Le Bloc québécois a-t-il terminé son rôle ? Ce qu’en disent ceux qui le pensent relève d’un raisonnement légitime mais peut-être également d’une appréciation incomplète de la situation.
La mission du Bloc ne se limite pas à représenter l’option indépendantiste à Ottawa et à circonscrire les dégâts de l’appareil fédéral.
Pendant ces années, les députés de ce parti ont appris à connaître non seulement l’appareil politique et administratif du Canada mais aussi la mentalité du ROC et de ses représentants. Ils ont également été à même de se documenter de première main sur des aspects d’un État moins familiers à un gouvernement purement provincial. Ils ont tissé des relations, au Canada et parfois à l’étranger, qui feront de certains d’entre eux des interlocuteurs valables et "facilitants" lors des discussions et des négociations inévitables qui précéderont et suivront la proclamation de l’indépendance. Qu’on aime cela ou pas, il existera à ce moment un contentieux dont certains dossiers se solderont par des tractations, soit une diplomatie officieuse et parfois secrète où l’on devra tenir compte des rapports humains existants et du degré de confiance que peuvent mutuellement s’accorder des adversaires qui ont appris à se connaître.
Toute évaluation des moyens propres à construire un rapport de force propice à la défense des intérêts, des deux côtés, dans n’importe quelle situation conflictuelle, doit tenir compte, si elle veut en arriver à une résolution le plus satisfaisante et le moins coûteuse possible, du facteur humain. L’univers politique réel ne se limite pas à ce qui se passe dans la rue, dans l’isoloir, sur les tréteaux et devant la caméra, et c’est d’ailleurs heureux, sinon les États en délicatesse, même civilisés, seraient presque à tout coup condamnés à s’en remettre à la force brute pour trancher tout litige.
Par ailleurs, par sa visibilité et son action, le Bloc s’est mérité un capital de respect, parfois même de sympathie, chez beaucoup de citoyens raisonnables du Canada anglais, ce qui contribuera à atténuer le "backlash" canadian. Tout ce qui peut, dans un conflit, aider à "arrondir les coins", est bien. Après tout, un État, faut-il le souligner, ne peut jamais choisir ses voisins.
Quant à se demander si l’existence du Bloc n’aurait pas procuré aux Québécois un alibi pour ne pas faire l’indépendance, c’est par avance douter de ses propres efforts à les convaincre de sa nécessité, et c’est leur faire bien peu confiance.
Raymond Poulin
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —
PS - 7 août 2007
Ce qui me chicote chez beaucoup d’indépendantistes de la première heure et lassés d’attendre, c’est leur manie de prêter des intentions intéressées à tous ceux qu’ils identifient à des traîtres ou des nullités au sein du Parti québécois ou du Bloc : leur salaire, leur pension, leur limousine ; pourquoi pas, tant qu’à y être, leurs maîtresses et leurs vices cachés... On dirait, à les entendre, que ni l’un ni l’autre parti, ni l’un ni l’autre de leurs représentants élus n’ont jamais rien fait qui vaille tant qu’ils n’ont pas passé leurs journées à sauter comme des cabris en criant : « Vive l’indépendance du Québec ! » En somme, le même genre d’attaques qu’on entend de vieux conjoints qui ne se supportent plus. Il y a là une attitude mesquine qui finit par révulser.
Il me semble aller de soi que le Bloc, par exemple, aurait été beaucoup moins utile s’il avait passé son temps à crier qu’il est indépendantiste. À force d’être répété ad nauseam, un leitmotiv devient simplement une sale manie qui ne remue plus personne, même à Ottawa.
Ce n’est pas parce que nous sommes exaspérés de ne pas voir le bout du tunnel qu’il faut, pour calmer nos nerfs, blackbouler tout le monde, et surtout pas ceux qui ont au moins accompli une partie du travail ailleurs que dans les assemblées de militants. Même les députés d’arrière-banc, y compris ceux qu’on n’a jamais entendus, ont travaillé, dans une année, beaucoup plus longtemps, et souvent dans des conditions beaucoup plus difficiles, que les militants les plus dévoués. Tout le monde ne peut pas avoir le génie des chevaliers de la cause qui, malgré tout, et je m’inclus dans ceux-là, n’ont pas non plus réussi à convaincre suffisamment d’électeurs. Si nous étions aussi bons que cela, ça se saurait, le résultat se verrait. Alors, un peu de modestie et, par-dessus tout, un peu moins de mesquinerie envers ceux qui, non moins que nous, ont fait ce qu’ils pouvaient, souvent au détriment de leur vie familiale et de leur santé.
Je veux bien, et je suis le premier à ne pas m’en priver, qu’on sonne les cloches aux gens à titre de représentants d’une cause ou d’une fonction, mais la polémique est une chose et le respect des êtres humains en est une autre.
Raymond Poulin
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