Le 29 avril… 39 ans plus tard !
« La liberté ne peut être que toute la liberté ; un morceau de liberté n’est pas la liberté ».
(Max Stirner)
Le 29 avril 1970, le Parti québécois, participant à sa première élection, faisait élire sept députés sur l’ensemble du territoire québécois. Quelques-uns, depuis, sont morts, dont l’illustre psychiatre Camille Laurin, père de la loi 101.
En 1970, avec de très humbles moyens, j’étais de la cohorte des soldats péquistes de la première heure. Avec une équipe enthousiaste, sans expérience, mais avec le cœur à l’ouvrage, je recueillais, comme candidat officiel du Parti québécois, 24 % des suffrages exprimés. Doris Lussier, mon voisin de comté, après six mois de campagne acharnée, récoltait 23 % du vote populaire. J’ai encore lettre qu’il m’adressait suit à sa défaite contre Bona Arsenault.
Trois ans plus tard, en 1973, je tentais un retour en politique, toujours sous la bannière du Parti québécois, et, en ne parlant toujours que de l’indépendance du Québec, je recueillais 38 % du vote populaire. Pour l’époque, c’était toute une victoire ! Radio-Canada, à l’émission Le 60, prédisait une victoire dans ma circonscription. Je fus battu par Marc-Yvan Côté.
39 ans plus tard, selon un sondage matinal, le PQ oscille autour de 40 %...en ne parlant JAMAIS de sa raison d’être. Le chemin parcouru depuis 39 ans est donc… bien mince ! C’est ce qui se passe lorsque les visées ne sont pas claires, lorsque les gens qui prennent le pouvoir font passer davantage le culte de leur personnalité, la soif de l’argent et l’exercice passager d’une fonction, avant le goût de faire triompher une cause, en l’occurrence ici celle d’un Québec libre et indépendant.
Victime des assoiffés du pouvoir qui ont conduit le Parti québécois au gouvernement de Québec en 1976, la cause de l’indépendance s’est enlisée sous la houlette des apparatchiks péquistes, dont le seul but était de se servir au lieu de servir la cause pour laquelle ils étaient là.
Ils ont inventé, pour ce faire, des locutions verbales de toutes sortes, des mots pour le dire, des façons emberlificotées, des façons de l’exprimer et de le signifier, des expressions nébuleuses, des mots gaffeurs, des affiches aguichantes, des slogans creux, des « restons forts », des « autres façons de gouverner », des « j’ai confiance », afin de se servir délibérément du pouvoir, au lieu de servir la cause pour laquelle on les avait mis au pouvoir.
Dès ces premiers moments euphoriques de 1976, j’ai pris mes distances face à ce parti qui ne nous menait partout et dans toutes les directions, utilisant des méandres calculés, lesquels nous éloignaient sans cesse de l’objectif que les militants de la première heure s’étaient fixé.
Dorant la pilule, les bonzes-stratèges cachés ou dissimulés derrière des appareils à faire fonctionner la machine du pouvoir, sortaient occasionnellement de leur bunker, pour venir « stocker » la cueillette des réactions de ceux qui s’époumonaient à remplir la cagnotte, à vendre des cartes tard dans la soirée, à remplir de peine et de misère les salles devenues à moitié pleines. Ou, si vous voulez, à moitié vides !
Les fabricants de mots, toujours à l’œuvre, se sont ingéniés à inventer des expressions nouvelles pour faire croire à la population que l’indépendance, ce n’était pas dangereux, que ça pouvait se faire en douce, qu’il n’y aurait, somme toute, presque pas de sacrifices à faire, et que les changements proposés allaient se réaliser sans lutte, sans révolution, sans que ça fasse mal quelque part. L’indépendance tranquille allait, tout d’elle-même, être le fruit de la révolution tranquille. Et que, dans les faits, le paradis attendait, un jour, le pauvre peuple égaré, perdu dans cette logomachie inventée de toutes pièces par des spécialistes de la communication, des marchands du non-dit, des metteurs en scène de nouvelles stratégies, collées à la dernière grille d’un sondage commandé, où les dernières velléités des Québécois étaient mises en exergue, gonflées et tartinées à la mode du jour, toujours dans le but de gagner des votes, sans aucun souci de la cause qu’ils devaient porter et mener à terme.
La naissance des expressions « souveraineté-association », souveraineté et association (donc… sans trait d’union), souveraineté-partenariat, union confédérale, nouvelle union canadienne, firent, petit à petit, leur apparition et composèrent, lentement mais fidèlement, le nouveau lexique des indépendantistes ( ?) à tout crin. Et le pauvre petit peuple qu’on refusait toujours d’instruire et d’éduquer, tombait, périodiquement, dans le piège du verbalisme coutumier, constant, agrémenté à la sauce du dernier slogan, aux ingrédients des sondages, des tendances populaires, de l’élection possible à remporter pour sauver in extremis la cause dont on ne parlait jamais ! 39 ans plus tard, la cause indépendantiste se meurt parce qu’elle a été spoliée, volée, trafiquée, édulcorée par ceux-là même qui avaient comme mission de l’expliquer, de la faire vivre, de la faire germer au cœur de la nation québécoise.
