Canada. Dans la foulée des accords avortés de Meech et de Charlottetown et devant l’imminence d’un référendum sur la souveraineté, les députés du Bloc représentaient une arme supplémentaire dans le combat à finir qui s’engageait entre les fédéralistes et les souverainistes. Mais curieusement, depuis 1995, le Bloc Québécois sert davantage à légitimer le gouvernement fédéral qu’à le remettre en cause.

Après tout, outre le référendum de 1995, il n’y a pas eu de crise majeure du fédéralisme. Le Bloc a même été, durant son premier mandat, l’opposition officielle à Ottawa, critiquant alors l’action gouvernementale au nom de tous les Canadiens. En outre, les députés du Bloc ont accompli un travail remarquable en comité parlementaire, tant en matière de finances publiques que sur la question des affaires étrangères. Bref, l’aile parlementaire du Bloc a été en quelque sorte un modèle de rigueur dont les députés fédéraux devraient s’inspirer.

Depuis l’élection de gouvernements minoritaires, le Bloc participe même davantage au processus décisionnel fédéral, prouvant par là qu’il est peut-être devenu un acteur « fédéral » incontournable. En participant ainsi à la logique fédérale, le Bloc est sur le point de prouver que le fédéralisme fonctionne finalement mieux en sa présence, et qu’il participe maintenant positivement à la pratique du fédéralisme. Mais est-ce là sa raison d’être... et de survie ?

***

Antonin-Xavier Fournier, Professeur de science politique au Cégep de Saint-Jean-sur-Richelieu et candidat au doctorat à l’UQAM


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