(Ecrit la veille de la publication du dernier sondage CROP)
Récemment, ARTV a repassé la série remarquable sur Maurice Duplessis réalisée par Denys Arcand où vous trouvez les meilleurs comédiens de l’époque. Le rôle de Jos D. Bégin, organisateur en chef de l’Union nationale est joué de façon magistrale par Marcel Sabourin. Or, Jos D. n’est pas seulement organisateur, il est aussi un fin analyste des forces en présence qui l’amènent à conclure que l’Union nationale gardera le pouvoir avec comme slogan : Laissons Duplessis continuer son oeuvre.
Inspiré par Jos. D., je me suis imaginé dans la peau de l’organisateur en chef du Parti libéral du Québec qui analyse les forces en présence actuellement au Québec quand viendra le moment des élections dans un an ou plutôt deux ans. A la veille des élections fédérales, il est paradoxal de s’intéresser aux élections provinciales mais un organisateur politique doit voir plus loin que le bout de son nez. Voici donc l’organisateur en chef du Parti libéral du Québec qui réfléchit tout haut. Appelons-le Jos D. Parisella, avec, en plus, un peu de cynisme. Ce sera un petit exercice de politique-fiction où la fiction aura moins de part que la politique.
Le Parti libéral a le vent dans le voiles. Les femmes du conseil des ministres sont bonnes. Imaginez Monique Jérôme-Forget qui a refusé de négocier et a imposé des décrets aux Centrales syndicales a vu la lumière cet été. Les vacances, ça a un bon côté. On fait des annonces trois ou quatre fois du même investissement comme à Bécancour pour les constituants de panneaux solaires. Y pas grande analyse à faire de ce côté-là. On est des pro. Et c’est repris en continu à LCN et à RDI et diffusé aux nouvelles. On n’a pas de problème côté finances et on contrôle des médias de masse qui, jour après jour, présentent nos adversaires sous un mauvais jour parfois subtilement parfois directement. Comme à chaque élection, notre base formée des Anglais et des immigrants ne bouge pas : on part avec 30 comtés qu’on est sûr de gagner. On a aussi une base libérale francophone de 20 à 30% selon le comté qui peut être suffisante pour gagner à cause du vote divisé des adversaires.
Parlons-en des adversaires. Le vote francophone qui n’est pas libéral est divisé entre péquistes, adéquistes, solidaires, verts et maintenant piistes. Je prévois sans hésitation un prochain gouvernement libéral majoritaire avec, peut-être, le Parti québécois ou l’Action démocratique du Québec comme opposition officielle. C’est la situation idéale pour le parti libéral. J’ai même pas besoin d’en faire la démonstration tellement c’est évident. 10% pour les solidaires et les verts, c’est 10% de moins pour le Parti québécois. Dans des luttes à quatre, le candidat libéral a de grosses chances de l’emporter avec le bloc libéral dans chaque comté plus les indécis et les discrets qui vont vouloir se greffer sur le gagnant. Donc gouvernement majoritaire, ça c’est certain. Les piistes attaquent continuellement Pauline Marois, c’est parfait. Ils et elles vont finir par miner le peu de crédibilité qui lui reste avec, en plus, les casseroles qu’elle traîne après elle et que les médias que nous contrôlons vont rappeler au moment opportun. François Legault, c’est parfait : il fait de la bonne ouvrage. J’ai trouvé un slogan pour les cinq partis qui divisent le vote francophone, les adéquistes, les péquistes, les solidaires, les verts, les piistes : laissons Jean Charest continuer son oeuvre, Ce sera le même slogan que nous du Parti libéral.
Quant aux élections fédérales, la défaite de Stéphane Dion nous débarrassera de l’héritage empoisonné des commandites et de l’ère Chrétien. Dans la grande région de Québec, on sera reconnaissant pour les subventions de Harper pour le 400è qui ont permis de se payer Robert Lepage, l’ex-Beatle et Céline Dion. Les conservateurs vont progresser à Québec et au Québec. Majoritaire, minoritaire, ça ne nous dérange pas. On va faire avec le résultat.
On peut être de bonne humeur au Parti libéral du Québec. J’ai pratiquement pas de mérite : j’ai les résultats d’un sondage d’été (dont il faut se méfier) mais j’en ai pas besoin tellement c’est évident. L’opposition se divise elle-même. Y a rien qui pourra changer ça. Pauvre Pauline, j’aimerais pas ça être à sa place. Oui, laissons Jean Charest continuer son oeuvre. On est bon pour deux autres mandats au moins avec notre chef.
Couillard a compris ça : il est parti après avoir pensé à son avenir dans le privé en santé. On sera au pouvoir et majoritaire pendant au moins dix ans. Je le répète, ne me félicitez pas : j’ai pas de mérite. Et sur le plan constitutionnel, vive le statu quo avec des leurres qui pognent comme la nation et l’Unesco qui donnent l’occasion de belles envolées oratoires comme nous le verrons bientôt pendant la campagne électorale fédérale. Mais, je ne me mêlerai pas de ces élections fédérales qui projetteront toute l’attention ailleurs que sur nous, nous qui savons que moins tu en fais, plus les gens t’apprécient car tu ne les déranges pas dans leur confort. A moins d’imprévus vraiment imprévus, le scénario que je viens de tracer est inéluctable, incontournable.