Force m’est de constater que ce ne sont pas les Anglais qui nous ont volé le pays à faire. Le pays nous a été volé par ceux-là mêmes qui avaient comme devoir de le faire lever, de le nommer, de le développer, de l’entretenir dans les terres intimes des cœurs à libérer. Le pays a été déchiqueté, mis en pièces par ceux-là mêmes en qui on avait mis toute notre confiance et qui devaient le faire sortir de terre. Ils se sont servis en nous disant qu’ils nous servaient ; ils se sont élevés en nous disant qu’ils allaient nous libérer ; ils se sont engraissés dans les verts pâturages du pouvoir en nous disant qu’ils allaient nous délivrer des chaînes du pouvoir fédéral et de l’oppression des autres ; ils ont pactisé avec l’occupant dominateur et usurpateur du territoire occupé, allant jusqu’à siéger dans son propre parlement, en bénéficiant largement d’un système que, des lèvres seulement, ils condamnaient.
Ce faisant, ils se sont moqués des gens qu’ils ont si facilement manipulés, conquis à leur cause personnelle, sachant très bien qu’en exploitant, un tant soit peu le nationalisme larvé des Québécois mal informés, leur petite gloriole triompherait bien avant la grandiose liberté promise par la cohorte des confédéralistes mal astiqués.
39 ans plus tard… la génération qui voulait la liberté est entrée dans les terres de la passivité et s’est endormie sur les plages chaudes des autres pays, victimes d’un certain découragement qu’on ne peut leur reprocher, il faut se l’avouer en toute simplicité.
Pendant ces années de combat mitigés, sporadiquement, dans ma région, des gens sont venus, de l’extérieur, de Montréal, de Québec, de la Côte-Nord, pour venir nous dire qu’ils allaient nous libérer, que nos chaînes allaient tomber, et que le vent de liberté, tant de fois annoncé, allait enfin s’étendre sur nous, comme une brise du soir, et que la vent léger de la liberté allait enfin enrober ce Québec trop longtemps écrasé, programmé par des spécialistes à l’œil calculateur, au regard à dévisager, aux instincts dominateurs, tant de fois mesurés. Ils sont tous venus, le sourire aux lèvres, l’air bien décidé : ils sont tous repartis, quelques années passées, pour ne laisser en nos cœurs que chants du soir esseulés, que promesses non tenues et brisées, que tensions démesurées, que déceptions multipliées.
Le combat pour l’indépendance doit-il reprendre ? Je ne le sais pas, en toute sincérité. S’il doit se faire, que ce soit dictionnaire à la main, j’ose me répéter. Pour éviter le piège des locutions verbales, les mots déviés de leur sens, les expressions imprécises, les mots à la mode, ceux qui camouflent la dure réalité. La liberté n’a pas de prix, bien d’autres avant moi, l’ont crié. Mais qui est prêt à sacrifier, même sa carrière, sa notoriété, pour qu’elle germe et apparaisse dans la clarté d’un nouveau soleil levant plusieurs fois annoncé ?
Ma génération a fourni le meilleur d’elle-même, je peux vous l’assurer. Elle a oublié, cependant, de faire le relais à la génération qui vient, toute préoccupée par leurs gadgets électroniques, la course folle aux plaisirs dont elle est gavée, à la réussite individuelle, au succès personnel à tous prix et recherché. Le jeune député de ma circonscription n’échappe pas à la nouvelle donne établie. Il fait semblant, en manipulant les mots, de dire que ça va changer. Mais, dans les faits, il ne fait que recopier le vieux modèle des politiciens usés. Facebook à l’appui, je n’ai pas besoin de le mentionner.
Mon espoir est du côté de ce « leader introuvable », une espèce de Barak Obama bien inspiré, qui aurait le courage des mots, la clarté dans l’expression, la vigueur et le courage combiné à une vision qui ne souffre d’aucune faille en ces temps malmenés.
Le voyez-vous venir ? Je ne le vois pas poindre dans le PQ mal vieilli et recroquevillé. Si quelqu’un l’a trouvé, il faut me le dire sans tarder. En attendant, malgré les années accumulées, je rencontre, depuis des années, les jeunes des polyvalentes désorientés. Leurs yeux s’allument lorsque je leur parle de liberté. Car, au fond, le poète l’a écrit bien avant moi, je vous le fait remarquer. Le pays à faire est au fond de chacun de nous. Il n’a ni président ni roi. Il ressemble à ce que chacun veut bien en faire, le temps d’un moment reconnu, l’instant d’une décision collectivement assumée. Il faut du courage et de la tenacité pour y arriver. Pour ce faire, il faut deux choses essentielles et à ne pas oublier : un leader bien informé ; un peuple unifié. Nous n’avons ni l’un ni l’autre. Comment espérer, quand aucune de ces conditions n’est respectée ?
Nestor Turcotte
Matane


