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Laïcité, croyances... L’État n’a pas de foi !
Éric Chartré
Le Soleil
mercredi 31 janvier 2007


Le 28 janvier 2007, dans Le Soleil, John White déclare que « l’affirmation de la non-existence de Dieu est une croyance […]. Il y a donc une croyance à l’origine de la pensée laïque » et « la question de Dieu n’était pas importante (ce que suppose le laïcisme) ».

La laïcité est la séparation entre la religion et l’État. Cela n’a rien à voir avec la question de Dieu, son existence ou non. Par définition, un État laïque en est un où la religion n’intervient pas et n’est pas intégrée dans la fonction publique, où les lois civiles et criminelles ne sont pas déterminées en fonction de règles arbitraires provenant de textes religieux. En fait, une société ouverte et démocratique (laïque ?) permet tous les points de vue.

Religion et liberté

L’histoire démontre que lorsqu’une religion s’empare d’un État, tous les individus s’en trouvent étouffées, pas seulement les minorités. Le problème avec la Vérité, la Parole, c’est qu’il y en a plus qu’une et, en plus, elle est sujette à interprétation. Les individus et sociétés doivent avoir le choix de leurs croyances. En étatisant la religion, cette liberté s’en trouve automatiquement brimée.

Dans un État religieux, doit on détourner une partie des taxes et impôts pour promouvoir cette religion ? Doit-on permettre la lapidation, la flagellation et autres punitions corporelles comme le Livre les suggère ? Un tel État devrait-il fermer les yeux sur des pratiques cruelles comme l’excision ? Doit-il interdire l’achat et l’utilisation du condom ? Permettrait-il des vues jugées comme hérétiques ? À quand le dogme du Créationnisme ou du Dessein intelligent dans nos classes ?

L’État existe pour et est composé uniquement d’humains qui ont leurs croyances propres. Ces croyances, par leurs valeurs intrinsèques, influenceront, sans les dominer, la législation et son exécution. Un État laïque ne risque pas d’agir de façon injuste envers la majorité. Il n’est qu’un environnement neutre dans lequel toutes les croyances (et les non-croyances) peuvent cohabiter en équilibre. L’« accommodement raisonnable » est un des mécanismes qui permet de trouver ce point d’équilibre sans brimer la majorité. Mais il doit fonctionner dans les deux sens !

Degrés de croyance

D’autre part, M. White écrit : « […] l’idée suivant laquelle on ne peut savoir si Dieu existe est une croyance » (agnosticisme). Il y a plusieurs degrés de croyance et ce, sur plusieurs dimensions. Il y a le fanatisme et la théologie faible ; les croyances organisées et personnelles ; la religion basée sur le mysticisme, la mythologie, le surnaturel, le déterminisme ; le monothéisme, le panthéisme, le polythéisme ou l’athéisme ; les croyances ritualistiques, méditatives, passives ; celles détenant la Vérité absolue ou une vérité progressive, etc.

Si le fait de se poser des question sur Dieu, nos origines, le sens de nos vie ou de détenir un sens critique sont des croyances, et bien soit ! Parallèlement, il existe une différence importante entre les gens qui croient qu’il n’y a pas de Dieu (athéisme) et ceux dont la foi en quelque chose n’existe pas. D’un point de vue purement mathématique, le nombre zéro (0) n’est pas l’ensemble vide ! L’État n’a pas de foi et n’a pas à en avoir.

Pour terminer, Paul-Émile Borduas et collab. ne rejetaient pas la religion dans leur manifeste Le refus global. Ils dénonçaient l’interventionnisme de l’Église dans les affaires de l’État. S’il vous plaît, ne revenons pas 50 ans en arrière comme le suggère votre analyse. La religion n’a pas sa place dans les affaires publiques. En revanche, un État laïque vous permet de garder et de protéger la liberté d’exprimer votre croyance de façon publique. La dichotomie dont vous faites état n’existe tout simplement pas.

Eric Chartré

Saint-Nicolas

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